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Destination finale

Avis sur Death Note

Avatar Thrope
Critique publiée par le

Qu'on se le dise : le projet du film Death Note a été très injustement descendu en flèche dès son annonce même, la faute à des fans un peu trop hardcore qui refusait catégoriquement une adaptation américaine de l’œuvre japonaise. Toutes ses polémiques autour du « white-wahsing » étaient bien ridicules : l'adaptation de l'histoire de Light Yagami dans la société américaine pouvait être une bonne idée si elle était bien exploitée, et le film n'était pas obligé de se passer au Japon pour obligatoirement réussir. C'est ce qui est bien dommage au fond : l’adaptation a été condamné par les fans du manga à la simple annonce que l’œuvre serait une adaptation américaine, plombant ainsi d'avance le film à être un échec populaire. Cette mise au pilori précoce pourrait-elle expliquer le résultat final, délaissé par les studios car condamné dans tous les cas ?

Dans tous les cas, après un tel déferlement de haine, le studio a bien compris qu'il serait inutile d'essayer même d’adapter le scénario de Tsugumi Ōba tant le pari était perdu d'avance. Netflix décida donc de faire tout le contraire : faire absolument n'importe quoi avec le matériel de base.

Comme dit précédemment, adapter l'histoire de Death Note en Amérique aurait pu être une bonne idée sur le papier, malgré les relents de convulsions encore présents suite à Dragon Ball Evolution. Le film veut visiblement se targuer de ne pas être tombé dans le piège d'une adaptation trop fidèle et veut s’émanciper de son modèle. C'est louable, mais dans les faits, c'est d'une stupidité sans nom et un crachat olympique faite à l’œuvre originale : nous n'avons pas affaire à Light Yagami victime d'un sévère complexe d'infériorité voulant devenir un Dieu et un modèle pour la Terre en appliquant une justice implacable et despotique, mais à Light Turner, un lycéen complètement teubé qui décide de s'amuser avec son nouveau jouet reçu à Noël avant d’être mis en sueur en se rendant compte que ses actes ont des conséquences en répétant frénétiquement «JE VEUX ARRETER », tout en ne le faisait bien évidemment jamais. Son homologue justicier L, supposé être le meilleur détective du monde, nous offre ici un espèce de Bruce Wayne Leader Price, allant voir le principal suspect pour lui dire clairement qu'il le suspecte d’être l'homme le plus recherché et le plus dangereux du monde, tirant des conclusions abracadabrantesques tout en étant incapable de placer un micro chez son suspect numéro 1 alors qu'il vient de blinder sa maison de caméra de surveillance, ce qui aurait résolu l’enquête en une dizaine de minutes, mais le pouvoir du scénarium étant ce qu'il est. C'est réellement ridicule de voir d'ailleurs que l'une des premières choses que fait L dans le manga, poser des micros chez Light, est ici complètement absent, lamentable oubli volontaire de fainéant permettant de faire durer le film plus longtemps et de ne pas trop se casser la tête, faisait définitivement passer L pour l’enquêteur trisomique qu'il est.
La tristesse des deux protagonistes et leur non-relation, transformant donc le duel psychologique intergénie du manga pour une partie de cache-cache entre retardés mentaux, n'a d'égal que celle ressentie face au massacre qu'il est fait des personnages secondaires, ou complètement absent (toute l'équipe terriblement attachante de la cellule Kira) ou ayant subi une complète réécriture, comme Misa, pop-star, déchirante dans sa pathétique dévotion à Light qui ne se sert d'elle que comme un objet pour ses plans, est transformé en Mia; une lycéenne cheerleader à l'écriture frôlant le zéro et dont la seule marque de personnalité semble d’être une sérieuse envie de tuer tout le monde sans raison. L'écriture du couple Ligh-Misa en un amour entre deux psychopathes fou aurait également pu être intéressante, mais est à l'image la totalité du film : raté et navrant. Mention spéciale au grand moment de malaise : - What would yo do if some guy fucked me ? - Oh, euh, I'd kill him.
Évidemment, avec des personnages d'une intelligence pareille, ne vous attendez pas à retrouver l’enquête passionnante du manga, ici complètement inexistante, se résumant tristement à deux conférences de presse.

Et vous savez le plus triste dans tout ça ? C'est qu'au fond, adapter Death Note au cinéma, il n'y a rien de plus facile : le manga de base est déjà lui-même énormément influencé par les grands thrillers psychologiques et de cette ambiance paranoïaque typiquement cinématographique. Il n'aurait fallu qu'un réalisateur compétent un peu feignant qui suive le manga à la lettre pour accoucher au mieux d'un excellent thriller, au pire d'une série-B convenable et solide. Mais non : en prenant ses libertés et ne reprenant de Death Note que son nom et l'objet éponyme, et en parachutant le tout dans un espèce de téléfilm adolescent et horrifique de TF1, l'on a le droit cet étron.

Bon, l'on a donc compris qu'en tant qu'adaptation, Death Note ne valait rien, et qu'il fallait donc en conséquence juger le film comme s'il était indépendant. Le problème, c'est qu'en tant que produit cinématographique, le film en lui-même ne vaut rien. Adam Wingard, réalisateur montant dans le circuit indie du film horreur, visiblement fort de ses relatifs succès sur ses précédents films, décide de nous pondre un film incompréhensible, étant ni vraiment thriller tant la tension est inexistante, ni vraiment slasher tant les mises à mort voulant donner un côté faussement anticonformiste au film seront justes ridicule, ni vraiment un teen movie tant la dimension scolaire est éclipsée et inutile. Ce qui est vraiment gênant à voir, c'est à quel point le réalisateur essaye de rendre le film légitime en abusant vainement d'effets de style. Mais faire de son film un patchwork de trucs cools vus dans d'autres films ne suffit pour donner un style à son bousin, le résultat étant finalement une accumulation dégueulasse d'effets absolument pas maîtrisés, et on aura le droit à tout : les plans parallèles, les plans à la go-pro, la course-poursuite sur-cutée, la musique en décalage sur l'action, de la slow-motion dégueulasse, l'abus de néons... Avec, au final, la désagréable impression de voir quelqu'un gesticuler dans tous les sens dans l'espoir de se faire remarquer, ou un enfant s'amusant avec ses jouets mais ne sachant que faire avec.
Cette accumulation et surenchère permanente ne suffisent même pas à donner un rythme un tant soit peu dynamique comme recherché, le film ne faisant qu'une petite heure quarante, et arrivant pourtant l'exploit d’être atrocement long. L'on s'ennuie de manière permanente, à peine les mises à mort ridiculement gore nous tirent de la léthargie, chaque scène étant étiré à l’extrême sans raison, quitte à faire répéter quinze fois la même chose au personnage monté sur circuit fermé, quitte à faire durer six minutes une mauvaise course-poursuite (une honte, 9 ans après The Chaser, de rater autant une course-poursuite), quitte à mettre de la slow-motion complètement hors sujet et cliché pour te faire passer des messages aussi subtilement qu'un Jack Torrance ouvre une porte : Light remonte un couloir alors que tout le monde va dans le sens inverse, pour montrer qu'il est à contre-courant, as-tu compris spectateur débile ou faut-il que je te l'écrive ? Dans le doute je vais quand même le faire dire à mes personnages.
Et évidemment, toute l'écriture est aussi subtile que ça : toutes les subtilités d’écriture et le non-manichéisme du manga laisse ici la place à de la psychologie de comptoir débile comme l'avait magnifiquement souligné le synopsis de Netflix, l'écriture des personnages profondément ratés comme dit dans le précédent paragraphe. Au fond, on en vient à se demander ce qu'on regarde vraiment tant il ne se passe objectivement rien du tout. Il est difficile, dans toute cette rivière fécale qu'est Death Note Netflix, de définir ce qui est le pire des pires des défauts du long-métrage. Sans doute est-ce l'écriture des personnages, et l'écriture globale même, mais il ne faut oublier de citer le jeu des acteurs, venant définitivement transformer le film en bonne vieille série-Z du dimanche. Bon, on ne va tout de même pas se mentir, Willem Dafoe effectue un superbe travail en Ryuk, mais bien évidemment, l'on allait quand même pas laisser la chose la plus réussie du film plus de cinq minutes. Pour le reste, l'on passe du résultat mitigé de Keith Stanfield, quelques fois assez justes mais souvent totalement bidons quand il veut mimer la tristesse, Shea Whigham nous effectuant une mauvaise imitation d'Andrew Lincoln dans ses pires moments de cabotinage, Margaret Qualley qui se fait la définition «d’être en roue libre totale», et enfin, Nat Wolff.
Nat.
Wolff.
Difficile d'expliquer à quel point un acteur peut aussi mal jouer, difficile d'expliquer comment c'est possible d'en arriver à ce stade, de réussir l'exploit d’être faux en toutes circonstances. Une subtilité de tous les instants l'habite, à grand renfort de cri strident pour souligner la peur, de grands gestes désarticulés pour souligner l'empressement, de clignements d’œils compulsifs pour souligner la colère, et bien encore d'autres prouesses. Un hors sujet récurrent de l'acteur rend son interprétation encore plus savoureuse, et la fin, mon Dieu cette fin, où ce brave Nat essaye de se rendre mystérieux et menaçant en plissant les yeux : un délice absolu, un mets fin pour tous les cinéphiles.

Mal réalisé, mal rythmé, mal joué, mal écrit, mal tout-ce-que-tu-veux : Death Note est une purge. Une vraie, une authentique, où l'on se forcera pour rester jusqu'au générique, où trouver une qualité reviendra à essayer d'excuser les créateurs de ce navet interminable et boursouflé. Le pire étant qu’apparemment, Adam Wingard avait conscience de la daube qu'il pondait, et que ce film n'est en réalité un énorme troll : si c'est le cas, bravo à toi Adam, tu n'es donc pas un incompétent, mais juste un bon gros connard.
Tout va bien alors.

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