Il vaut mieux hasarder de sauver un coupable que de condamner un innocent

Avis sur Douze Hommes en colère

Avatar Heimdäll Pitkan Dmb
Critique publiée par le

Dans la continuité de mes analyses Blu-Ray, je poursuis avec une oeuvre que je connais par cœur. Et pour cause, "12 hommes en colère" est un de mes films préférés car c'est certainement le film le plus intelligent que je connaisse.

"12 hommes en colère", film sorti en 1957, est considéré comme un des chefs d'oeuvre indiscutable du cinéma et la population Sens Critique ne me fait pas dire le contraire (film le mieux noté du site avec une moyenne de 8.7/10).

A cette époque, Henry Fonda est au sommet du cinéma hollywoodien et sa seule présence à l'affiche suffit à attirer des millions de spectateurs en salle à travers le monde. Un jour, il tomba sous le charme de la pièce de théâtre de Reginald Rose. Il proposa alors au dramaturge l'adaptation pour le cinéma. Ce projet était risqué puisqu'il fallait retranscrire fidèlement ce huis-clos avec un budget modeste et 21 jours de tournage. Le choix de Fonda se porta sur Sidney Lumet, inconnu au bataillon jusque là et personne ne croyait alors qu'il allait donner une véritable leçon de mise en scène.

Ce film se révèlera être une vraie critique de la peine de mort à un moment où celle-ci n'a jamais été autant utilisée. 717 personnes succomberont à la peine capitale sous la présidence d'Eisenhower. Par le personnage du juré numéro 8, Lumet fera de cette oeuvre un véritable pamphlet contre la peine de mort.

Dès le début du film, le rôle primordial du juré nous est montré par ce plan qui défile pour nous présenter les douze membres du jury. Le souci majeur est que ces membres ne semblent pas se rendre compte de l'importance de leur mission. Entre les discussions sur le base-ball où les banalités du genre "c'était intéressant", on ne ressent pas vraiment cette mesure de la gravité. Seul Henry Fonda semble réfléchir au procès. Sidney Lumet nous impose la présence récurrente du ventilateur en arrière-plan, un ventilateur qui pourrait être la cause de la mort d'un innocent.
Le réalisateur veut nous faire prendre conscience qu'être membre du jury est une mission.

Les adieux de la fin montrent bien que les protagonistes ont rempli leur mission et qu'ils ne se reverront plus.

"12 hommes en colère" est une référence dans l'univers du huis-clos. Il s'agit d'un film se déroulant dans un espace unique et quasiment en temps réel. La profondeur du champ de réalisation, ainsi que la lumière (doux euphémisme pour ce film en noir et blanc) met en avant cette sensation de claustrophobie. Ainsi, ce long plan où les hommes s'installent dans la pièce insiste bien sur le fait que ces hommes vont passer une heure et demie dans cette pièce. Le passage où l'on insiste sur la porte fermée à clé montre bien qu'il n'y a pas d échappatoire à cette mission compliquée, compliquée car cette pièce sera la scène de discussions animées comme le montre ce plan final avec les objets sur la table.

Ce film montre le côté très procédurier de la justice et une certaine volonté des personnages de se cadrer dans leur rôle. Les jurés ont chacun un numéro, pas de prénoms. Cela montre une véritable envie de respecter ce principe de neutralité. On le voit aussi par leur placement autour de la table et la présence de nombreux votes, le vote étant un symbole fort de notre démocratie. Une procédure parfois difficile à suivre.

"Que voulez-vous ? Seulement parler". Cette citation dit tout, le plus important est de parler.

D'ailleurs, le premier juré à changer son vote le change juste pour qu'on le laisse s'exprimer.

Le personnage joué par Henry Fonda veut une bataille d'arguments et non un échange de banalités. Et cela passe par le fait de creuser son discours, là où le juré numéro 8 aura un vrai pouvoir de persuasion et d'argumentation. Parfois, on peut remarquer que les autres jurés se convainquent eux-mêmes en se confrontant à leurs propres limites dans la discussion, Henry Fonda ne fait que réguler le débat et apporter d'autres éléments. Il force les autres à prendre du recul sur eux-mêmes

Cela se voit à travers les remarques sur l'origine sociale du juré numéro 5 ou encore sur le juré le plus tenace qui transfère sa propre histoire avec son fils sur le procès.

Ce film de Sidney Lumet est une véritable étude sociologique de la vie d'un groupe. On y trouve les leaders, les dominants, les dominés, les suiveurs, les influencés, les influençables. Cette étude est mise en avant par un casting impeccable, un Henry Fonda impressionnant de charisme, qui joue un panel assez représentatif de notre société. Cette oeuvre de Lumet donne même l'impression d'assister à une expérimentation sociologique où l'on enferme des rats de laboratoire dans une pièce pour étudier leurs comportements.

La parole peut être un véritable démon. Il est parfois difficile d'être confronté à la vérité quand on ne la détient pas. On peut retenir cette réplique : "Vous n'avez pas le monopole de la vérité.". Se faire renverser ses arguments peut être une véritable épreuve à vivre. La parole est un démon car quand on ne maitrise par l'argumentation on est vite démunis. C'est pour cette raison que le ton montre entre les hommes de manière assez récurrente avec des "It's possible" "It's not" qui donnent l'impression de deux murs qui s'affrontent.

Sidney Lumet critique ce système judiciaire de manière assez virulente. Tout d'abord par le fait qu'un seul homme puisse mettre à mal le travail d'un avocat. On peut s'interroger sur le rôle, les motivations de l'avocat qui peut être une réelle faille dans le système judiciaire. Peut-on laisser le sort d'une personne entre les mains d'un citoyen lambda ? Qui a la compétence pour juger une personne ? N'est-on pas constamment influencé par un paramètre extérieur ? Peut-on mettre ses préjugés de côté ?

Je fais écho à cette superbe scène où tout le monde se lève pour tourner le dos aux préjugés racistes.

Peut-on mettre de côté son passé personnel, ses opinions, ses propres expériences ?

Ce qui est fort dans le film de Lumet, c'est le fait que le doute subsistera toujours ("reasonable doubt"). Le juré numéro 8 a peut être tort.

"12 hommes en colère" est un des films les plus intelligents que je connaisse et un des plus maîtrisés en terme de mise en scène. Ce huis-clos soutenu sans aucun défaut de rythme est à jamais une des plus grandes oeuvres de l'Histoire du cinéma. 1h30 de dialogues passionnants, brassant une multitude de thèmes propres à notre société.
Comme dirait Voltaire : "Il vaut mieux hasarder de sauver un coupable que de condamner un innocent."

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