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Deux moi

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Klapisch, le spécialiste attitré des trentenaires et de leurs crises en tous genres, livre une fausse comédie romantique qui démarre comme une chronique bien morose de deux quotidiens parisiens, entrecoupée d’apparitions de guests venus faire leur numéro avec plus ou moins de talent (Abkarian manque de crédibilité, Niney est dans un surjeu insupportable, Cottin fait du Cottin... Seul Berléand s’en sort vraiment avec les honneurs). On apprécie l’effort que fait le réalisateur pour montrer au passage les différentes facettes de la capitale, mais sa peinture du Paris multiculturel paraît un peu figée et forcée. Quant aux incursions oniriques dans l’inconscient du couple de protagonistes, les deux séquences de rêves proposées tombent à plat et font regretter la grâce de certaines scènes des Poupées russes, comme cette marche au ralenti dans une rue aux dimensions idéales. En bref, pendant un bon moment, il faut le charisme des deux acteurs principaux pour maintenir Deux moi à flot.

Pendant son petit tiers central, le récit trouve enfin son rythme de croisière et réussit à montrer de manière assez juste la façon dont ces deux êtres fragiles se laissent chahuter par les événements les plus banals et affrontent leurs dépressions respectives avec des armes aussi dérisoires que touchantes. Mais quel dommage que tout ça soit ensuite canalisé par une fable psy à la morale presque gênante de mièvrerie (« il faut deux moi pour faire un nous »)! Après une demi-heure dans cette veine, à voir s’enchaîner quelques poncifs parmi les plus rebattus (le discours de la jeune fille timide devant un public hostile mais finalement conquis, la révélation et les larmes dans le cabinet de psy, l’enfance obscurcie par un deuil mal digéré, etc.), on se sent obligé de repenser le film comme un petit scénario à concept, inspiré des pires clichés des manuels de développement personnel.

Il faut quand même le souligner: on rit souvent et on prend globalement un certain plaisir devant Deux moi. Là encore, le talent de Girardot et Civil y est pour beaucoup. Mais à l’inverse, on pleurerait presque (de désespoir) en entendant Berléand prononcer, sans le moindre second degré, cette réplique improbable : « vous avez le droit de toucher, Rémy ». Deux moi font peut-être un nous, mais on a maintenant la preuve que deux bons acteurs ne suffisent pas à faire un bon film.

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