Will Smith fait diversion pour qu'on oublie After Earth

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Par OhCaptainMyCaptain.

En grand fan de Braquage à l'italienne, je suis friand de films portant sur les vols avec organisation méthodique. En clair pas comme dans la série Ocean post-Eleven. Là où chacun à sa place, son importance, et si l'un foire son coup, c'est toute la réussite du projet qui est menacée. Et voilà qu'arrive Diversion dans le paysage cinématographique. Rien de foufou à l'horizon quand on sait que les réalisateurs sont ceux de Crazy, Stupid, Love. De même que la bande-annonce n'annonçait rien de très bon. Si Ryan Gosling et Emma Stone sont pressentis pour les premiers rôles, c'est finalement Will Smith et la délicieuse Margot Robbie qui en héritent. Alors, plus Mark Wahlberg/Charlize Theron ou plus George Clooney/Julia Roberts ?

Micky (Will Smith) est un voleur professionnel. Il connait toutes les techniques de diversion par coeur, et fait partie d'une grande entreprise de larcins en tout genre. Un soir, il rencontre une voleuse amatrice (Margot Robbie). Il tombe sous le charme, et décide de la former. Après s'être attaché à elle, et en suivant les commandements de son père, il décide de s'en séparer brutalement. Cinq ans après, il remet le pied à l'étrier pour un gros coup au sein de la Formule 1. Mais son entreprise est vite menacée par la réapparition de son élève.

Alors annoncé comme ça, le scénario ne fait pas franchement rêver tant il utilise un canevas plus qu’usé au cinéma. Hormis quelques twists bien sentis (quoiqu’un peu prévisibles) et donc agréables, on sait clairement dans quelle direction va le film rien qu’avec le topo de base, et c’est franchement dommage. Après, ce n’est pas forcément toujours le scénario le point fort dans ce type de film.

La réalisation n’est pas des plus techniques et originales, mais elle est toujours efficace. Les montages des passages de rite d’initiation et de « présentation de l’entreprise » sont dynamiques, très drôles, et font directement rentrer le spectateur avec Margot Robbie dans la mécanique du film et l'organisation criminelle. Les réalisateurs s’autorisent même à emprunter la séquence de Bryan Singer dans Superman Returns lors de la découverte de la Forteresse de Solitude par Lex Luthor (l'ellipse en un seul plan) : une unique séquence d’avancée où s’écoule pourtant le temps à mesure que la caméra avance. Bon là rien de spectaculaire, ce n’est qu’une avancée dans une chambre d’hôtel…

Le choix des musiques aura sûrement été très méthodique. Comme un symbole du film, elles sont aussi très classiques, mais colle toujours à l’ambiance du film et la sert parfaitement. De chansons très jazzys au début pour coller aux nuits des grandes villes américaines, du rock (des Rolling Stones d’autant plus) pour coller à l’emballement lors des boulots de larcins, du classique aux airs de post-rock quand la machine se déraille…

Le rock’n’roll est une parfaite transition pour expliquer la particularité du film, qui en fait d’ailleurs toute sa force. Le titre du film, pour une fois parfaitement traduit de l’anglais Focus (bon, les français font quand même les choses à l’envers, en prenant le revers de la médaille), est Diversion. Et si le titre vise d’abord les techniques de roublard de Will Smith, elle peut parfois correspondre au fait que les réalisateurs s’amusent parfois à jouer avec les ressentis des spectateurs par rapport aux codes du cinéma. Et ce rien qu’avec la musique ou les costumes parfois… Bon malheureusement, ils ne le font que trop rarement, il ne faudrait pas en faire un excellent film quand même...

La diversion donc, qui est le point le plus travaillé par le film, et c’est plutôt agréable que l’équipe du film ait décidé d’approfondir cet aspect par rapport aux autres (d’autant que ça le démarque des films du genre, et que ça le sauve d’une note affreuse sur l’Agence). L’équipe a donc engagé un magicien pour apprendre à nos deux acteurs principaux les techniques de pickpocket les plus abouties, Appollo Robbins. L’histoire ne dit pas si celui a déjà réussi des gros coups comme nos héros… Plus de 20 heures de cours particuliers pour saisir le mieux possible la méthodologie, et il faut avouer que le rendu à l’écran est vraiment très bon, on s’y croirait.

Vous allez commencer à hurler derrière votre écran parce que je n’explique toujours pas quelles sont ses techniques. J’y viens, j’y viens, mais j’aurais beau essayé, difficile de l’expliquer à l’écrit, il faudra que vous y alliez pour vous rendre compte de la pratique. Nous avons sur ce point affaire à un sous-Inception, puisque la logique n’y est pas si éloigné. Si la technique la plus simple reste le petit vol discret en concentrant l’attention de la victime sur autre chose que ce qui va être volé, le film a suffisamment fait d’efforts de travail pour proposer autre chose aux spectateurs, puisque les gros coups sont beaucoup plus préparés que ça. Les voleurs vont s’attacher à viser les faiblesses du cerveau, des sentiments et de l’inconscient humain pour lui faire faire exactement ce qu’ils veulent qu’il fasse. Bon dans ce cas ils ne l’endorment pas, mais le procédé est, dans l’idée et la conception, assez spectaculaire à son niveau. Et là on revient clairement à ma volonté de base : un plan méthodique, étudié à la micro-seconde, où chacun à son rôle. Et sur ce point, le film a quasiment réussi sa mission, tant chaque coup est vraiment magique, on aimerait vraiment faire partie de ces vastes plans. On se sent un peu revenir en enfance à s'émerveiller de cette façon!

Concernant les acteurs, rien de bien neuf sous les palmiers, le film reste dans son classicisme ambiant. Will Smith fait du Will Smith, sans prendre de gros risque, histoire de se refaire une réputation après ses derniers ratés. Toujours très charmeur, plutôt drôle et arrogant (j’ai même trouvé qu’il faisait les mêmes blagues que Mister T parfois, il abuse !), rien de bien choquant pour un délinquant professionnel, mais un peu plus d’originalité dans son jeu aurait été plus rafraîchissant. Il faut cependant dire qu’il n’est pas aidé par l’écriture de tous personnages, aussi superficiel que stéréotypé. Seule la scène où son égo lui joue des tours semble creuser un peu sa personnalité, mais rien de bien original d’exploiter la grosse tête de ce genre de personnage. Will fait donc le job, mais on reste bien loin de l'inoxydable Prince de Bel-Air. Quitte à choisir entre les sous-Will Smith, pour se rassurer, ça sera toujours mieux que Jamie Foxx.

Margot Robbie fait également du Margot Robbie, du moins du peu qu’on ait pu la connaitre avec le Loup de Wallstreet. Et c’est vraiment dommage, parce que le début du film laissait sous-entendre qu’elle allait jouer autre chose que la boniche de service. Le « je ne sais pas minauder, épargne-moi ça » laissait penser qu’elle allait jouer une fille normale. Raté. Le spectre d’Emma Stone semblait planer sur elle également, tant son jeu parfois lui ressemble à s’y méprendre. Après, Robbie peut se permettre de jouer des scènes qu’Emma Stone aurait des difficultés à tourner, donc rien de bien choquant. Dans tous les cas, les deux s’offrent une belle complicité à l’écran. Les deux acteurs se sont bien trouvés, se sont appréciés, ce qui rend leur relation dans le film des plus réalistes. De très bon augure avant Suicide Squad où ils joueront respectivement Deadshot et Harley Quinn (je vous laisse deviner qui est qui !). Pour le reste, tant le duo porte le film, personne ne sort vraiment son épingle du jeu, sans exploit ni scandale. Sauf peut-être Adrian Martinez (Julius), plutôt bon en comic-relief, quoiqu'un peu lourd par passage.

Au final, nous sommes devant un film de braquage des plus classiques, où ni le scénario, ni la réalisation, ni le jeu d’acteurs ne sont très travaillés. Cela reste un très bon film de divertissement, plutôt drôle et qui ne se prend pas très au sérieux, où l’on ne se plaindra pas de sa courte durée car il s’arrête justement à temps pour ne pas tourner en rond. Le tout avec en toile de fond la rivalité Ferrari/McLaren à peine déguisée. Il contient cependant un concept des plus originaux, la diversion, pendant réaliste de l’inception nolanienne. Le rendu à l’écran, via une maitrise totale de la méthode tant par les acteurs (très complices) que les réalisateurs, est vraiment de très bonne facture. Une bonne pioche, sans être exceptionnelle, pour une soirée tranquille sans se prendre la tête.

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