Le cahier du cinéma

Avis sur Death Note

Avatar Liehd
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Alors là, les enfants, je suis content.

Content parce que j'ai enfin trouvé le courage de regarder le Death Note de Netflix, sacré "pire film de tous les temps de 2017" par l'élite d'internet (dont on connaît tant la sagacité que le sens de la mesure), adaptation d'un manga à succès dont l'américanisation a tellement déplu qu'elle a valu des menaces de mort à son réalisateur.

Content d'avoir pu mettre un 9/10 et un coeur à côté pour un film qui tourne à trois de moyenne sur Sens Critique.

Pas pour me donner un genre, pas pour emmerder le monde, pas pour équilibrer, pour changer, juste... parce qu'il est excellent.

Difficile, alors, de ne pas jubiler jusqu'à l'euphorie, à chaque plan, en pensant à tous ces otaks en PLS devant leur poste de TV, en train de ronger la télécommande, incapables de voir au-delà du bout du nez de leurs attentes mainstream, à relever vaillamment "tout ce qui ne va pas" dans l'adaptation d'un manga soi-disant culte dans lequel à peu près rien ne va.

Prendre son pied devant ce film, comment dire... ça tient du double effet kiss-cool. En plus de passer un bon moment, c'est un peu comme... comme boire les larmes de rage des fanboys à la bouteille, et je n'aurais jamais cru que ça puisse être aussi goutu.

Tant pis si L est le grand sacrifié de ce métrage, qui est sans doute (et restera longtemps) la meilleure adaptation live d'une BD japonaise.

En 1h40 de film, il fallait bien que quelques aspects de l'oeuvre d'origine tombent au champ d'honneur. En contrepartie, les scénaristes réussissent l'impossible : tirer un récit cohérent et pas trop taillé à la hache à partir d'un manga dont la spécialité est de s'écouter parler pour ne rien dire.

Si l'on ne saurait nier que l'idée de base est excellente et que le personnage de L est fascinant, il faut aussi admettre, pour peu qu'on ait un minimum d'esprit critique, que Light Yagami est un personnage unidimensionnel dénué d'intérêt (ce n'est même pas un personnage, en fait, tant il se réduit à deux traits de caractères caricaturaux), que le récit se prend les pieds dans son tapis passé son premier tiers et qu'il use de dialogues en surabondance comme un prestidigitateur se sert de ses mains - pour détourner l'attention du lecteur des innombrables failles logiques de ses raisonnements soi-disant implacables.

Autant d'éléments qui tirent l'oeuvre vers le bas, et dont le réalisateur a le bon goût de se débarrasser ici pour livrer une copie humainement plus réaliste (autant que faire se peut), plus borderline et moins prétentieuse (ce n'était pas du luxe).

Certes, on se serait volontiers épargné ces quelques (rares) fulgurances gores, cette course-poursuite mollassonne et cette chanson finale complètement hors-propos, mais pour le reste, c'est un quasi-sans faute, de la superbe photographie à la bande son dans l'air du temps. Les acteurs sont dans leurs rôles, les rôles sont à la mesure des personnages : n'en déplaise aux lycéens qui nous lisent, ils y sont peints avec la justesse qu'ils méritent et c'est un autre des mérites de cette dénaturation.

Attendu au tournant, le dénouement ne vaut pas celui de The Last Name (en même temps, celui du manga non plus) mais ne manque pas de finesse pour autant - pour peu qu'on y réfléchisse plus de deux secondes, tant il s'avère subtil dans l'implicite.

Alors oui, ce n'est pas un Death Note pour les fans du manga, et ce n'est pas un Death Note intelligent non plus - parce que le manga lui-même ne l'était pas davantage (s'il l'était, pourquoi les fans le sont-ils si peu qu'ils ne peuvent aller au-delà de leurs attentes primaires, ou qu'ils jugent rationnel d'envoyer des menaces de mort à un réalisateur de cinéma de divertissement ?). Mais c'est un thriller graphique réussi, puisque imprévisible jusqu'au bout.

Avec en prime un special thanks final « to Don Corscarelli », et les clins d'oeil qui vont de paire.
Clins d'oeil qu'on choisira d'ignorer, ou bien en lequel on verra un pacte de lecture implicite, une façon indirecte (subtile, encore) d'annoncer pour quel public le film se destine.

Encore faut-il savoir, une fois de plus, le regarder pour ce qu'il est.

*

Alors oui, non, je sais, peut-être que je surnote un peu dans l'euphorie du moment, hein, j'en suis conscient, et sans doute que la piètre opinion que j'ai du manga joue dans mon ressenti, mais vaut mieux ça que le contraire - suivez mon regard partout par ici. De deux maux, choisissons le moindre. Wink-wink.

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