De l'art de se tirer une balle dans le pied.

Avis sur Death Note

Avatar Asteraceae
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Death Note d'Adam Wingard est avant tout une adaptation libre, et ce point unique élimine toutes les comparaisons factuelles à l’œuvre originale. L'adaptation libre sous entends donc la volonté de piocher dans le matériel de base pour y développer ses propres intrigues. Death Note n'est pas fondamentalement un mauvais film et on sent la volonté d'avoir voulu jouer des codes et de la possibilité de jouer avec le cahier. Cependant dans une volonté éternelle de suivre l'intrigue originelle mais d'en même temps de vouloir construire la sienne, nait un film paradoxal, qui ne tente pas grand-chose. Beaucoup de suppressions sont logiques dans la mesure du temps, mais le rythme du film fait malheureusement trop défaut. Ce rythme pose fatalement du tort à l'ambiance elle-même qui se veut oppressante et mystérieuse. Autre problème nuisant à l'ambiance c'est le Death Note lui-même, sans vouloir le comparer au carnet du manga, celui-ci semble moins mystique, il n'y a pas cette volonté de le cacher à tout prix de la part de Light, ajoutons à cela des libertés prises sur les règles, suffisamment longues de base, ne servant que de deus ex machina pour certaines scènes et l'ambiance est définitivement mise à mal. Pourtant la mise en scène visuellement parlant, sans être extrêmement surprenante est plutôt stylisée, les décors sont travaillés, les plans soignés et les lumières très intéressantes. Ce qui fait que visuellement, cela fonctionne très bien, mais la coupure trop rapide de certains plans, le jeu d'acteur parfois surprenant dans le mauvais sens du terme et la musique à certains passages inappropriée casse finalement toute cette volonté de mise en scène énigmatique et l'ambiance angoissante voulue.
Les jeux d'acteur sont inégaux, on sent bien que c'est plus une volonté de modifier les personnages que le jeu qui change radicalement les tempéraments originaux. Mais certains sont assez douteux notamment pour les personnages de Light et Mia. Les personnages sont finalement plus enclins au sentimentalisme, ce qui est pour le coup très déroutant si on ne peut s'empêcher de garder le support en tête.

Finalement c'est ici qu'on comprend toute l'interprétation de lecture liée aux influences culturelles. Il y a dix ans d'écart entre le film et le manga, ce ne sont pas les mêmes pays et les enjeux sont finalement différents. Et c'est ici précisément que le film se tire une balle dans le pied. Il y avait tellement à développer de ce point de vue américain. Juste en se concentrant sur le personnage de Light, tout simplement. Light Yagami est japonais et par conséquent est dans un système scolaire rigide, demandant l'excellence, ce qui fait que son statut de premier de la classe est tout bonnement exceptionnel, ce côté exceptionnel il le tire de sa rigidité dans les études, il travaille beaucoup, il est méticuleux et l'arrivée du Death Note pour lui n'est pas un simple jeu c'est comme le prolongement de sa destinée. Et c'est ici que son complexe divin est logique, il est l'excellence en tout. Un personnage similaire aux États-Unis est assez difficile à imaginer. Le système scolaire est bien différent en tout point. Et en ce sens un personnage comme Light Yagami est surréaliste dans ce contexte. Un élève brillant dans un lycée américain ne sera pas admiré, mais plutôt mal vu, et c'est là où le développement de Light Turner corresponds davantage au profil du bon élève américain. C'est en cela que le film n'est pas si idiot qu'on ne le pense, mais le traitement l'est définitivement. En voulant absolument se rapprocher de cet univers original, les personnages ne prennent pas le temps de se développer normalement et vient toute la contradiction que le film apporte.
Pour finir sur la comparaison du point de vue japonais et américain, il y a ce côté très philosophique de ce qu'est l'humain. Là où ce sont les humains tout bonnement qui se servent d'un outil (le carnet) pour commettre le mal, cette adaptation nous laisse à plusieurs reprises penser que c'est le carnet en lui-même qui est maléfique (notamment avec les apparitions de Ryuk) et non l'humain, ce qui donne cette fin.

Fin où L vraisemblablement use du cahier pour lui aussi, appliquer la justice.

Et c'est un de ses enjeux qui est assez déroutant, le manga porte énormément d'importance au côté très humain en dépit de leurs compétences hors normes, tandis qu'ici c'est vraisemblablement l'inverse, l'humain n'est finalement pas responsable de ses torts puisque c'est le cahier qui est maléfique ...

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