Quand la médiocrité devient science-fiction

Avis sur Downsizing

Avatar Scaar_Alexander
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Bien que pas fans du cinéma d’Alexander Payne, nous étions curieux de voir ce Downsizing, essentiellement pour son concept à l’impressionnant potentiel, tant esthétique qu’intellectuel. Sa bande-annonce, montée sur le génial Once in a lifetime des Talking Heads, donnait l’impression mensongère d’une comédie de SF truculente et énergique. C’était oublier que ledit cinéma d’Alexander Payne est généralement, risquons-nous à un jugement de valeur à l’emporte-pièce, mou du gland, suffisant dans ses ressorts comiques, un poil moralisateur, et un brin intellectualisant, le terriblement antipathique L’Arriviste ayant posé le ton il y a maintenant près de vingt ans. Mais voilà, le charmant The Descendants est passé par là entre temps, et puis, l’information circulait que Downsizing était le premier film que Payne ait écrit sans se baser sur un roman depuis le sympathique Citizen Ruth (1996)... Ne dit-on pas qu'on n'est jamais à l'abri d'une surprise ? Et on a raison. Dans le sens où une surprise peut être catastrophique...

À ceux qui sont curieux de voir ce que le réalisateur a fait de son idée force : quelque chose de sympa et prometteur… dans la première demi-heure. Tant que se trouvent au cœur du récit d’abord la confrontation du monde au tout nouveau phénomène, ensuite le processus du « downsizing », ses motivations et ses implications, avouons-le, le film de Payne n’est pas sans charme, ni pertinence, ni même direction efficace. Prometteur comme sa bande-annonce le laissait croire. Puis patatras. Parce qu’une fois son héros « réduit », il perd complètement le nord : le temps d’un deuxième acte en pleine errance tonale, le spectateur bascule à son corps défendant d’une comédie de SF joueuse et correctement troussée à une satire sociale laborieuse, verbeuse, s’étirant dramatiquement en longueur, souvent horripilante, et même un peu glauque. Le plus exceptionnel étant qu’à partir de là, le concept de départ devient limite secondaire. Comme si l’on confiait l’écriture d’un épisode de How I Met Your Mother à Gaspard Noé.

Nous ne demandions pas un spectacle son et lumière. Nous ne demandions pas Chérie, j’ai rétréci les gosses 4 (oui, il a eu deux suites). Nous étions parfaitement ouverts à quelque chose d’intellectuel, quitte à trouver cela par moment un peu laborieux. Nous voulions juste QUELQUE CHOSE. Quelque chose qui justifie les soixante-dix millions de dollars de budget (plus cher film du réalisateur à ce jour). Concrètement, voilà ce que propose Downsizing : pas grand-chose. Trois fois rien, caricature de cinéma de branleur. Il propose une satire sociale d’une platitude confondante : la société de Leisureland aurait donc, elle aussi, ses prolétaires et ses cités-dortoirs… ?! Pas possible. On n’avait pas vu si subtile critique marxiste de l’American way of life depuis Elysium. Il tutoie le niveau d'une dissertation de lycéen : où qu'aille l'homme, il reproduira toujours les mêmes erreurs, et devra toujours affronter les mêmes problèmes ? Sans déconner, René ? Une fois le rétrécissement de son personnage totalement ignoré par Payne, le pauvre Matt Damon écope d’un des rôles les plus pauvres de sa carrière : sorte de bon gars vaguement engagé moralement et profondément terne de caractère, Paul Safranek ne fonctionne même pas sur le plan dramatique, ce qui rend au passage son dilemme existentiel du dernier acte totalement rasoir. Le spectateur doté d’un QI à plus d’un chiffre ne sera sollicité ni intellectuellement, ni émotionnellement, sinon peut-être par les quelques apparitions du sympathique enfoiré joué par Waltz (faisant donc du Waltz), seul rescapé du déraillement, auquel est associé la seule scène vraiment réussie de la seconde moitié du film, celle de la soirée de hipsters. Ce qui est plutôt maigre, vous en conviendrez.

Après, parce que la notion d’objectivité dans une critique subjective n’est pas aussi farfelue qu’elle n’en a l’air, nous nous devons de mentionner un élément potentiellement salvateur de Downsizing, certainement pas de notre point de vue, mais allez savoir comment ça fonctionne, dans la tête des autres : Ngoc Lan Tran, personnage de réfugiée vietnamienne constamment énervée, véhicule de propos pseudo-propos politique (le prolétariat immigré au cœur gros comme ça, avenir de l’humanité, etc.), amourette censément pleine de caractère (après l’évacuation du personnage totalement gaspillé de l’épouse jouée par Kristen Wiig), et surtout, SURTOUT, ressort comique éculé jusqu’à exaspération (n'est-ce pas limite une caricature un peu raciste... ?). Hong Chau est mignonette, ce n’est pas de sa faute. Son personnage est juste écrit par le même tocard que tout le reste. Enfin, voilà : ceux qui accrocheront magiquement à son personnage toléreront peut-être le troisième acte du film, pourtant en totale roue libre, de son histoire de fin du monde tombant de nulle part à sa secte de hippies super-relous. Sans cela, ce sera probablement mission impossible, tant cette dernière partie est aux ANTIPODES de la première, allant jusqu’à conchier les efforts de réalisme qui l’avaient rendue intéressante (voir, parmi mille exemples, la virée marine des lilliputiens dont le rafiot n'est pas balayé par la première vaguelette... et puis, où sont les proportions ?!), quoique les absurdités physiques et logistiques auront commencé bien plus tôt (voir les voix bien trop hautes des « downsized »). Mais comme il n’y a rien de plus idiot, dans cet exercice, que de pinailler sur un matériau qui n’en vaut pas la peine, nous arrêterons là les frais.

Accident ferroviaire hollywoodien de ce début d’année 2018, Downsizing doit être ignoré par les chanceux qui l’ont évité plus ou moins volontairement, et oublié par ceux qui ont perdu deux heures en sa compagnie. Quant au grand auteur indépendant qu’est ce cher Alexander, vous pourrez lui dire que la prochaine fois, ce sera sans nous…

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