La fesse cachée de Max Pécas #1

Avis sur De quoi tu te mêles, Daniela !

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Texte initialement publié ici le 18 juillet 2020
Tout d’abord, sans être l’un de ses représentants, il faut souligner que c’est la Nouvelle Vague française et son absence de gros moyens qui convainquirent Max Pécas de tourner ses propres films. Par association on peut alors remarquer que son 2è film arrive à peine après les premiers essais de Jean-Pierre Mocky (Les dragueurs (1959) ) ou encore Claude Chabrol (Le beau Serge (1959) ). Ce détail aura de l’importance par la suite.

En se basant sur un roman de Walter Ebert qu’on pourrait facilement assimiler à la série SAS (soit une importante série littéraire d’espionnage dont les spécialité sont le sexe et des intrigues violentes), Max Pécas en profite pour déjà établir les canons de son cinéma : les jolies filles que l’on dénudera en fonction de l’intrigue, une bande originale populaire (« pop ») composée à ce moment là par Charles Aznavour qui s’illustre déjà en tant qu’acteur dans certains films de la Nouvelle Vague (Au choix Tirez sur le pianiste (1960) de François Truffaut ou encore Les dragueurs de Jean-Pierre Mocky dont on n’oublie trop souvent que ses débuts se sont fait à cette période inédite du cinéma startupeur(s).)

Reprenant un schéma classique du film d’espionnage, à savoir la récupération d’un micro-film par des agents représentant soit le bloc de l’Ouest ou de l’Est, ou encore d’agents doubles, le film tente une gentillette parodie d’un genre très en vogue alors, ne serait-ce que par la popularité de l’agent Hubert Bonisseur de La Bath qui n’a pas attendu Michel Hazanavicius pour exister, et dont les aventures constituaient déjà les limites du genre.

Pour entamer les détails qui fâchent, De quoi tu te mêles, Daniela ! est une parodie qui n’assume jamais son statut, semblant vouloir trop s’attacher au sérieux des œuvres canons du genre pour arriver à s’en détacher. Seules 2 ou 3 séquences pourront nous faire toucher du doigt la décomplexion dans laquelle l’œuvre tente de se construire. Le réel problème est que Max Pécas ne souhaite pas sortir des jalons du genre et épouse totalement les codes de l’époque, sans jamais s’appuyer sur son personnage principal, Daniela, interprétée par une Elke Sommer au panthéon de son art dans l’interprétation d’une « cruche » totale (comme elle se définira elle-même dans le film)

Alors que l’art de la parodie réside souvent dans le fait de prendre un genre au 1er degré et y injecter le grain de sable qui empêche la bonne marche de l’entreprise envisagée, Elke Sommer, qui endosse ici le rôle du grain de sable n’est jamais réellement vue comme telle. Elle restera durant une bonne partie de De quoi tu te mêles, Daniela ! comme l’élément exotique à déshabiller à tout prix, en simple contre-pied à une fraction du cinéma de genre de l’époque.

Cependant on pourra se surprendre à apprécier avec quelle précision Max Pécas colle aux stéréotypes de l’époque, ne faisant pas de son film un agent solitaire du cinéma d’exploitation d’alors, mais un objet de cinéphile conscient du genre de films dans lesquels il met les pieds et tentant de ne pas s’y soustraire afin de livrer un film qui soit dans les clous et avec un potentiel commercial.

On pourra également remarquer chez le cinéaste quelques ambitions cinéphiliques. Si ses citations sont assez voyantes, elles sont, somme toute, cohérentes avec le matériau à aborder. Ainsi la plupart de Mais de quoi tu te mêles, Daniela ! est intéressant à interpréter comme une réponse humoristique aux Enchainés de Hitchcock dont Max Pécas était un admirateur. Dans cette entreprise, le cinéaste est plutôt bien aidé par le directeur de la photographie André Germain à qui l’on doit la photo de différents films de Christian-Jacque, Henri Verneuil, Henri Decoin ou encore Henri Diamant-Berger (même si l’on devra par pure honnêteté intellectuelle signaler une scène de confrontation entre 2 espions dont la lumière n’a strictement aucun sens. Mais le Noir et blanc reste très beau dans ce film.)

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