Shadow of a doubt

Avis sur Douze Hommes en colère

Avatar Clara_Gamegie
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12 Angry Men est un film que j'ai presque vécu.

L'année dernière, en classe de scénario, notre prof Noémie nous l'avait passé pendant un cours intitulé "Croquis scénaristique". Le film me bouleversa, et je me rappelle de la première séance comme si c'était hier. On ne peut qu'être giflé par le septième art quand on voit des grands films, des films qui immanquablement, sont des chefs d'œuvres, qu'ils appartiennent ou non à notre "style" de cinéma. Des œuvres essentielles, fondamentales qui vont au delà du simple film. Qui symbolisent l'espoir, qui donnent envie de croire que oui, la justice existe et que des hommes comme Davis, il y en a encore.

Suite au visionnage, Noémie nous avait emmené au Palais de justice de Paris. Tous les mois nous y allions voir des procès, censés "exciter" notre inspiration de jeunes écrivains en herbe et passionnés. Alors, on s'installait dans les salles d'audiences et on écoutait des histoires, tantôt originales, tantôt sordides, tantôt loufoques ou bien tragiques.
Je me rappelle de 12 Angry Men car il me ramène sans cesse au procès de Jamel Leulmi. Je crois qu'elle nous y avait emmené pour provoquer quelque chose en nous : pour voir si nous aussi, contre toute attente et alors que l'accusation se déferlait sur lui, nous étions capables de croire en la "présomption d'innocence".

Le procès de Jamel Leulmi, surnommé le "veuf noir", "le barbe bleue de l'Essonne" était ainsi : un homme, inculpé et condamné à trente ans de prison pour le meurtre de deux de ses compagnes, dont l'enquête et la culpabilité reste encore aujourd'hui trouble. À la sortie du procès, nous devions écrire un court métrage chacun, mettant en lumière ce que nous pensions du "personnage", qui parfois me glaçait le sang. Mon amie Nawelle, sur notre classe de dix personnes, fut la seule à douter de la culpabilité de l'assassin présumé. C'est pour ça que je l'admire. Parce qu'elle a cru en la présomption d'innocence, en un droit fondamental, m'a fait comprendre ma connerie et parce qu'elle a admis que malgré toutes les preuves incriminantes, le doute subsistait et que comme tonne Davis dans le film : "That's possible!", "I don't know if he's innocent, but that's possible!" Alors Nawelle, darling, cette critique est pour toi.

Revenons en à 12 Angry Men.
Vous vous demandez surement pourquoi je vous ai raconté tout ça, mais c'est ainsi que j'ai "vécu" le film. Il a été pour moi une véritable expérience. Je n'aurais pu vous le critiquer autrement.
Tout a surement déjà été dit. C'est effectivement une œuvre d'esthète, et les cinéastes capables de filmer les gros plans avec une telle audace se comptent sur les doigts d'une main. Parce que les coupes entre chaque plan nous surprennent, parce que la parole de chacun est toujours mise en valeur par le cadre. On passe du plan large, de groupe, à la subite révélation intérieure d'un personnage et à un plan frontal, qui nous surprend en même temps qu'il nous apprend à écouter ce qu'il a dire, à comprendre ses doutes. Peu de cinéastes sont de bons filmeurs : mais Sidney Lumet en est incontestablement un, de la même trempe qu'Akira Kurosawa ou même de nos jours, Peter Jackson dans la trilogie du Seigneur des Anneaux (oui, ses gros plans sont magnifiques), et de James Gray dans The Lost City of Z.

Dans 12 Angry Men, le doute est organique. Il suinte par les pores de tous les personnages. Cette journée de canicule, épuisante, n'est là que pour traduire la pression sous laquelle les douze sont placés. C'est aussi en cela que le film est grand : parce que l'environnement est une influence directe. C'est aussi un huit clos bouillonnant qui nous fait comprendre, comme dans le livre de Jean-Paul Sartre du même nom, que "L'enfer, c'est les autres", et leurs préjugés. C'est ceux qui s'intéressent plus à leur match de baseball qu'au sort d'un gamin.
Ce sont des inconnus : ils ne portent pas de prénom et pourraient tout aussi bien être vous et moi. Parce que ce que Sidney Lumet nous dit, c'est que ce film concerne tout le monde. Nous sommes tous impliqués. Et parmi ces douze hommes, il y a Henry Fonda qui se dresse en héros du quotidien, et faut le dire, en immense acteur. Enfin, 12 Angry Men, c'est aussi un duel. Un véritable duel valant ceux de tous les westerns de Sergio Leone, entre Henry Fonda et Lee J.Cobb.

Je terminerai cette critique en remerciant Reginald Rose, dramaturge et scénariste du film. Parce qu'il fait partie de ces écrivains qui m'ont donné envie d'être scénariste, qui me font dire que je suis contente d'avoir choisi cette voie là. Parce que 12 Angry Men est le plus beau film de scénario que j'ai jamais vu, parce qu'il lui redonne toutes ses lettres de noblesse, vaillamment méritées. Le film est une merveille d'écriture qui en 1h36 réussit à nous délivrer une expérience peu commune dans la vie de tout cinéphile et de tout être humain.

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