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J’ai toujours évité les films des frères Dardenne comme la peste. L’archétype du cinéma social, type Ken Loach et comparses qui se passe dans la nord, avec la misère, la déprime, le ciel gris, les corons et le chômage, ca ne m’excite pas du tout. Je passe surement à côté de quelque chose, mais que voulez-vous, on a tous ses petits préjugés. Du coup, j’arrive quasi-vierge devant Deux Jours, Une Nuit. C’est mon premier Dardenne et j’ai trouvé ça formidable.

Sandra, après une longue dépression (qui n’est pas vraiment guérie, comme on le verra au cours du film) , apprend qu’elle est mise à la porte suite à un vote de ses anciens collègues qui ont préféré une prime plutôt que de préserver son poste.. Elle a un week-end pour les convaincre un par un d’abandonner leur prime pour qu’elle puisse conserver son emploi à l’issue d’un nouveau vote, négocié âprement : Le contremaitre aurait tenté de forcer la main de certains d’entre eux. Présenté comme ça, le film coche toutes les cases : maladie, chômage, le nord (la belgique), l’analyse sociologique… le film typiquement plombant, en somme. Mais c’est un film plein de grâce finalement.

La construction du film en autant de scènes que de collègues à convaincre , avec des répétitions , des variations, des choses qui se répondent et qui se nuancent est très belle. Beaucoup de plans séquences faussement simples et magnifiquement chorégraphies, très élégants composent ces scènes, où finalement on voit l’éventail des réactions possibles face à ce dilemme moral insupportable et ignoble auquel on a soumis ces salariés. C’est presque l’humanité toute entière qui nous est présentée là. On a les salauds, les compatissants, les gens bons, les bienveillants mais peureux… Tous ont une vraie présence, ce ne sont pas des archétypes mais des personnes avec des familles, des vie. Et on vivra lors de ces confrontations des moments souvent incroyablement touchants, forts, bouleversants (souvent).
On ne les juge pas mais on les montre clairement avec leurs défaillances , leurs faiblesses, leurs petitesses. Leur grand coeur, parfois aussi. Leur sens de la justice. Non, ce que jugent les Dardenne, c’est ce qui les a rendus comme ça. Ce qui les pousse à devoir choisir entre leur propre sauvegarde ou la solidarité avec son prochain. Cette société abjecte qui pousse les gens à se nier, à se battre entre eux. Et ils n’en sont pour la plupart pas fiers. Ils ont honte, qu’ils l’avouent ou non. La peur ne laisse plus s’exprimer leurs meilleurs côtés.
Sandra devra elle combattre sa dépression, son sentiment de se compromettre, de perdre toute dignité a quémander la justice sociale et la solidarité. Quand on la rencontre, la nouvelle de son licenciement la détruit, sa dépression n’est pas du tout derrière elle comme le croit son mari et le moindre obstacle lui semble insurmontable. Ce sera grâce à son mari, et aux quelques manifestation d’empathie auxquelles elle assistera au cours de ces deux jours qu’elle se relèvera : elle est certes blessée, mais battante et surtout prête à accomplir d’autres défis. Le dénouement (que je ne révèlerai pas) est vraiment complexe, et tout sauf attendu - on vit dans un monde ou rien n’est simple. Le croque-mitaine de contremaitre ne nous est montré qu’à la fin, quelques secondes mais sa présence n’en est que plus forte.

On échappe par miracle à l’exposé didactique ou à l’etude sociologique, parce que les Dardenne sont délicats et fins, qu’ils aiment leurs personnage et que leur empathie emporte tout, parce que leurs scènes dépassent de loin les archétypes qui les sous-tendent. Parce que les acteurs sont tous formidables (Marion Cotillard en tête : sa performance est vraiment soufflante, inouïe. Le jeu physique, la transformation de la voix, l’emotion brute, et tout ça sans que ça paraisse mécanique ou surjoué). Ce film m’a vraiment foutu des coups de poings dans le ventre (les larmes étaient souvent proches de sortir, mais c’était un beau moment de cinéma.

Maintenant, je veux rattraper mes lacunes et voir le reste de la filmographie des frères Dardenne.
Benjicoq
9
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