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Mad movie. (attention spoiler)

Avis sur Donnie Darko

Avatar Silencio
Critique publiée par le

Donnie Darko est un mindfuck movie, le genre de film difficile à comprendre et dont le scénario fourmille de détails complexes. Pour certains, il est complètement tiré par les cheveux, cohérent et fourre tout...

Je respecte, et dans une certaine mesure je peux le comprendre. Mais pour moi, c'est ce twist final qui fait que ce film me hante au delà d'un premier visionnage, et avec lui la froideur sublime de la bande son, de la photographie et plus globalement de l'ambiance du film.
Avec Donnie Darko, Richard Kelly réussit un habile mélange de SF, fantastique, drame et teen movie. Il explore une pluralité de thèmes : tout d'abord, le voyage dans l'espace et et le temps, l'existence d'un univers parallèle et d'une entité divine ("Dieu"), sorte d'horloger minutieux. J'ai ma propre interprétation du film, je vais essayer de la développer brièvement ici : je pense qu'il y'a un univers parallèle (celui dans lequel Donnie ne meurt pas la nuit du 2 octobre 1988) où Donnie cède à ses pulsions de destruction, sous l'impulsion de Frank, messager de l'entité divine. Frank encourage Donnie à prendre la voie de la destruction et à commettre ses crimes, de façon à ce qu'il pète vraiment un cable à la soirée d'Halloween et accomplisse sa destinée. Non seulement il le pousse à suivre son destin, mais à l'instar de certains profs, de Roberta Sparrow et d'autres indices disséminés dans cet univers parallèle, il essaie de lui faire comprendre qu'une fois sa destinée (tuer Frank) accomplie, l'univers parallèle cessera d'être et il devra mourir dans l'autre univers (d'où, selon moi, le voyage dans le temps à la fin) .
Et là c'est intéressant, puisqu'on voit que les événements que Donnie crée dans l'univers parallèle déterminent sa destinée dans l'autre univers. Donnie est condamné à mourir; c'est son destin. Et quand le réacteur d'avion l'écrase finalement dans son lit la nuit du 2 octobre, son "sacrifice" épargne la destruction et les morts de ses proches. Il fait aussi prendre conscience à certains de leurs déviances et de leurs illusions, dans ce qui apparaît comme une "nuit de lucidité" avec Mad World en fond sonore. Donnie Darko fait figure ici d'une sorte de Christ.
Le thème du Destin au sens quasi religieux du terme, l'existence de Dieu-horloger, d'univers parallèles ; tout cela ajoute encore plus d'originalité au film qui traite à la fois de sujets théologiques, scientifiques et philosophiques.

Le personnage de Donnie Darko (et aussi de Frank) est très interessant. Donnie Darko vit dans les suburbs américains, il est relativement favorisé, vit dans une famille bien sous tous rapports, fréquente un lycée où tout le monde porte des uniformes. Bref, d'un point de vue extérieur et "sociologique" on le dire : il est gâté et il a de quoi être heureux. Pourtant, il ne l'est pas. Il est quelque peu taciturne, souffre de solitude et d'un malaise qu'il n'explique pas. C'est pourquoi il n'est pas difficile de s'attacher et de se reconnaître en lui : son malaise n'est pas grossièrement exposé comme dans certains films ou séries pour ados à sensation. Elle se matérialise dans la bande son du film, d'une glaceur délicieuse, dans les couleurs froides très présentes dans le film, dans le jeu et les expressions de Jake Gyllenhaal. Dans la manière qu'a la caméra de filmer l'univers scolaire, familial et le contexte politique comme si on était à l’intérieur d'un bocal et qu'on voyait les choses de l’extérieur bouger de façon absurde. Et c'est ça aussi le génie du film. Parce que le malaise de Donnie est aussi dû à sa grande lucidité, sa soif d’honnêteté et son amour de la vie (cf : la scène où il tente d'expliquer à sa tête de mule de prof que le champs des émotions ne se limite pas à la peur et à l'amour, mais au contraire, est kaléidoscopique). Il est confronté chaque jour à des discours et des schémas de pensée stéréotypés, une routine étouffante, que tout est édulcoré, bien sous tout rapport. Il est profondément convaincu qu'il y'a autre chose et que tout marche sur la tête autour de lui. D'où ce détachement progressif de la réalité, cette impression d'extériorité que l'on éprouve en même temps que Donnie. Victime de son intelligence, sensible à la beauté du monde, c'est une sorte de romantique des temps modernes.

Le côté "paranoïaque schyzophrène" de Donnie nous pousse à nous demander si cette histoire d'univers parallèle n'est pas une machination de son imagination. Le film nous met sur le qui-vive et on a le doute tout le long, et même bien après la fin. Là encore, je vais livrer mon interprétation : dans l'univers "1", Donnie a seulement des problèmes d'insomnie et fait des crises de somnambulisme, ce qui explique la première scène du film. Il a des fantasmes hallucinatoires de destruction, car tout ce qui l'entoure est dépourvu de sens. Dans l'univers 2, il commet véritablement tous ses crimes sous l'oeil de Frank. Frank le messager, mais Frank le lapin effrayant, l'alter-égo qui concentre la noirceur, la folie et la soif de destruction de Donnie.
Ce qui là aussi laisse une autre interprétation du film : et si cet univers parallèle serait en fait le monde du rêve?

Le côté onirique et mystérieux du film fait son charme, la complexité du scénario et son champs d'interprétations ainsi que le mélange de genres explorés son intérêt. Mais ce qui est aussi pertinent dans le film, c'est son aspect satire sociale qui critique de façon acerbe le puritanisme américain à l'ère Regan, à travers des personnages comme la prof de sport, le politicien pro-bush ou Patrick Swayze ('I AM NOT AFRAID ANYMORE" est non seulement hilarant, mais symbolise tout une culture qui glorifie le culte de la performance et de l’ego). D'un point de vue culturel, c'est intéressant pour mieux comprendre cette époque des Etats-Unis.

Putain, et en le regardant pour une deuxième fois je me suis souvenue que c'était ce film qui m'avait fait découvrir Joy Division (les frissons qui m'ont parcouru le corps aux premières notes de Love Will Tear Us Apart...). Rien que ça, ça vaut bien un 10.

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