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Délivre-nous du mal par Silent_JayFR

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Après une décennie à subir les assauts du Torture Porn sur le cinéma, l’année 2014 semble en état de grâce. Les écrans tremblent de nouveau. De fébriles mains empoignent les accoudoirs tandis que le bruit d’une pellicule projetée résonne dans la salle. Suivant le trop peu estimée Mister Babadook et précédant le controversé Annabelle, Délivre-nous du mal entre en scène.

Flic dans le Bronx, le détective Ralph Sarchie subit chaque nuit le pire de la nature humaine … bébé retrouvé mort dans une poubelle, toxicoman mort d’une overdose … au point que sa vie de famille vacille au gré des non-dits. Malgré sa capacité a enduré le pire, Ralph est totalement dépassé face au véritable Mal le poussant à s’allier à un prêtre exorciste afin de mettre un terme à cette folie ensanglantant les bas-fonds de New-York.

Délivre-nous du Mal est avant tout un film d’investigation, un polar contemporain fortement influencé par un surnaturel de chaque instant et une peur latente. Le rythme, enquête oblige, est diablement lent et son leitmotiv, un simple puzzle morbide à remonter. Découverte d’une nouvelle scène de crime et des indices laissés par le tueur. Une investigation, savant mélange d’analyse, de déductions et d’intuitions … Puis un nouvel indice à confronter, un nouveau lieu de perdition à visiter laisse entrapercevoir un minime espoir … Ce traditionnel travail de police est cependant entravé par une force maléfique avide de sang tantôt tapie dans l’ombre tantôt paradant dans la lumière vive d’une lampe-torche.

L’atmosphère du film est véritablement pesante. Une teinte jaunâtre accompagnée d’un soupçon de vert exacerbe l’aspect surnaturel de l’oeuvre. Un manteau de pluie recouvre la Grosse Pomme (cf : New-York) tandis que les murs dégoulinent d’une eau polluée par la main de l’Homme. Une pénombre oppressante s’installe au gré des environnements visités … un zoo plongé dans l’obscurité, un hôpital psychiatrique délabré, des appartements miteux rongés par l’humidité … Quant aux jeux de lumière, ils attisent ce combat naissant opposant le Bien au Mal … la lumière dirigiste des torches de la justice face aux vacillantes flammes de la perte de soi. Ainsi, le réalisateur Scott Derrickson (Le Jour où la Terre s’arrêta, Sinister) nous introduit dans un monde de démons injurieux, d’animaux ayant perdu la raison, de cierges consacrés refusant de s’enflammer … et crée une aura horrifique par l’utilisation raffinée d'archétypes, de piliers d’une tension grandissante. Les interférences magnétiques, les planchers qui craquent, l’absence totale de lumière … les hors-champs qui en disent long et les jump scares millimétrés font ressurgir vos peurs, vous traînent dans les bas fonds d’une ville devenue le théâtre d’une apocalypse annoncée.

Toute cette tension se ponctue par une violence de l’instant. Des séquences bien plus orientées action où la peur accumulée s’évade, s’échappe dans un flot de colère. La nature humaine reprend le dessus. Les coups portés sont vifs, tranchants. Le sang se répand sur le sol à mesure que la victime s’effondre. Certaines facilités dans la trame principale viennent cependant ternir l’ensemble. La séquence d’introduction annihile toute tension issue de l’inconnu. La plus grande peur de l’homme réside dans ce qu’il ne connaît pas. Mais cette scène en Irak présente les origines du mal et leurs porteurs. L’irruption d’un prêtre dans la vie du héros, à peine rencontré et déjà accepté pour ce qu’il est (un exorciste à la solde de l’Eglise) en est une autre preuve flagrante. Aucun questionnement ou presque. Un total accès au commissariat. Une acceptation de son état d’exorciste sans sourciller ou presque … De plus, la fin me semble précipitée malgré les 2 heures durant lesquelles se déploie le film. Délivre-nous du mal prend le temps d’installer son univers, ses personnages … à tel point que le film précipite la fin au détriment de la cohérence.

Un défaut issu de sa qualité primaire, le traitement des protagonistes et principalement le héros joué par Eric Bana. Les personnages évoluent, développent leur psyché, s’attardent sur leur passé, leurs aspirations laissant entrevoir une étincelle d'humanité. Mention spéciale à Eric Bana, crédible dans son rôle de policier du Bronx déboussolé, violent Délivre-nous du Mal est donc un périple à la source du Mal ponctué par des moments tangibles d’une vie de famille dans ce qu’elle a de plus simple à offrir.

Délivre-nous du Mal est une très bonne surprise. Un film haletant vous prenant aux tripes. Une tension de chaque instant s’installe tandis que les images fortes s’entrechoquent et ponctuent ce polar ésotérique. Une oeuvre à ne pas mettre devant tous les yeux.

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