Concours de clito

Avis sur Divines

Avatar Clément Capot
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https://leschlamedias.wordpress.com/2016/09/14/divines-concours-de-clito/

Premier long-métrage d’Houda Benyamina, caméra d’or du festival de Cannes, Divines est le film incontournable de cette rentrée qui divise la critique. D’un côté, ceux qui rejoignent entre-autre le camp du Parisien, de Première, débordants de paroles élogieuses, de l’autre, Le Monde et L’Obs, qui peinent à voir l’intérêt du film. Lorsqu’on est un temps soit peu clairvoyant, on a du mal à donner raison à ces derniers, des hommes dominants bien sûr, cloisonnés dans leur bulle élitiste de parisiens condescendants et favorisés.

Dans une banlieue parisienne indéterminée, Dounia (Oulaya Amamra) quitte son lycée professionnel en cours de route, malgré sa soif de réussite, pour se tourner, avec son amie Maimouna (Déborah Lukumuena), vers Rebecca (Jisca Kalvanda), une dealeuse de la cité dans laquelle elle vit. Alors que l’emprise délinquante voire criminelle se fait de plus en plus forte, elle fait la rencontre de Djigui (Kevin Mischel), danseur, qui lui fera remettre en question ses choix.

La première chose qui saute au visage est cette intrigue quasi-exclusivement constituée de femmes racisées. Dans un cinéma toujours plus masculin, toujours plus blanc, toujours plus riche, comment blâmer un film qui s’intéresse aux oubliées des médias, celles qui ne sont jamais représentées. Le simple fait d’apercevoir ces femmes racisées défavorisées à l’écran nous change du paysage audiovisuel habituel, des femmes à « contre-emploi », gangster. Comme à l’accoutumée, il faut laisser une femme aux commandes pour qu’un tel prodige se réalise, pour que, par exemple, de manière miraculeuse, la seule personne dénudée du film soit un homme.

Le second point, qui rendra injurieux le fait de déclarer le film « sans intérêt », est le portrait de la banlieue que dépeint Houda Benyamina. Dans son article sur Divines, Vincent Malausa, chroniqueur cinéma snobinard pour L’Obs, affirme que « le cinéma français a un problème avec la banlieue, qu’il filme comme une espèce de parc à thème aux allures d’exposition coloniale pour public avide de sensations fortes. ». Certes, le profil que l’on montre de la banlieue sur grand écran n’est jamais bien reluisant. Mais qu’afficher d’autres ? La bourgeoisie versaillaise ? L’opulence vincennoise ? Quel intérêt ? Oui, ces coins existent, oui, ils sont défavorisés et non, nous ne les occulterons pas comme de la poussière malvenue qu’on glisse discrètement sous un somptueux tapis. Le film, s’il ne traite pas d’une question bien distincte, met en exergue un fait bien particulier, lorsque dans le même temps certains osent parler d’égalité des chances dans l’éducation. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une généralité, lorsqu’on vient de banlieue, qu’on a pas un sous, on est pas logé à la même enseigne que ceux qui vivent dans le confort. Le simple concept de vie est transformé en survie. Et lorsqu’on rêve de succès, de triomphe et de gloire, on ne peut pas faire d’école de commerce ruineuse, d’études à rallonges, le système éducatif élitiste actuel n’est pas adapté. Dounia, qui rêve de splendeur et refuse ses cours futiles d’hôtesse d’accueil n’a plus qu’un seul moyen d’atteindre son but, de gagner de l’argent, de gâter sa famille : le deal. Pour autant, la réalisatrice ne montre pas une banlieue délinquante jusqu’à la moelle, mais braque les projecteurs sur ces inégalités.

Aussi, les personnages écrits par Houda Banyamina ont cette force en ce qu’ils présentent une absence totale de manichéisme. Il est presque impossible d’avoir un avis tranché sur les protagonistes, qu’ils soient principaux ou secondaire. On repense par exemple à la scène lors de laquelle les pompiers refusent de pénétrer dans la cité pour apaiser un feu. D’un côté, on réprime cet acte car il va à l’encontre même des principes de la profession. De l’autre, on ne peut s’empêcher de les comprendre puisqu’on voyait plus tôt l’héroïne les caillasser. Ce contraste à l’intérieur même des personnages incite à la réflexion permanente ce qui ne peut pas faire de mal.

Trêve de revendications, le cinéma ce n’est pas que des idées, c’est aussi des acteurs, des images et du son. De ce côté, la réalisatrice s’en sort admirablement bien. L’image est soignée, certaines scènes trempent dans la magnificence, la bande son alterne entre musique classique et rap, créant un contraste, parfois même avec les images, aussi agréable qu’audacieux. Mais la plus grande surprise, c’est le duo splendide d’actrices. Oulaya Amamra et Déborah Lukumuena sont absolument éblouissantes, nous livrent une performance hors du commun bien qu’ayant une carrière tout juste florissantes, elles sont sûrement l’avenir du cinéma français, du moins on l’espère.

Divines n’est donc pas « une brocante de clichés éculés et de figures sommaires », ni une « bouillie scénaristique entre chronique sociale et revenge-movie profem », c’est un film féministe, plein de sens et de beauté, qui nous fait réfléchir sur la condition des banlieues sans pour autant nous faire la leçon. Et ceux qui disent le contraire, c’est des p’tits clito.

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