Ever see a millionaire fry in the electric chair ?

Avis sur De sang-froid

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En 1959, un fermier du Kansas et sa famille sont brutalement assassinés par deux hommes. En 1966 sort l'ouvrage In cold blood de Truman Capote, véritable travail d'enquête psychologique et sociale sur l'affaire, qui devient vite un bestseller. L'année suivante, en 1967, l'ouvrage est adapté au cinéma sous la houlette du réalisateur Richard Brooks.

Je n'ai jamais lu l'ouvrage de Capote, mais à en croire ses exégèses, il trouve en la reprise de Brooks une passation cinématographique digne de son excellence. Le film nous marque par la profondeur de l'examen psychologique des personnages, eux-mêmes incrustés dans un portrait très dense de la société américaine des années 1950. A cette densité de contenu, Brooks ajoute une virtuosité formelle impressionnante. Le noir et blanc du film est l'un des plus impressionnants qu'il m'ait été donné de voir. Quasiment chaque scène est d'une beauté inouïe, la gestion de la lumière et les effets de cadrage étant toujours à la fois sobres et magistraux.

Brooks a voulu créer une adaptation fidèle au livre et au fait divers dont il était tiré. Il a ainsi sélectionné deux acteurs, Robert Blake et Scott Wilson, aux physiques très proches de ceux des véritables criminels. Le duo est particulièrement réussi, chacun des deux personnages fascine. Perry Smith (Robert Blake), vétéran de Corée , et psychologiquement marqué par une enfance traumatisante, est peu à peu psycho-analysé sous nos yeux par de nombreux fantasmes éveillés et analepses. Dick Hickock (Scott Wilson), son complice, est lui plutôt ancré dans le présent social : il se dédiabolise de ses crimes et de sa déviance en rejetant la violence dont il fait preuve sur celle de la société. Nombre de ses tirades sont mémorables :

«(inspecteur de police) - Why do all you people get tattooed? [...]Convicts. You're all tattooed. That tiger head. What does it do? Make you feel tough?

(Dick Hickock ) - That cop's badge, what does it do? Make you feel honest? Everybody's got a tattoo. Only you people call them clubs. Elks, Masons, Boy Scouts. Salute. High sign. Low sign. Secret this and secret that. "No trespassing. Keep off the grass." Nice, respectable, tattoo clubs."

Fin des années 1960, In cold blood jette un regard contrasté sur l'Amérique d'après-guerre, souvent décrite comme un âge d'or, celui de la standardisation via la consommation, de la consolidation de l'american way of life. Ces années sont également celles où l'Amérique s'enlise dans une série de guerres traumatisantes pour ses citoyens. In cold blood est à ce titre l'un des premiers films critiques sur le sujet, via le personnage du vétéran Perry Smith. Il annonce également, par sa mise en contraste très forte entre la riche et paisible famille américaine typique et ce duo de déviants, l'imperfection et l'inégalité profonde du système économique et social dans lequel s'avance le pays.

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