A swing in New York

Avis sur Deux sur la balançoire

Avatar Sergent Pepper
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Après le phénomène West Side Story, Robert Wise revient par la petite porte en adaptant la pièce Deux sur la balançoire de William Gibson. Si l’on reste à New York, c’est pour un drame modeste et intime, qui se passera essentiellement en intérieurs, au point d’en faire cohabiter deux dans un échange de coups de téléphone d’un appartement qui semble être un split screen mais se révèle en réalité un aménagement astucieux des décors. On le constate assez rapidement, le film a du mal à se défaire du modèle dramaturgique initial, se centrant sur de longues discussions d’un couple en construction, faisant la part belle au duo Mitchum / Mac Laine, qui ne démérite pas sans pour autant renouveler grandement son répertoire. Lui, en type un peu cynique et désabusé, conscient de n’être qu’à moitié authentique, elle en femme insolente mais fragile, intègre mais trop passionnée, dans la droite lignée de son rôle dans La Garçonnière.

Les échanges, sous l’égide d’un screwball un peu mélancolique, font mouche un temps, et se voient dynamisés par une mise en scène qui s’autorise quelques audaces dans des plans atypiques, ou lors d’une scène de danse en contre plongée particulièrement convaincante.
Mais la redondance guette, et les sous-intrigues (sur le mode « je feins l’infidélité pour te cacher qu’en réalité, je suis gravement malade ») ne sont jamais qu’au service d’atermoiements qui justifient de nouvelles discussions nocturnes.

On n’est pas pour autant indifférents à ces deux personnages, qui sont dotés d’une complexité souvent digne d’intérêt, parce qu’en proie à des élans contradictoires : elle, grande gueule trop généreuse, trouvant intolérable la souffrance des autres parce qu’elle n’a pas réussi à apaiser la sienne. Lui, faux dur et figure du mâle qui masque sa dépendance au foyer par un discours supposément désabusé, et finira par reprendre les rails du modèle qu’il juge fait pour lui.

De ce fait, les répétitions ont au moins le mérite de mener quelque part : Deux sur la balançoire est avant tout le récit d’un échec, et de la terrible permanence d’un caractère en dépit de ce que l’autre peut infléchir en lui.

Le retour aux cloisons contiguës et au téléphone pour la scène finale enfonce ainsi le clou d’une démonstration assez amère sur la question du couple : la parole ou les stratégies sont des vagues plus ou moins fortes qui, le plus souvent, ne font que se briser sans attaquer la roche des individus qui les reçoivent.

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