Passion désabusée

Avis sur Dragon Ball Super : Broly

Avatar Yan-Kimbi Goutier
Critique publiée par le

Difficile d'ordonner ses idées à la sortie de la salle lorsqu'on semble le seul de l'assemblé à ne pas avoir apprécier le film. Impression de malaise renforcé ici même car les premières critiques sont dithyrambiques, le long métrage serait une absolue réussite. Alors pourquoi cette sensation ?
Finalement, d'autres avis offrent un peu de relief, je ne suis pas le seul à avoir été dérangé, on peut respirer un coup, réfléchir, et exposer, point par point.

On va commencer par les bons points, histoire de se mettre en jambe. L'animation évidemment, malgré quelques variations qui pourront laisser perplexe, elle est globalement au top. Sans parler de quelques trouvailles pour renforcer le spectacle ( un passage en vue à la première personne, et un mur dimensionnel brisé, pour les plus marquantes). Certains se plaindront qu'on ne comprends plus rien, à cela je rétorque qu'après plusieurs années de films d'actions nous faisant bouffer de la camera à l'épaule, on peut supporter. D'autant que là, la perte de repère est tout à fait justifier, des êtres supersoniques se fonçant dessus et virevoltant en tout sens ça a de quoi faire passer le moindre de nos repères spatiaux au mixeur.

La première partie, soit le passé sur la planète Vegeta. C'est intéressant, même si on y apprend peu de chose au final, surtout pour les fans les plus hardcore qui ont lu toutes les œuvres, même les moins connues, et qui continuent d'évoquer ci et là interprétations et détails sur l'univers. Reste que cela donne un peu de profondeur ( et dieu ce que le film en a besoin... ). Malgré tout, il y a un léger gout d'inachevé, avec ces tireurs abattus par Freezer dont on ne sait pas vraiment s'ils étaient là officiellement, comme un service de sécurité pour le roi, ou s'il s'agissait d'autre chose, d'officieux, voir carrément un prémisse d'insurrection. Je reste également circonspect devant la passivité des sayens devant leur mort certaine. Un attaque comparable à un astre descend sur eux, mais tous ( sauf Bardock) regardent l'événement sans bouger. Pas de panique, pas de tentative de fuite, rien, étonnant.

L'humour est réussi. C'est assez rare de nos jours pour le signaler ( quand on parle de grosse production au cinéma en tout cas). C'est dans l'esprit, ça ne nuit pas forcément au peu d'histoire qu'on a. Bref, ça a fonctionné pour moi.

Avec la musique, on quitte les bons points. Pourtant, je ne la considère pas comme étant mauvaise, mais je mentirais en laissant croire que j'ai pu fredonner le moindre thème à la sortie. Je n'en ai retenu aucun, et pour cause, tout ce qui me restait était la voix. Je ne saurais s'il s'agit de musique, ou plutôt de montage sonore, mais elle m'a pas mal perturbé. Entendre hurler le nom des combattants a son petit effet, c'est sûr, mais d'un autre coté, je suis sensé être le témoins d'une histoire, la musique accompagne ça, et les sons renforces l’immersion. Impossible de croire en cette confrontation avec une voix qui m'annonce les participants en hurlant. Il est sensé y avoir danger, je joue pas à Mortal Kombat. Je dois être dans l'histoire, pas devant un écran, je ne trouve donc pas très judicieux de me rappeler avec autant d'entrain que tout ça n'a pas vraiment d'importance.

La caractérisation des personnages est un des problèmes du film. Sans parler des personnages que nous connaissons déjà, fidèle à eux même. Les nouveaux sont très ( trop) limité. Pire, leurs réactions en deviennent incohérentes puisqu'elles expriment des choses qui n'existent pas. Je m'explique :

Paragus est clairement dépeint comme la mauvaise conscience du film. Son dispositif ( dont la simple existence tiens du génie, puisqu'il n'avait accès à aucun équipement et ne semble disposer d'aucune connaissance technique particulière) est un modèle de torture, renforcé par les réactions de son fils dès qu'il fait mine de prendre sa télécommande. Et Cheelai s'emploie, à chacune de ses apparitions, à faire de lui un monstre. Pourtant, l'homme lui-même se décompose assez vite, sa volonté est assez faible, et il aurait surement abandonné ses idées de vengeance dès les premiers instants si Freezer n'avait pas été aux commandes. Ses réactions vis à vis de Broly sont contradictoire, tant tout est dit et fait pour qu'on le perçoive comme voulant simplement l'exploiter, de l'autre, le début du film montre un certain attachement, comme sa peur d'être tuer par ce dernier. On pourrait aussi évoquer l'amitié de Broly avec le monstre sur la planète à laquelle Paragus aura mit fin en tirant dans l'oreille de la créature. Qu'en penser ? S'il est bien l'ordure finie qu'on nous vend, il aurait du simplement tuer la bête, sans remord, mais autrement quoi ? S'il avait des intentions moins belliqueuses, il aurait fallu en parler...

De l'autre, Broly est un homme pur et innocent. Ce qui est assez étrange si on considère qu'il approche facilement des 50 ans. Ces réactions enfantines semblent étrange de ce point de vue ( mais on pourrait dire la même chose de Goku, donc bon... ). Malheureusement, sa relation avec son père est inexistante. Broly parle peu, et surement pas de son père. Pourtant, à sa mort, quelle rage, une force incommensurable... pour la mort d'un être qu'il ne semblait pas particulièrement apprécier. Il lui obéit certes, mais de là à y voir de l'attachement. Une phrase aurait pu transmettre cette idée pourtant, lorsque Cheelai et Lemo parlent justement de Paragus et invitent Broly à s'exprimer, il répond "Il ne faut pas dire du mal de Père." Ce qui sonne comme une forme de règle d'enfant tel un "c'est pas bien de dire du mal". Mais une simple variation aurait pu changer la donne "Vous ne devriez pas" ou "Je ne veux pas", bref, laisser entendre que d'une certaine façon Broly protègerait son père de ceux qui en disent du mal, sans être directement menaçant, simplement leur signifier qu'il ne l'accepte pas, lui. Pas parce que "c'est comme ça" mais parce que lui y tient. Dommage.

La tension est le problème majeur, pour moi, de ce film. Il n'y en a absolument aucune, jamais. La menace n'est présente que parce les personnages l'annonces mais aucun empressement, aucune peur, ne semble les habiter. Pire, il s'offre même le luxe de partir plus d'une heure alors même que quelques secondes suffiraient pour réduire la planète en un tas de gravas, et en prime, ils laissent Bulma sur place. C'est bien beau de nous expliquer que la fusion est la seule solution, mais si pour ça, on laisse Broly se déchainer joyeusement pendant une heure entière, on se demande où est l'urgence. Sinon, c'est qu'ils ont confiance en Whis, qui va protéger Bulma et empêcher Broly de détruire la planète, pourquoi pas, mais du coup, là encore ça désamorce toute tension. Soit il n'intervient pas du tout, et on ne compte pas sur lui pour ce genre de cas, soit il le fait. L'apocalypse fait quand même moins peur avec un filet de sécurité.
Si on ajoute à cela l'absence totale de volonté destructrice de la part de l'ennemi, qui reste finalement un pauvre bougre victime de sa propre puissance. Là encore, pas de tension.

Enfin, le point négatif bonus, qu'est-ce qu'on retire de tout cela ? Quel valeur, quel sujet y a-t-il derrière ? le dépassement de soit, avec des passes d'arme expédier et une fusion qui surclasse le combat, on peut oublier. Pas la classique amitié, puisque personne ne fait l'effort de venir malgré la prétendue menace, même Piccolo, le seul qui fait au moins l'effort de demander si quelque chose se trame, ne bouge même pas. Ca veut dire quoi ? "Ho bha on peut rien faire, donc si ils perdent tant pis, on sera mort." Pourtant leur présence a une symbolique, même s'ils n'ont plus à se battre, c'est celle du témoin, de l'implication et du soutien. Si leurs amis meurs, ils ne le feront pas seul, et si la victoire doit avoir lieu, alors ils seront là pour le voir. Sans parler du fait qu'il sont humains, et d'une certaine façon, ils sont un peu nous, incapable d'intervenir comme eux, mais spectateurs actifs prêt à encourager et trembler avec ceux qui se battent. Bref, l'implication du spectateur non plus n'est pas le sujet.

On pourrait parler de la relation père fils, on en a de petits exemples ici et là, avec Cold et Freezer, le roi Vegeta et Vegeta, Bardock et Goku et Paragus et Broly. Ce sont différentes manières de penser à sa descendance, de s'en occuper et s'en préoccuper. Mais ça ne fonctionne que si c'est employer jusqu'au bout... Comme dit plus haut, le relation Paragus et Broly ne va pas bien loin, et les autres ne sont présente que dans la première partie. Avec Cheelai qui déclare que Broly n'aime pas se battre que c'est son père qui le pousse, on aurait pu avoir un étrange parallèle avec Gohan, lui-même pousser par son père ( et par les circonstances ) à la différence majeur que lui aime son père, et que Goku l'aime. Mais l'absence de Gohan ne permet pas ça. Et ce n'est pas la petite minute d'apparition de Trunk pour lancer l'aventure qui offrira ça du coté de Vegeta.
Qu'est ce qu'il reste désormais ? La vengeance ? Celle que Paragus abandonne dès que Vegeta se transforme en super sayan, ou celle de Freezer, bien plus pour satisfaire sa curiosité qu'assouvir cette volonté meurtrière.

Non, au final, il ne reste que le visuel, et l'entrée officiel de Broly dans l'univers de Dragon Ball. Assez pour offrir un bon spectacle, mais certainement pas un bon film.

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