Divines gamines...

Avis sur Divines

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Wahou, j'en ressors avec des tourbillons d'émotions ! C'est diiiiingue ! Les questions abordées sont tellement nombreuses...

L'amitié, pure, innocente, généreuse et naturelle entre Dounia et Maimuna m'a vraiment touchée. Elles partagent une telle complicité, c'est vraiment beau.

Les origines : parce que oui, quand on ne sait pas d'où l'on vient, il est plus difficile de savoir où l'on va. Dounia est la "bâtarde" du quartier. Elle n'a pas vraiment d'identité et s'en cherche une à tâtons. Elle ne connaît pas son père, a un ersatz de mère qui ne sait pas se gérer elle-même et semble n'avoir jamais compris quel rôle elle devait tenir pour sa fille. Elle ne peut vraiment s'identifier à une quelconque communauté : pas tout à fait musulmane, sans vraiment de valeurs morales fondatrices, avec une mère qui enchaîne les coups d'un soir et les états d'ivresse, un logement insalubre au sein d'un camp de Roms ...

Le parcours initiatique : Elle n'a aucun modèle à suivre, alors forcément, en voyant Rebecca, sa réussite matérielle et son pouvoir dans le marché de la drogue, elle s'imagine qu'elle a aussi le droit de rêver. Elle a droit à de multiples épreuves et mises en danger, entre prise de confiance et désillusions, avec un paroxysme final difficile (vraiment j'en ai pleuré à chaudes larmes), comme une fatalité qui rirait au nez T'as voulu t'en sortir ? Ben c'était pas la route à prendre....

Les désabusés : pour ne pas dire les banlieues, parce qu'après tout ça ne veut rien dire. Les désabusés, y en a partout, banlieue, campagne ou Paris 16e. Les façons d'y répondre divergent mais on voit là que tout n'est que l'expression d'un désespoir, de la rupture dans une époque à deux temps, entre ceux qui sont sur le devant de la scène et ceux qu'on oublie sur le quai, avec un dénivelé qui s'accentue et majore les tensions. Alors oui, on critique le choix d'un environnement de banlieue et de ces aspects les plus noirs... mais c'est un parti pris, on suit Dounia dans ce choix qu'elle fait, celui de s'enfermer dans ce monde clos pour atteindre un pouvoir et une indépendance inaccessibles.

L'art et l'épanouissement : la porte de sortie pour élever les âmes désabusées ? Oui, mais ça implique comme au théâtre, de se mouiller, d'oser, de ne plus avoir peur, de ne plus s'auto-censurer. C'est peut être aussi une image pour dire aux désabusés que le choix leur appartient. Quand on veut s'en sortir, on s'en donne les moyens, sans se laisser tirer vers le bas par ceux qui n'y croient pas. Il faut y croire pour soi. Les critiques voient partout seulement la violence, mais non : notez cette scène entre le danseur et son professeur. Plutôt que d'hâtiser le feu et de rompre le dialogue en poussant au retranchement, le professeur de danse fait le choix du challenge, pour pousser son élève à aller plus loin... Je trouve que cette scène s'oppose bien à celle du début, entre Dounia et sa professeure : là, les rôles s'inversent parce que l'enseignante elle-même n'assume pas son statut et qu'elle est facilement touchée dans son orgueil. Du coup, le dialogue s'éteint et les cris de paroles vides de sens retentissent, jusqu'à un point de non retour, symbolisé par la porte qui claque.

La religion : celle qui reste quand on n'a plus rien, celle à laquelle on fait appel seulement quand on en a besoin, celle qui ne suffit pas à apaiser les tensions intérieures et nous faire appliquer ses principes dans le réel.

La violence et le négativisme : elle est partout, dans la parole, dans les gestes, dans le statut de la femme, dans les immeubles en désuétude, dans ces places bitumées non entretenues où les herbes folles se mélangent aux bris de verres des voitures caillassées, dans les nuits sans lune illuminées par les feux des voitures ou les gyrophares des policiers, dans l'inadéquation entre les rêves et les moyens qui sont offerts, dans l'altération et l'abandon des missions premières du service public...

La place des femmes : j'ai lu parfois dans des critiques qu'il était grossier de rabaisser l'homme dans ce film en le positionnant, non comme l'égal des femmes mais comme son larbin. Ben non, ça bouscule juste vos certitudes. Oui, une femme peut être à la tête d'un trafic dans une cité et dire "t'as du clito" sans que ce soit "grossier". Oui, un mec peut s'épanouir dans la danse et avoir eu les c*uilles de se lancer et de faire tous les efforts possibles (bosser en plus à côté, faire plus d’entraînements que les autres...) pour quitter son trou perdu confortable et vivre pleinement sa vie. Oui, une femme peut ne pas savoir être une mère. Oui, une fille peut être violente. Oui une fille peut casser la gueule à un mec qui s'imagine que les femmes sont de la viande... Je vois pas ce qui choque, hommes et femmes sont traités là d'égal à égal, tout en mettant en exergue les situations d'inégalité rencontrées dans notre quotidien.

Les actrices : Oulaya Amamra, Deborah Lukumuena et Jisca Kalvanda sont particulièrement douées ! Je pense particulièrement à Oulaya, qui a su rendre Dounia à la fois touchante et rebelle, douce et violente, débrouillarde et fragile. Et quand je dis "gamines", ça n'est pas péjoratif, c'est d'autant plus pour souligner le clivage entre la jeunesse de ces filles et leur maturité face aux vicissitudes.

La BO : j'avoue ne pas y avoir fait très attention, en dehors des passages de danse ou de soirées. Le jeu et l'image se suffisaient à eux mêmes.

Bref, il y en aurait encore beaucoup des thèmes à développer. C'est un film d'une richesse inouïe qui a su toucher tout spectateur et déchaîner les passions. Avec ses récompenses, toutes ces symboliques ont été discutées de long en large mais il me semblait nécessaire d'en faire ressortir simplement ce qui m'a particulièrement frappée. A voir si ce n'est pas encore fait =)

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