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Des nouilles aux haricots noirs par Schwitz

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Ce film fait penser à une intrigue qu'on a déjà tous vu, l'homme qui croule sous le poids des dettes, du statut social et qui veut en finir, le type qui part à l'aventure se perdre sur une île pour retourner au sources, le naufragé seul sur son île, l'histoire d'amour à distance, les deux marginaux qui se rencontrent alors que tout semble les séparer.

On pourrait citer des tas de films reprenant ces intrigues-la, mais quand c'est aussi bien fait, on ne peut que s'émerveiller, du retour à la nature, du fait de devoir optimiser la moindre petite chose pour survivre, l'émerveillement sur des petits rien, sur des choses du quotidien qui deviennent incroyables dans cet environnement.

Parlons du synopsis en quelques lignes:

Un homme croulant sous le poids des dettes, Seung-geun se retrouve coincé sur une petite île de la rivière Han après une tentative de suicide ratée, et ne trouve aucun moyen de quitter ladite île. Après avoir pesé ses options, il a décide de profiter de sa situation de naufragé et fait de son mieux pour se construire une nouvelle vie.

L'autre partie de l'histoire traite d'une asociale, Jung-yeon qui n'a pas quitté sa chambre depuis des années. Elle est l'esclave de ses routines et craint le changement autant qu'elle craint le monde extérieur de sa chambre. Quand elle se livre à son rituel, qui n'arrive que deux fois par an, ou elle ouvre sa fenêtre pour prendre des photos de la ville déserte pendant les exercices de la protection civile, elle tombe sur le message que Seung-geun a écrit dans le sable: HELLO. Elle est immédiatement intriguée et aspirée dans le monde de cet étrange personnage, Convaincue qu'il est un étranger tombé de la lune…

La relation que ces deux personnages forment à travers des formes de communication oubliées depuis longtemps est stupide et ridicule, mais va dans la démarche du film. Toutes les petites choses dont on se ficherait en temps normal sont ici une source d'émerveillement sans limite. Ce qui commence comme le conte triste d'un homme succombant à son désespoir se transforme en un argument passionné pour le pousser à aller à l'extérieur de sa zone de confort, et entraîner la guérison des blessures d'une autre personne tombée dans ce monde par hasard.

Comme dit précédemment, Il y a beaucoup de films qui célèbrent la vie, l'existence à l'état pur, sans addiction superficielle, mais très peu de films ont réussi à le faire avec un équilibre parfait entre rire et larme, sans jamais tomber dans le mélo cheap.

Castaway on the Moon est un film qui, partant d'un prémisse assez absurde, réussi à trouver son humour et son émotion en s'habillant avec deux personnages excentriques qui ne sont autre des images dépendantes l'une de l'autre, presque un miroir l'un par rapport à l'autre, sans qu'ils le sachent au début. L'un sur le point de mettre fin à sa vie, l'autre ayant peur de la vie et préférant vivre enfermé. Il n'est peut-être pas tout à fait exact de les désigner comme des amants quand nous les rencontrons au début de leur relation magique, plutôt comme des correspondants. Mais pourtant ils sont liés d'une manière profonde, chacun piégé dans son isolement, subi pour l'un, choisi pour l'autre, chacun apprend à ré-évaluer et ré-apprécier sa vie à travers l'autre.

D'autre part, ce film est vraiment drôle. Il en faut beaucoup pour déclencher des éclats de rire avec un film de ce genre, mais sur ce coup c'est réussi, même si souvent c'est un rire jaune, car on rit de voir ce type dépendant de la société perdu sur une île déserte (Située au milieu d'une ville sur une rivière soit dit en passant, ce qui est source de nombreux gags bien sentis), devant faire face à une vie de Robinson Crusoé, et parce que toute la superficialité de notre propre existence est petit à petit démontrée, et c'est peut-être là qu'est le plus ridicule, pas ce type, mais nous-mêmes. Ce genre d'humour absurde et détraqué sied parfaitement au jeu naturel de Jeong Jae-Yeong, associé à ses mimique comiques, le tout forme un ensemble au ton parfaitement maîtrisé.

Bien sûr, il ne s'agit pas d'une pure comédie, et sur le revers des moments plus légers, il existe des poches de préhension dramatiques et d'émotions douces-amères. L'atmosphère lourde provient de l'appartement de notre ermite, qui vit une vie virtuelle cloîtrée dans sa chambre. Sa découverte de notre naufragé va la conduire à donner un sens à sa vie, à recommencer à vivre réellement, et à enfin s'ouvrir à la vie, presque comme une seconde naissance. C'est un personnage fascinant entraîné par la routine et apparemment dans un état constant de mélancolie. Jusqu'au jour où elle rencontre son «étranger» qui est échoué loin de tout, comme elle finalement.

Le suicide, qui n'est pas un sujet forcément attirant au premier coup d’œil, est utilisé ici de façon judicieuse, comme un point de départ, et non comme une fin, comme le moteur qui met en marche l'intrigue. Ce n'est pas la mort, c'est la vie, la renaissance pour être exact. Bien sûr, le mâle retombe dans le rôle de la victime de temps en temps, comme si le monde entier était contre lui. Mais sa nouvelle appréciation de la vie, qu'il finit par trouver, est vraiment belle et contagieuse. Deux scènes en particulier ont réussi à capturer cet état de fait comme peu d'autres films récents ont étés en mesure de le faire. Une scène impliquant un nectar de fleur, et l'autre un bol de nouilles (Inutile d'en dire plus, il faudra regarder le film pour comprendre). Toutes deux impliquant des larmes de joie complètes et totales qui vont droit au cœur, encore une fois l'émerveillement sur les petits rien de notre existence, ceci n'a pas de prix.

Bien entendu, on pourra critiquer la fin un peu trop commode, et même assez laide sur certains plans, mais qui passe plutôt bien au final, grâce à ce moment où l'on est complètement impliqué dans la synthèse de deux êtres humains endommagés et n'ayant aucune autre attention à porter qu'envers eux-mêmes, en trouvant une connexion dans la plus étrange des circonstances.

Pour conclure, Castaway on the Moon nous offre la possibilité d'examiner la vacuité de notre propre expérience, au travers d'une farce magique qui n'apporte pas nécessairement de nouveauté dans le genre, mais qui est formidablement bien interprétée et judicieusement réalisée.

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