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Django Unchained par Guimzee

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La beauté du cinéma de Tarantino réside souvent dans la surprise et le contrepied. C’est en cela qu’il sait créer l’attente, car il arrive toujours précisément là où on ne l’attendait pas. Django Unchained est une fresque inattendue et sauvage qui renvoie l’Amérique face à ses démons tout en affirmant un style plus fluide, plus assurée et quasiment vidé de toute forme de frime. Quentin Tarantino nous surprend une fois de plus en réalisant un film porté autant par la rage du western spaghetti que par l’ampleur de son cousin américain, bénéficiant d’une précision d’écriture qui force le respect et d’une mise en scène maîtrisée de A à Z.

Contrairement à certains de ses films précédents, comme Kill Bill ou Inglourious Basterds, Tarantino en a fini avec la structure éclatée, les séquences autonomes, le puzzle narratif éparpillé et le chapitrage, et laisse place à une construction linéaire bien plus classique, à peine aménagée de quelques flashbacks bien sentis et d’une poignée de textes à l’écran pour souligner des ellipses. Le réalisateur génie s'est assagi et a cette fois une confiance totale envers son scénario qui n’a plus besoin d’être déconstruit pour fonctionner et créer quelque chose sur le spectateur. Plus qu’un neo-western ou un vulgaire hommage au genre, Django Unchained s’en affranchit en n’en gardant que quelques symboles importants. Des silhouettes de cavaliers chevauchant devant un soleil couchant, d’autres parcourant des paysages enneigés, une rafale au revolver paume sur le chien ou un chapeau mis avec classe, autant d’éléments qui ancrent le film dans le genre pendant qu’une multitude d’autres l’en éloignent. Sans aucune ironie, Quentin Tarantino construit un récit qui mêle habilement la mise en place d’une vengeance hardcore, une bromance passionnante par ses multiples évolutions, une histoire d’amour bouleversante mais également, et le cœur du film est là, un vrai propos sur l’émancipation des esclaves. Et sur ce point, Tarantino fait très fort car il évite à peu près tous les pièges tendus devant lui, à commencer par celui du manichéisme dans son écriture. Tout en condamnant fermement la notion même d’esclavagisme, il ne tombe jamais dans “les gentils noirs” vs. “les vilains blancs” et impose un discours qui va beaucoup plus loin que le simple constat. C'est quand on remarque ça pendant le visionnage de cette fresque sublime de 2h45, que Django Unchained deviendra un classique. Une des plus belles idées pour appuyer tout cela tient dans le personnage interprété par Samuel L. Jackson, encore une fois remarquable, qui représente à lui tout seul la face sombre de la communauté. Le noir devenu blanc en quelque sorte, et sans doute encore plus cruel que l’esclavagiste. Au niveau de la mise en scène, toujours plus maîtrisée avec un film au découpage minutieux, qu’il s’agisse de mettre en valeur des dialogues une nouvelle fois flamboyants et toujours filmés avec un sens du cadre étonnant, tout est presque parfait. Bien sûr, l'ironie n'est pas oubliée notamment le temps d’une scène qui revisite les balbutiements du Ku Klux Klan, à mourir de rire.

Ainsi, le western transpire la maîtrise autant dans son scénario que dans sa mise en scène, autant dans son rythme que dans sa narration. Niveau casting, il sera très dur de faire plus fort. Porté par un Jamie Foxx qu’on attendait pas à ce niveau, préférant la sobriété à son clinquant habituel pour ensuite en jouer et faire rayonner la nature profondément héroïque de son personnage, il est aussi accompagné par le très grand Christoph Waltz et par l'impressionnant Leonardo DiCaprio, bad guy idéal, aristocrate fou capable des pires accès de rage, qui signe là l'une de ses plus belles performances. Ainsi, Django Unchained a tout d’un futur classique et marque une étape essentielle dans l’œuvre de son auteur.

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