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Le premier long-métrage de Neill Blomkamp transpose la science-fiction dans un contexte social douloureux inspiré de l’apartheid. Sous ses allures de docu-fiction dystopique, District 9 transpire un réalisme subtil.

2006. Peter Jackson repère le court-métrage d’anticipation Alive in Joburg, qui évoque l’apartheid en imaginant des extra-terrestres réfugiés sur Terre et parqués dans des camps aux alentours de Johannesburg. Bluffé, il confie à son réalisateur la somme symbolique de 30 millions de dollars ; cette même somme qui lui avait été confiée à ses propres débuts. Trois ans plus tard, District 9 rentabilise cette somme dès son premier week-end d’exploitation en salles et remporte 4 nominations aux Oscars dont une pour la récompense du Meilleur film. Un exploit pour une oeuvre de science-fiction, un genre presque systématiquement boudé à cette cérémonie.

Construit comme un documentaire alternant différentes sources d’information, District 9 tire sa force de ses décors décharnés et sales, en partie authentiques. Neill Blomkamp pousse le réalisme un cran plus loin en incluant de véritables images d’archives au sein de scènes tournées à Johannesburg même, mais sans les différencier ou les mettre en valeur, ce qui leur confère une valeur subliminale renforçant un sentiment de malaise grandissant. Le titre évoque la division géographique des villes d’Afrique du Sud en “districts” et par là même de difficiles épisodes assimilés à l’apartheid comme la relocalisation massive d’habitants du District 6 du Cap vers d’autres lieux. Cette même relocalisation représente un élément déclencheur du film.

Neill Blomkamp n’hésite pas à faire dans le subversif, jusqu’à se mettre à dos le gouvernement nigérian qui demande le boycott du film à la sortie. L’on pourrait s’interroger sur le bien-fondé de la caricature d’une nation dans un film dénonciateur d’intolérance. La communauté nigériane violente et charognarde dépeinte dans District 9 sert pourtant le propos et représente une prise de risque conséquente pour montrer à quel point l’être humain peut exploiter tout ce qui l’entoure, y compris ses semblables. Aujourd’hui, l’apartheid est considéré comme un régime aboli de l’histoire sud-africaine depuis 1991, mais a priori remplacé par un rejet commun de l’immigrant. District 9 se nourrit de ces phénomènes et délivre un message quasi sans espoir : le système est sans fin, il y aura toujours des communautés à discriminer car la nature humaine est ainsi faite.

La satire politique trouve ses limites dans la seconde partie du film qui se concentre plus sur une trame hollywoodienne au détriment de l’ambiance d’origine, mais reste intéressant en termes d’action pure, incluant notamment cette passion que Blomkamp semble avoir pour les robots (Tetra Vaal, Temp Bot). La violence demeure mais revêt un caractère moins psychologique pour se diriger vers un traitement plus horrifique où l’intégrité physique est constamment menacée. Le réalisme demeure, et District 9 se dispense de devenir une allégorie larmoyante ou arrogante de l’apartheid.

Les créatures, développées avec l’aide de WETA Workshop, contribuent avec l’ensemble des effets spéciaux à faire de District 9 une sorte d’horrible documentaire. Bien que le résultat soit étrangement hybride, vacillant entre le reportage à ses débuts et son dénouement, et la fiction caméra à l’épaule, le réalisme demeure comme si sa nature demeurait sous-jacente, renforcée par les détails gores qui pourraient être inhérents à tout camp laissé à l’abandon : la consommation de nourriture inappropriée, la viande douteuse, le sang. Le personnage principal de Wikus parvient à se rendre aussi antipathique qu’héroïque, subissant une expérience à laquelle on pourrait s’identifier : médiocre bureaucrate, il ne représente au départ rien de spécial mis à part un être humain lambda. Beaucoup de films ont été cités en guise d’inspiration pour District 9, mais pour ma part, je repense à un conte qui avait marqué mon enfance : L’enfant étoile (?), dont le jeune et arrogant héros était transformé en créature repoussante et se devait de provoquer l’empathie de ceux qu’il avait auparavant rejetés afin de retrouver sa forme initiale.

Le dénouement de District 9, appelant à une suite, nous laisse sur notre faim. Neill Blomkamp travaille à présent officiellement sur cette suite, avec pour l’instant la perspective excitante de voir Eysium, son nouveau long-métrage dystopique.
Filmosaure
8
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Blah blah blah...

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