La banlieue c'est tendance

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D'abord un mot sur la réplique qui fait le buzz : "T'as du clito!" D'accord, c'est rigolo, mais la nana aurait dû dire "T'as des ovaires!" Parce qu'on dit "T'as des couilles!" et pas "T'as du gland!" C'est l'organe de reproduction qui est cité pour valoriser un mec, pas l'organe du plaisir, qui est au contraire cité pour désigner un crétin, un gland quoi.
Tout ça pour dire que la réalisatrice cherche à faire original, sauf que quand elle y parvient, c'est un peu malgré elle. Ce qu'elle met en avant dans son film est souvent cliché, parfois agaçant. Mal senti en tout cas. La misère de la banlieue : elle en rajoute tellement que l'héroïne vit dans un bidonville de roms. Le trafic vu comme unique voie de sortie (comme dans le Bande de filles de Sciamma), et comme argument pour ajouter des éléments de polar social pour épicer le scénario, sauf que c'est du vu et revu. La fascination pour le fric et les vêtements de marque, qui donne un peu la nausée. Le rejet de l'institution scolaire, qui fait bailler. Heureusement, tous les gosses de banlieue ne vivent pas dans un bidonville, et travaillent suffisamment bien pour ne pas avoir comme unique porte de sortie un poste d'hôtesse d'accueil, ou l'alternative sordide du bizness.
Alors, que veut nous montrer Mme Benyamina, puisqu'il est évident que sa vision de la banlieue n'a rien de représentatif ni de didactique, et heureusement? Le destin d'une gamine pas forcément chanceuse, née bâtarde, femme et pauvre dans un monde où les trois sont exclus? Si on s'en tient à cela, c'est déjà plus intéressant. L'histoire de cette jeune femme pleine de "clito", et qui à cause de sa volonté de s'en sortir, causera la perte de ses proches. C'est un sujet de tragédie, traité sur un ton léger et humoristique, et qui bascule peu à peu dans la violence et le drame. L'histoire est bien montée (je me permets ce jeu de mots douteux, puisqu'on parle de clito...), et donne lieu à une conclusion forte.
Néanmoins, ce que j'ai trouvé de plus juste, c'est ce qui semble complètement hors sujet dans ce film, le rapport au corps et à la danse. Dans ce film qui se veut féministe et qui ne parvient pas vraiment à l'être, puisque le représentant du dominant, la chef de gang, est aussi une femme, le rapport au corps est central. Les personnages masculins sont filmés avec un érotisme non dissimulé, et souvent dans une gestuelle, une danse, qui sublime leur corps. Quand l'héroïne séduit Réda, elle danse, quand elle apprend à se battre, elle danse, quand elle s'amuse avec sa meilleure amie, elle danse aussi la plupart du temps. Ce film est aussi un roman d'initiation, c'est l'histoire d'une adolescente qui devient femme en découvrant son corps et l'amour. Son corps, complètement caché au début de l'histoire, et sa tête voilée d'une capuche, se découvre peu à peu. Et cet apprentissage se fait à travers la danse, à travers la rencontre avec ce danseur qui rend à son corps sa sexualité et son attirance. Malheureusement, elle se sert de cette attirance pour en séduire un autre, et cela provoquera son malheur.
C'est donc quand elle n'essaie pas de raconter la banlieue que Benyamina devient intéressante, quand elle raconte tout à fait autre chose que ces clichés éculés qui peuvent encore séduire la jet set de Cannes, mais qui vont finir par lasser le cinéphile moyen. Cette jeune femme a un vrai potentiel, elle sait tenir une caméra, elle sait faire de beaux plans. Mais elle doit arrêter de se focaliser sur la banlieue pour progresser, à mon humble avis, elle doit quitter ce sujet trop tendance qui n'est qu'un aimant à banalités, si elle veut commencer à raconter les vraies histoires qui sont en elle.

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