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Comme à chaque fois qu'on se lance dans un film signé Lars von Trier, on se demande dans quelle misère noire on s'embarque et quels supplices on va devoir endurer. Et ici, il y a de quoi se faire du souci : trois heures, sans décor (ou presque). Eh bien sur le fond comme sur la forme, force est de constater que le trublion danois remporte ses paris haut la main.

Au-delà de l'aspect "nouveau Dogme", il y a aussi derrière la quasi absence de décor la volonté de se concentrer sur une certaine idée de l'essentiel : les acteurs et le scénario. Il y a bien quelques apparats propres à la mise en scène cinématographique, quelques raccords un peu forcés, quelques séquences en caméra à l'épaule, des bruitages très réalistes, mais dans un premier temps en tous cas, on reste obnubilé par l'audace (ou la prétention, c'est selon) du procédé, avec des marques à la craie pour signifier les contours des maisons autant que la présence d'un arbuste ici et d'un chien là. Et grâce au travail d'interprétation (Nicole Kidman est assez forte, il faut le reconnaître, pour dépeindre ce genre de personnage ambivalent), aussi surprenant que cela puisse paraître de l'extérieur, on oublie qu'il n'y a pas de décor. Plus précisément, on se les représente parfaitement au bout d'un certain temps, voix off à l'appui. C'était sans doute un des paris (réussis) du film : en faire oublier la dimension expérimentale. On est bien loin d'une simple captation théâtrale, il s'agit plus de cinéma dépouillé que de théâtre filmé enrichi.

L'histoire est bien sûr d'une abominable cruauté (on est chez Trier, il ne faudrait pas l'oublier). Les thèmes de l'acceptation ou du rejet de l'Autre, puis du viol et de l'esclavage sont traités avec une froideur et une distance on ne peut plus dérangeante. Il faut entendre John Hurt en voix off détailler calmement les sévices subis et infligés par les uns et les autres... On reconnaît là le misanthrope invétéré et sa vision dégueulasse de l'humanité. De là naît deux réactions possibles à Dogville. Le rejet, en bloc, devant un tel étalage d'auto-suffisance et d'abjection savamment cultivée. Ou bien l'adhésion distanciée, appuyée par la scène finale qui alimente une forme de sadisme nécessaire. La fin agit comme un soulagement, en théorie, car elle ne peut effacer totalement les deux heures de souffrances endurées par l'étrangère et le spectateur. On se sent presque flatté dans notre volonté de vengeance faisant écho au massacre.

Lars von Trier, ce manipulateur professionnel.

[Ancien AB #115]

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