Une adaptation intéressante, un mauvais film.

Avis sur Death Note

Avatar Jordan Moutamani
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J'ai longtemps hésité à mettre la moyenne à ce film (Genre une demie heure, c'est beaucoup déjà).

Parce que, malgré ses nombreux défauts, que j'évoquerai rapidement dans la suite de cette critique, il faut lui reconnaître quelque chose d'assez osé et d'assez intelligent : le film d'Adam Wingard ne fait que s'inspirer des matériaux de bases et adapte le Death Note de Takeshi Obata et Tsugumi Ohba avec énormément de liberté. C'est différent. Très différent. En vérité, le film ne fait que reprendre les noms, et encore. Et après tout, pourquoi pas ?

Mais Death Note d'Adam Wingard est attendu au tournant. Et pour cause : il est considéré pour beaucoup de lecteurs de manga et d'adeptes d'anime comme étant un chef d'oeuvre du genre. Et comme pour toutes les oeuvres qui ont marqué la culture populaire, une adaptation au cinéma fait toujours couler beaucoup d'encre et fait peur aux fans.

Le fait est que je ne suis pas un fan. Loin de là. D'ailleurs, je n'ai jamais lu de manga (si, un, et c'était l'adaptation en manga de Le Capital de Karl Marx, donc bon) et je n'ai jamais regardé un seul anime si on exclut Pokemon. Je suis donc un véritable profane. Mais alors, qu'est ce que je fous là ?

Et bien, à force d'entendre autant de louange sur l'anime et en apprenant que Netflix allait en faire une adaptation en film, je me suis dis "Bon, il est temps que tu t'y mettes, regarde l'anime et fais toi ton propre avis, et puis enchaîne le film". Me voilà donc.

Qu'est ce que j'attendais du film ? Qu'il corrige ce qui m'a déplu dans l'anime. Mais attendez, on va reprendre les choses dans l'ordre.

Une adaptation qui prend un parti intéressant

Death Note, l'anime, le manga, ça parle de quoi ?
Ryuk est un Dieu de la Mort qui vit dans un monde aux pommes dégueulasses et qui s'ennuie à mourir (Sauf que c'est un Dieu de la Mort, donc réellement, il s'ennuie). Un jour, pour s'amuser, (parce qu'apparemment, ils ont pas de télé chez les Dieux de la Mort) il décide de balancer un cahier dans notre monde. Vous l'aurez deviné, c'est pas n'importe quel cahier, c'est le Death Note. Et à quoi il sert, le Death Note ? A tuer la personne dont le nom est écrit à l'intérieur. Si vous écrivez son nom, 40 secondes plus tard, la personne meurt d'un arrêt cardiaque (comme quoi, ça peut arriver à tout le monde, faites à attention à vous). Et on peut aussi décider de comment la personne va mourir à partir du moment où c'est plausible. On pourrait par exemple écrire le nom de Cyril Hanouna et faire en sorte qu'il meure étouffer par son propre rire (Kira, si tu me lis), ce qui fait du Death Note le must-have de toutes personnes souhaitant faire le bien sur Terre. Et c'est d'ailleurs dans les mains de Light Yagami, lycéen d'une intelligence exceptionnel, que le Death Note de Ryuk tombe. A partir de là, Light part dans une croisade contre la criminalité dans le monde et décide de "purifier l'humanité" (Déjà là, vous vous dites : "ok, le mec a un problème). Très vite, toutes ces morts mystérieuses éveillent la curiosité du plus grand enquêteur sur Terre, Sherl... L. Juste L ("Ah bon, il a pas de prénom ?"). Ce dernier jure d'attraper Kira (c'est le surnom qu'à pris Light, ça veut dire "Tueur" en japonais, je suis bilingue). Death Note, c'est donc la confrontation entre ces deux personnages. Bientôt, pour Light, il ne s'agira plus de tuer des criminels, mais juste de pas se faire choper par son rival entre deux parties de tennis.

Maintenant que j'ai fini mon long résumé, je vous explique ce qui a manqué, à mon sens, dans l'anime : Light décide de tuer les criminels. Autrement dit, il rend lui même la justice. Il est juge et bourreau. A l'inverse, L se contente de trouver les coupables et laisse faire les autorités mais il ne se place que très rarement au dessus de la loi. C'est l'enquête pour découvrir Kira qui le fait revoir sa philosophie. On a d'un côté, un justicier pour qui la loi n'est pas suffisante et mérite donc d'être méprisé au bénéfice de son idéologie personnelle et de l'autre, un homme qui croit dur comme fer à la loi et qui considère que personne n'est au dessus d'elle.

Malheureusement, c'est très peu développé dans la série. Light devient rapidement un psychopathe en quête de pouvoir qui souhaite devenir le nouveau Dieu sur Terre (Un Dieu en quête de pouvoir alors que Ryuk, le vrai Dieu, ne cherche qu'à combattre son ennuie qui, rappelons le, ne peut pas le tuer).

Vous l'aurez compris, j'attendais du film qu'il corrige tout cela. Et c'est ce qu'il fait. A plusieurs reprises, une véritable opposition s'établit entre les deux idéologies, notamment par le biais de Light et de L, mais surtout grâce au père de Light (C'était déjà le cas dans l'anime, je sais Jamy, je dis juste que c'était pas assez fait dans une série de 37 épisodes). Par exemple,

La mère de Light a été tué par un mafieux. Le père de Light, chef de la police, n'avait pas assez de preuve pour l'inculper et il a donc décidé de le relâcher. C'est quelque chose que Light n'a jamais pu comprendre et dès qu'il a récupéré le Death Note, il a puni le tueur de sa mère. On voit bien ici l'opposition entre les deux idéologies dont je parlais juste avant.

Mais ce n'est pas tout, le film intensifie d'autres points de l'anime trop mis de côté. Alors qu'on voyait dans l'anime que, dans sa quête contre Kira, L commençait à utiliser des moyens illégaux pour arriver à ses fins, trahissant ainsi son idéologie, il n'a jamais passé un véritable cap. C'est chose faite dans le film.

Petit à petit, L devient fou, notamment parce qu'il veut se venger de Light qui a tué son majordome. Il n'hésite plus à utiliser des moyens illégaux pour se venger de Light. A la fin, il ira jusqu'à écrire le nom de Light dans le Death Note et le punir, devenant ainsi ce qu'il combattait. Bon dieu, ce que c'est intéressant.

Le parallèle de cet univers avec celui de Batman, notamment pour la notion de justicier, est difficile à ne pas faire. Mais le L du film fait notamment penser à The Killing Joke : "All it takes is one bad day to reduce the sanest man alive to lunacy. That's how far the world is from where I am. Just one bad day."

Light n'est plus un psychopathe, il s’interroge réellement sur sa façon de faire et veut vraiment rendre la justice, au lieu de simplement devenir un Dieu. Mia (Misamisa !) remplit ce rôle à présent.

En résumé, l'adaptation de l'anime est très intéressante sur ces points là. Mais du coup, pourquoi j'ai hésité à mettre la moyenne ?

Un film maladroit et bourré de clichés

Oui, ce qui est avancé dans le film est intéressant, reprend parfaitement ces idées qu'on retrouve dans l'anime, insiste dessus et nous questionne, mais c'est parfois fait de manière extrêmement maladroite, ce qui est dommage. Rajoutez à cela une réalisation des plus moyennes, un jeu d'acteur faiblard (Le mec qui a joué Light était vraiment le meilleur des auditions ? Kira écrit son nom stp), une bande son très mal choisie et vous aurez Death Note.

On frôle le film d'ado bourré de cliché : un lycéen, une cheerleader, un bal de promo, une course poursuite en voiture, une scène d'action de fin inutile, des dialogues qui frôlent le nanar, etc. Et puis des scènes inutilement gores (Par pitié, ne faites pas du gore si vous n'êtes pas capable de faire de beaux effets spéciaux).

Par moment, j'ai cru qu'on avait écrit mon nom dans ce foutu cahier. J'ai cru que j'allais mourir comme ça, et que Hanouna allait s'en sortir.

Je ne vais pas m'étendre. Death Note, c'est le genre de film qui pose les bonnes questions, mais qui les pose mal. C'est un enfer à regarder, et puis c'est intéressant d'en discuter après.

Du coup, c'est tout pour moi, je vous fais la bise, et à bientôt peut être !

PS : j'ai rien dit sur Ryuk parce qu'il y a vraiment rien à dire.

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