Don Juan, ce boloss

Avis sur Don Jon

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Pour son premier film derrière la caméra, Joseph Gordon Levitt n’y est pas allé de main morte ! Ce scenario osé, à tous les niveaux, montre que l’acteur ne craint pas de prendre des risques pour un premier long métrage déterminant. Il s’est fait plaisir en mettant dans son lit des canons de beauté et la brillante Scarlett Johansson qui n’hésite pas à passer des blockbusters aux films indépendants. Elle prépare aussi son propre film, soit autant d’arguments pour être à l’affiche de ce curieux Don Jon.

Un jeune homme accro aux films X et enchainant les conquêtes féminines d’un soir tombe amoureux d’une fille dont la vision de l’amour est diamétralement opposée.

Jon est personnage prétentieux, tout est calculé pour séduire la fille de son choix: le regard, la démarche, la coupe de cheveux, la muscu et les vêtements de boloss à base de débardeurs et autres cols en V jusqu’au nombril. Comme Don Juan, son plaisir n’est pas de connaitre la femme de sa vie mais simplement de conquérir les filles les unes après les autres. Il les rencontre dans une boite où il passe la plupart de ces soirées depuis des années. C’en est tellement devenu une banalité qu’il note avec ses potes les caractéristiques physiques de ces charmantes créatures.

En vérité son truc, c’est les films porno ! Et pas de manière exceptionnelle. C’est un véritable mouvement perpétuel mieux orchestré que n’importe quelle horloge suisse qui aurait déjà dû le rendre sourd, lui et le monde entier, depuis une éternité. Un acte tellement maladif qu’il pratique plusieurs fois par jour voir en pleine nuit après une soirée pourtant sportive. A l’image de sa "passion", sa vie n’est qu’une suite d’événements s’enchainant en boucle: le repas chez les parents, la messe du dimanche, les colères en bagnole,… Il ne s’en rend pas compte mais il est éperdument accro.

Shame s’était déjà penché sur le sujet en mettant en scène un camé aux ébats amoureux, mais le ton employé dans Don Jon est 100 fois plus léger ce qui rend la chose bien moins gênante et brise les tabous rapidement. Les situations cocasses sont nombreuses et il n’est pas rare de rire devant ce spectacle délirant. Gordon Levitt endosse un rôle pas fastoche, on se demande encore comment une telle idée a pu germer dans son esprit ! En face, Scarlett Johansson est une fille, qui comme lui, veut plaire. Mais dans les faits, son amour pour les films romantiques neux-neux lui façonne les rêves d’un prince charmant ne vivant que pour elle, soumis et chaste tant par ses paroles que dans ses actes (Pujadas likes this).

On assiste donc à cette ambivalence le sourire aux lèvres mais les meilleures scènes de Don Jon se passent chez les parents de celui ci. Le père (joué par Tony Danza) est la version 1.0 de son fils, il s’énerve pour rien et ne peut pas se passer de foot américain à l’heure du déjeuner. Les débats finissent toujours par partir en sucette devant une mère qui veut que son fils trouve une fiancée et la sœur incrédule passant son temps devant son smartphone.

Joseph Gordon Levitt sort une première réalisation bien faite et particulièrement inattendue. Heureusement, la glace est vite brisée grâce au second degrés complétement assumé par le film. Il s’éloigne des stéréotypes et du carcan habituel des romances prévisibles et trop souvent mielleuses. Dommage que cette tendance tend à disparaitre dans le dernier quart du film qui devient tout à coup sérieux comme s’il n’était pas possible de donner une morale à cette histoire autrement qu’en plongeant dans un discours dramatique et sensuel. Le sujet est spécial, ce serait con de passer pour (à tord) un obsédé ! Mais si on est ouvert et que l’on a du second degré, ou que l’on est simplement fan de Gordon Levitt comme moi, certes on ne monte pas au septième ciel mais il y a de quoi passer un bon moment.

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