Desperado (Robert Rodriguez, U.S.A/Mexique, 1995, 1h44)

Avis sur Desperado

Avatar Peeping Stork
Critique publiée par le

Cela peut sembler un peu étrange, mais ‘’Desperado’’ n’est que le second film, de cinéma, de Robert Rodriguez, et le premier comme véritable expérience professionnelle. ‘’Roadracers’’ répondant à un mode de production totalement différent, du fait de sa nature d’œuvre calibrée pour la télévision. C’est donc en aout 1995 que Rodriguez s’est imposé comme l’un des cinéastes les plus extras des années 1990.

Avec son casting trois étoiles, ‘’Desperado’’ est la suite directe du ‘’El Mariachi’’ sorti en 1993, et non un remake comme il est souvent pensé. Antonio Banderas, Salma Hayek, Joaquim de Almeida, Steve Buscemi, Quentin Tarantino, Cheech Marin et Danny Trejo, sont autant de visages connus, qui reviendront souvent dans la filmo' de Rodriguez, qu’il est agréable de retrouver. Dans ce qui peut être considéré comme une version ‘’augmentée’’ de sa première œuvre.

Repoussant le concept du héros solitaire dans ses retranchements les plus insondables, c’est sur toute une mythologie basée sur un imaginaire collectif que Robert Rodriguez calque la représentation de son personnage principal, mystérieux et anonyme. Identifié et identifiable uniquement par sa fonction de Mariachi, comme le laisse songer son étui à guitare qui ne le quitte jamais. En un seul plan, un seul angle et à peine une scène, absolument tout ce que représente le Mariachi est capitalisé sur son seul charisme.

À partir de là c’est la porte ouverte à tous les délires possibles, et le moins que l’on puisse dire est que Robert Rodriguez ne retient pas la bride. Il plonge à coeur perdu, avec une bonne humeur et une générosité incroyable, dans une aventure cartoonesque où chaque séquence d’action rend la précédente moins spectaculaires. Parce que putain, ce mec est généreux,

‘’Desperado’’ est construit comme un crescendo de violence, de la première fusillade absolument mythique, qui est à elle seule un monument de subversion cinématographique, à l’anti-climax final. Sans cesse Rodriguez cherche à redéfinir la notions même de cohérence, par l’invulnérabilité d’un héros aux conceptualisations proches des figures de John Wayne, James Bond ou Lucky Luke.

Peut importe ce qu’il y a en face, le Mariachi ne perd jamais son cool, et même s’il est moins armé que ses assaillants, chacune de ses balles font mouches, lorsque les bad guys arrosent le décors. Pourtant, le Mariachi reçoit des balles, comme les lames, mais même blessé, réduit physiquement, il ne cesse de se relever, chaque fois un peu plus bad ass.

La nature christique, pour ne pas dire divine, rend fou les incapables bras-cassés du cartel qu’il cherche à éliminer. Impuissants face au Mariachi, cela provoque l’ire absolue du boss, parfait Joaquim de Almeida, démuni face à l’incompétence de ses hommes, et son incapacité à mettre fin aux agissement d’une seule personne. Personnage sculpté dans la caricature, Bucho est vraiment l’idée du trafiquant de drogue tel que perçu dans la culture populaire.

Car ‘’Desperado’’ est une oeuvre qui joue avant tout avec des codes bien établit. Rien que le rôle iconique du Mariachi, tenu par Antonio Banderas, n’est autre qu’une fonction, celle du type brisé qui clame vengeance. De sa tenue à sa guitare, en passant par son mode de vie itinérant, faisant régner la justice et la liberté de ville en ville, il est l’ange rédempteur bien décidé à rendre la monnaie de leurs pièces à d’infâmes criminels, égarés sur les chemins de la déviance.

Derrière cette conception, il y a bien entendu la vision cinéphilique d’un Robert Rodriguez, qui peut s’éclater confortablement grâce à un budget mille fois supérieur à ‘’El Mariachi’’ ( 7 000$ vs. 7 000 000$). Allez savoir qui fût assez fou pour offrir des millions à Rodriguez, mais une chose est sûr, le pari fût largement gagnant, et permis d’installer durablement le cinéaste dans le paysage hollywoodien.

Même avec un budget confortable, et une équipe professionnelle, Rodriguez porte de nouveau plusieurs casquettes. En plus de signer le scénario, d’occuper un poste de producteur et se charger de la réalisation, il est également monteur… Et c’est sa patte qui fait de ce film un ride survitaminé, qui refuse de prendre son temps. Si sur ‘’El Mariachi’’ Rodriguez s’imposait comme un réalisateur de l’instant, ici c’est en réalisateur de l’urgence qu’il brille.

Les séquences s’enchainent, sans que le récit ne prenne vraiment le temps de se poser. Ce qui alimente le mystère environnant le Mariachi, dont le vécu n’est approché qu’au compte-goutte. Rodriguez ne propose pas un personnage sous entendu ‘’bad ass’’, il fait mieux que ça, il le montre, par le biais de séquences qui démontrent que la réputation du personnage n’est pas surfaite.

Ultra-violent, sanglant, bien souvent gratuit, drôle, fun et se permettant même une petite touche de drama, tous les superlatifs du champs sémantique de l’œuvre virtuose sont bons pour tenter définir ce qu’est ‘’Desperado’’. Avec ce délire cartoonesque plus qu’assumé, Robert Rodriguez fait entrer son cinéma métamoderne dans le circuit des Série A, ‘’respectables’’ pour une large audience. Produit et distribué par la Columbia, c’est bel est bien un film mainstream, et non une œuvre indé’, qui porte la notion de ‘’genre’’ à un tout autre niveau.

Visuellement abouti, ça pétarade de partout, avec des gunfight d’une imagination folle, exécutés dans la bonne humeur, où les protagonistes prennent des poses iconiques, rarement inquiétés par les balles et les explosions. C’est imaginatif, ça grouille d’idée de mise en scène et de montage, c’est nerveux, ça impact et ça vient foutre un bon gros coup de santiag dans un cinéma d’action qui commençait un peu à s’endormir.

N’existant que par la culture que s’est constitué Robert Rodriguez au cours de sa vie de cinéphile, et de ses expérience cinématographique, tout dans cette production n’est que références. Implicites ou non, c’est tout un pan du cinéma bis, mais pas que, qui est ici porté au firmament d’une conception cinéphile du septième art. La nature de cinéma vérité, provenant du Nouvel Hollywood, évolue grâce à un metteur en scène de 26 ans, conscient de l’héritage laissé par ses ainés, dont il s’affranchi pour laisser libre cours à un cinéma qui est désormais le sien.

La même année, Quentin Tarantino fait exactement la même chose à l’aide de Roger Avary, avec son ‘’Pulp Fiction’’ qui redéfini ce qu’est le mainstream, sur une note indé' déjà dépassée. Très rapidement, ces trois sales gosses que sont Avary, Tarantino et Rodriguez, percutent avec fracas un système dont ils refusent le diktat et les règles de productions. Ce sont eux, désirais, qui dictent les termes de leur vision du cinéma.

‘’Desperado’’ est l’heureuse résultante de la collusion entre un studio (déjà distributeur de ‘’El Mariachi’’) et un jeune réalisateur qui se fait la main en toute liberté et en se faisant plaisir. Un réalisateur qui s’éclate, c’est des spectateurices qui s’éclatent ; ce qui n’a pas de prix. Le plus génial dans tout ça, c’est que 25 ans après, le film n’a pas prit une ride. Comme il ne correspond pas à la logique de production établie en 1995, il ne s’inscrit pas dans le style des blockbuster made in nineties, Demeurant une œuvre bis hors du temps, universelle.

En 1995, Robert Rodriguez se démarque pour ainsi dire, formellement, du cinéma de Tarantino. Il se place plus dans la continuité d’une œuvre comme ‘’Killing Zoe’’ d’Avary, que de ‘’Reservoir Dogs’’. Ce qui est d’autant plus cocasse, que Tarantino joue un petit rôle dans ‘’Desperado’’. Toujours est-il que Rodriguez est en train de solidifier les bases de son cinéma à venir.

L’iconisation à outrance des héros, est une récurrence qui traverse toute l’œuvre de Rodriguez. Cette fascination pour les héros et les héroïnes, passe par l’image et une volonté de marquer les rétines. Pour exemple, dans ‘’Desperado’’ il s’agit de cette séquence totalement cartoonesque où le Mariachi et Carolina sautent d’un toit, puis, main dans la main ils marchent sans sourciller alors que derrière a lieu une énorme explosion. Le plan est ralenti, coupé plusieurs fois, pour bien prendre l’ampleur de l’explosion, et de la nature surnaturelle de ses héros ; absolument parfais.

L’ensemble, comme pour ‘’El Mariachi’’ est loin d’être dénué d’humour. Au contraire même, le second degrés est l’un des principaux carburants du récit. Rien ne semble être prit au sérieux, par l’entremise d’un faux premier degrés. Chaque séquence étant servit sur un ton délirant, qui touche plus d’une fois au cartoon, au risque de me répéter.

En ce sens, voilà l’un des film d’action les plus marquant des années 1990. L’ironie veut qu’il débarque à une époque où les stars des années 1980 se galèrent au Box Office. En 1995, Sylvester Stallone connaît un sérieux échec avec ‘’Judge Dredd’’ qui se ramasse bien comme il faut. Quand en 1996 ‘’The Eraser’’ avec Schwarzy rentre difficilement dans ses frais en Amérique du Nord. L’actioner 80’s et son héros sur-testostéroné ont vécu.

Si le succès de ‘’Desperado’’ n’est pas énorme, pour un film de niche il rapporte tout de même 25 million de dollars. Ce qui permet à Robert Rodriguez de s'installer dans le paysage cinématographique américain, où il se trouve encore aujourd’hui. Ne craignant pas de s’associer sans sourciller à de gros studios pour donner vie à de multiples projets pour le moins dissonants.

Bref, ‘’Desperado’’ est une véritable réussite, second volet unique en son genre, d’une trilogie qui trouve une conclusion tout aussi WTF? en 2003. Une trilogie assez peu citée, sans doute du fait que ‘’El Mariachi’’ soit tombé progressivement dans l’oubli. Pourtant ce triptyque mérite sa place au panthéon des trilogies cinématographiques les plus passionnantes, ou du moins des plus funs. Sachant que chaque épisode est absolument différent, que ce soit dans la démarche, comme dans les budgets et les castings.

Une trilogie à redécouvrir donc, même si ‘’Desperado’’ y occupe une place particulière, marquant concrètement la naissance d’un vrai cinéaste, aujourd’hui reconnu comme tel, et justement respecté. Un type généreux et sincère, qui aime le cinéma encore plus que la plupart des personnes qui peuvent tomber sur ses films. Et quoi de mieux qu’un cinéaste cinéphile pour faire vibrer la fibre cinéphile des plus radicaux d’entre-nous ?
-Stork._

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 62 fois
2 apprécient

Peeping Stork a ajouté ce film à 1 liste Desperado

Autres actions de Peeping Stork Desperado