Une divine tragédie baroque

Avis sur Divines

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Uda Benyamina, fondatrice de Mille visages, une association qui vise à démocratiser les métiers du cinéma, s'attaque à ce qu'elle connait le mieux : la banlieue, et le résultat est sublime !

Elle a débauché rien que moins que sa sœur, la jeune actrice très prometteuse, Oulaya Amamra, pour interpréter le rôle principal, celui de Dounia, une jeune fille d'une quinzaine d'années, qui vit avec sa mère dans un bidonville, en marge d'une cité de la banlieue parisienne.

Avec sa meilleure amie, Maïmouna (interprétée par la sublime Déborah Lukumuena), elles forment un duo improbable, d'inséparables, à la vie comme à la mort.
Ce tandem de filles naïves et fortes à la fois est irrésistible. Proches de Laurel et Hardy, elle sont tour à tour comiques, très émouvantes, toujours complices, fortes de leur l'amitié indéfectible.
Elles ont ce rêve commun de gagner de l'argent, beaucoup d'argent, et de fuir très loin de la cité pour en profiter. Elle sont prêtes à beaucoup de sacrifices pour cela, mais la dure réalité va les rattraper.

D'après la réalisatrice et son co-scénariste, « Divines est l'éducation sentimentale de Dounia, partagée entre l'appât du gain et ses émotions. C'est une tragédie qui ose le rire, un hymne à l'amour et à l'amitié, une réflexion sur l'universalité du politique et du sacré dans notre société.».

La réalisatrice casse les codes à tous points de vue. D'abord dans le choix de la musique, en mêlant rap et musique sacrée. Ensuite, dans le fait que ces héroïnes sont des femmes, et des femmes fortes, dominatrices pour la plupart. Enfin, par le choix des lieux de tournage.

Les personnages dits secondaires ne le sont pas tout.
D'abord, il y a Rebecca, la dealeuse, jouée par la très saisissante, Jisca Kalvanda. Une jeune femme, reine de la cité, qui domine les hommes et n'a peur de rien. C'est une vraie lionne, mais oh combien dangereuse.

Et puis, il y a le seul homme digne de ce nom de la troupe, qui curieusement va apporter une touche de féminité à toute cette histoire. Il s'agit du beau Djigui, interprété par Kevin Mischel, un vigile de supermarché le jour et danseur magnifique, la nuit. Un bel éphèbe, mystérieux, dont le physique, mais surtout le sens artistique et la grande sensualité vont électriser Dounia.

Ce film revêt des scènes inoubliables, où le temps suspend son vol. La première à citer est celle dans laquelle nos deux héroïnes s'imaginent être au volant d'une somptueuse voiture de luxe, pleines aux as, les plus beaux hommes à leur pieds. On les voit être transportées au milieu des immeubles, pilotant le bolide, au son de la musique menée à fond, mimant les dialogues. Elles y sont à fond, on y croit ! On admire à travers cette scène, toute la créativité de la réalisatrice et l'originalité de sa mise en scène.
Les scènes nocturnes de confidence sont aussi très fortes et extrêmement touchantes. Elle peuvent enfin se livrer l'une à l'autre, tomber leurs masques de femmes fortes et confier leurs plus grandes peurs, réaliser leurs actes et même s'adresser à Dieu.
Evidemment la scène finale, dont je ne dévoilerait pas le contenu, par respect pour mes lecteurs, nous laisse estomaqués, par tant d'intensité dramatique.

J'ai aimé ce film car il comporte une très grande part de réalisme et ne même temps, il nous parle de spiritualité, de divin et d'aventure, même si cette aventure s'avère extrêmement risquée. Pour moi, ce n'est pas un énième film sur la banlieue; il va au delà, il intègre une autre dimension.
La réalisatrice a choisit la cité de la Noue à Montreuil comme lieu de tournage, car cette cité comporte de nombreux soupiraux, caves qui vont se révéler être au cœur de l’action.

Elle n'a pas oublié de montrer d'où vient Dounia, ce bidonville à côté, coincé entre l’autoroute et de la cité. Oui, c'est bien cela la banlieue paupérisée. On y retrouve ces coins au milieu de nulle part, cachés dans les interstices, ces lieux où vivent pas uniquement des roms, mais aussi, les déclassés, les exclus de la société, ceux qui ne sont même pas admis à vivre dans le logement social des cités.
Et puis, il y a ces jeunes un peu paumés, qui ne croient plus du tout à la réussite par l'école, qui rêvent d'autres ailleurs, de l'argent facile, car la société ne leur inspire que cela : "money, money, money", comme le disent nos deux héroïnes.

Bon, la morale sera que l'amitié, l'amour sont au dessus de tout celà et c'est porteur de grandes valeurs.

En ce sens, je pense que ce film est d'utilité publique et qu'il devrait être montré aux jeunes, pas seulement de banlieue, mais de de tous milieux.
De toutes façons, à mon sens, il est de portée universelle, par les thèmes qu'il aborde et les questions qu'il pose.

Le jury de Cannes 2016 ne s'y est d'ailleurs pas trompé. Présenté à la Quinzaine des réalisateurs au Festival, il a été récompensé par la Caméra d'or.

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