Des chiens et des chaînes

Avis sur Dogman

Avatar Marlon_B
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Outre le jeu bluffant de Marcello Fonte salué par toute la critique, relevons la qualité du scénario de Garrone qui se déroule progressivement jusqu'à une inévitable fin ainsi que l'humilité (retrouvée) du point de vue avec lequel le cinéaste regarde ses personnages et les faits qui leur arrive.

Commençons donc par Marcello. L'exploration de la part de Garrone de sa psychologie, plus nuancée et profonde qu'il ne le paraît, le présentant à la fois comme touchant, profondément humain quoique à la vengeance implacable, innocent quoique malin et fourbe va de pair avec sa prestation justement et unanimement applaudie par la critique et le jury cannois, Fonte réussissant à atteindre un niveau d'honnêteté scénique remarquable (un détail - assez futile certes, mais représentatif du minutieux travail d'acteur - certainement passé inaperçu aux yeux de beaucoup a retenu notre attention: quand Marcello veut se cacher de son bourreau d'ami après lui avoir salement massacré la moto, il rentre dans sa piteuse boutique en baissant le rideau métallique comme s'il avait répété ce geste toute sa vie, comme s'il y avait réellement travaillé des années durant, tant son geste est naturel).

De plus, le scénario jouit d'une bonne construction, l'histoire de la relation de dominé/dominant (sorte de duo de cirque aux accents dramatiques, à la fois drôle et pathétique) entre deux «amis» d'enfance se mettant peu à peu en place, avant de s'élancer follement sans jamais savoir comment s'arrêter - car il faut en effet bien reconnaître malgré tout que la fin peine à se mettre en place et n'est pas si bien introduite.

Enfin réjouissons-nous de constater que Garrone prend beaucoup moins de haut ses personnages que dans Reality ou Tales of Tales. Au contraire il les considère à dimension humaine, grâce entre autres à l'équilibre trouvé entre les forces du trop bon Marcello et de l'impayable brute Simoncino. Par ailleurs, ses prises de vue d'une banlieue napolitaine, cité balnéaire vide, sans humanité, dégradée, méprisée par la nature et l'homme établissent un cadre parfait au ton du film.

Une histoire prenante, inspirée d'un fait divers grotesque et cruel, remarquablement bien racontée, avec une galerie de personnages admirables dans une Italie abandonnée et sauvage, où la loi du plus fort règne sur celle du plus faible, non sans rappeler l'intimidante mafia et l'impuissance du peuple.

7,5/10

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