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Ce film sera-til regardé en boucle ? Mes raisons d'en douter

Avis sur Dragon Ball Super : Broly

Avatar davidson
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Le film réunit des éléments qui attirent une certaine base de fans: le cas Broly, le cas Gogeta, le cas Bardock. Le film passe aussi pour le sommet en matière d'animation d'un combat dans toute la licence Dragon Ball. On nous a clairement promu un film sur lequel ils ont mis beaucoup d'argent dans le soin apporté à l'animation. Toriyama a en plus travaillé dessus.
Est-ce pourtant un si bon film ? Qu'a apporté Toriyama ?

Commençons d'emblée par une thèse qui s'impose à moi.
Toriyama est le créateur du manga Dragon Ball et il a créé la légende du super saiyen. Goku est à ce titre le super saiyen de la légende quand il triomphe de Freezer. Mais cette idée a été assez rapidement trahie par un produit dérivé, le film de 1993 qui introduisait Broly, film qui était un nanar assez raté, mais qui avait une animation abrupte dans les combats et qui présentait le gars super fort qui ne craint rien et qui peut tuer tout le monde dans ses crises, colères ou rages (je pense qu'après le soldat métallique à la Arnold S., sa tête s'inspirait de Rambo, Sylvester S.). Le truc, c'était que de manière anormale on avait la transformation de Goku qui devenait secondaire et en parallèle la transformation de Broly devenait la référence au super saiyen légendaire. C'était absurde dans la mesure où ni la transformation de Goku, ni celle de Broly n'étaient connues des saiyens. La transfo de Goku avait été clairement posée comme la transfo légendaire dans le manga en plus. Or, Broly c'était un produit dérivé que le manga n'a jamais intégré dans son flux, même pas sur le mode de l'allusion. En clair, Broly n'était pas désiré par Toriyama, il avait toléré les produits dérivés, mais il n'entrait pas dans sa création personnelle. Je suis convaincu que Broly 1993 impose à Toriyama un truc étranger à son imaginaire, qu'il n'aime pas ce Broly-là. Ma thèse donc, c'est que le film de 2018 est né d'une négociation, d'un compromis, car Toriyama, même si Toyotaro dit que Toriyama ne fait pas passer de message et cherche juste à raconter une histoire intéressante, Toriyama donc a envie quand même qu'un héros apprécié dans son univers corresponde à ce qu'il veut exprimer. Or, un fait majeur me saute aux yeux qui est absent des premières réactions que j'ai pu voir ou entendre au sujet du film. Broly a un visage un peu profilé à la Goku en forme de base. C'est un peu un Goku directement musclé et super grand. Toriyama a souligné un côté beau gosse et un côté coeur bon et généreux. Le côté pur est dans le dessin, mais il est souligné à quantité de reprises par les paroles d'autres personnages comme Chirai et Goku. Et la preuve que Toriyama a fait une variante de Goku, c'est que sa rencontre avec Chirai démarque celle de Goku avec Bulma. Chirai ressemble physiquement à Bulma, coiffure comprise. La Bulma des débuts était nettement sexuée, c'est le cas de Chirai. Chirai a l'espièglerie gamine de la jeune Bulma. Et surtout Broly découvre le chocolat et l'eau, comme Goku les filles, l'électricité, les voitures, le café et la télévision. Broly n'a jamais bu d'eau comme Goku n'a jamais vu de fille. Les parallèles sont évidents, fait exprès indiscutable. Du coup, Toriyama s'est avancé un peu quand il a dit n'avoir rien changé à Broly. Le côté démon a disparu complètement, l'assassin froid a cédé la place à un être triste qui ne se contrôle pas tout le temps. Certains fans de Broly n'apprécieront pas le changement, moi au contraire c'est tant mieux. Ce changement a aussi un impact sur le scénario, la tension est nettement moins vive dans ce film.
Canoniser Broly après les arcs de Dragon Ball Super, après même les arcs de Cell et de Buu, a un coût. La force de Broly dans Dragon Ball Super Broly sort de nulle part. Le film pour faire durer le combat a cru habile d'assurer une progression constante de la force de Broly, avec le discours selon lequel il apprend au fur et à mesure du combat. Mais ça ne tient pas. Broly progresse aussi pour encaisser les coups, non seulement pour en donner. Il progresse en force, mais les transformations de Goku et Vegeta sont des paliers avec des écarts considérables. N'oublions pas qu'un Goku super saiyen 3 après la défaite de Buu est vaincu en deux coups par Beerus, un écart existant encore entre le super saiyen divin rouge et les variantes bleues du super saiyen divin. Au passage, je ne comprends pas les discussions qui séparent le rouge du bleu comme seul divin. Vegeta pourrait être bleu, mais pas rouge. N'importe quoi ! C'est aussi bien le rouge et le bleu qui sont divins et qui ne s'expliquent pas chez Vegeta, vu qu'il passe pour ne pas avoir profité du rituel. Mais passons. Ajoutons à cela que Goku et Vegeta ont une immense expérience des combats, ce qui compense un éventuel manque de force.
Bref, Broly 2019, c'est du pur fan service. Il est plus absurde que le Broly de 1993 qui avait pour seul tort de dire que sur deux transformations seule la sienne était légendaire. Broly 2018 fout en l'air tout le restant de vraisemblance du pouvoir saiyen dans Dragon Ball.
Ceci dit, il faut bien noter un changement. Même si l'idée d'un saiyen légendaire est associée à Broly enfant au début du film, ce n'est pas le cas lors du combat. Freezer et Paragus interprètent Goku et Vegeta comme les super saiyens légendaires dès la première transformation, le super saiyen divin ne vient encore qu'après. Donc, point de vue logique, on est super saiyen légendaire dès la première transformation, le divin est un plus mais il est une déclinaison à l'intérieur du légendaire finalement. Nouvelle thèse, Toriyama n'a pas voulu que le super saiyen légendaire ce soit simplement Broly, il a visiblement insisté pour que ce qu'il a créé dans son manga quand Goku affrontait Freezer soit conservé ! Peu de gens auront compris cela en voyant le film, mais donc Goku fut le premier saiyen légendaire. Vegeta et Gohan ont suivi, etc. Et dans ce film, Broly n'est pas LE super saiyen légendaire. Il va en devenir un quand Freezer tue son père, mais ce sera un légendaire parmi bien d'autres qui l'ont précédé. En revanche, il a une force élevée étonnante de naissance et aussi une originalité que commente Paragus. Paragus lui a coupé la queue car son fils perdait le contrôle, mais même en humain il a encore perdu le contrôle de temps en temps dit Paragus à Freezer. Lors du combat, Paragus explique à Freezer que Broly a dit à son père qu'il avait trouvé un moyen d'avoir sous forme humaine la force de l'oozaru. Cela est dit en toutes lettres dans le film. Grosse différence donc avec le film de 1993. Notons au passage qu'on pourrait trouver là un prétexte à un futur power up de Goku et Vegeta...
Pour le reste, le film est-il bon ?
L'intronisation de Freezer qui apporte les scouteurs et élimine les saiyens cachés devant un roi Vegeta impuissant est superbe, saiyens réduits à employer des snipers mais en vain. L'arrivée de Paragus sur la planète Vampa offre un spectacle visuel de toute beauté. Toutes les scènes entre Broly, Chirai et Remo sont superbement traitées également. L'adaptation du bonus manga à Jaco the galactic patrolman est réussie également, quoique simplement fidèle. Les gags sur les voeux espérés par Bulma et Freezer sont très bons, et je ne trouve pas ça trop lourd ou trop long. En revanche, Nappa sur la même planète que Vegeta et Raditz avec deux saiyens inconnus, c'est bâclé et peu pertinent. La mort de Giné et Bardock est expédiée maladroitement, très maladroitement. Quelqu'un qui ne connaît pas l'histoire de Bardock ne peut même pas comprendre que Bardock se bat seul en désespoir de cause, sans l'appui de saiyens, tant l'image passe vite.
La danse de la fusion est extrêmement bâclée. Piccolo est introduit paresseusement avec des justifications qui ne mangent pas de pain, et surtout la danse de la fusion est expédiée. Aucune pesanteur sur les deux délais d'une demie heure, on voit un Gogeta gros, un Gogeta maigre, pas de gags, pas d'arrêt sur le problème de ces situations. On traite ça en mode résumé expéditif. C'est se foutre du monde. Puis, alors qu'on avait atteint le sommet de l'invraisemblable de Broly dominant le duo de Goku et Vegeta en super saiyens bleus, on a un Gogeta qui revient et expédie la victoire. Le combat dure un peu avec quelques coups, mais Gogeta surclasse Broly. Comment sortir du film en se disant "Woah Broly!" vu comme il se fait tanner par Gogeta ? Où est le suspense jusqu'à la dernière seconde ? On dirait une histoire par un enfant de trois ans : "Broly était plus fort que Goku et Vegeta, les deux ont fusionné, Gogeta a battu Broly, et voili voilou." Le combat n'est même pas beau à regarder. On voit des flashs, de la lumière, des mouvements façon GoPro (mais dans un animé), des petites boules de laser, des têtes qui raclent des longs pans de glace sans égratignure, un Broly propulsé en arrière qui cogne et explose une succession de monts glacés (comique de répétition mal venu). Rien d'exceptionnel. On ne voit pas de beaux coups avec de belles torsions des corps, de belles esquives, etc. On croit que la stylisation technique nouvelle fait tout, mais un combat c'est avant tout des impacts à regarder. Les gens confondent l'évolution en technique d'animation et son utilisation stylistique, symbolique et narrative intelligente.
Le combat n'est pas impliqué dans l'histoire. Au contraire, l'histoire s'arrête pour céder la place à une démonstration chorégraphique de futur projet de jeu vidéo. Freezer ne veut que grandir de cinq centimètres, Broly lui sert juste pour un divertissement, Broly se bat sans esprit réel de vengeance, il oublie même que son père est mort. Autre anomalie, le dragon n'a exaucé qu'un seul voeu. Pas de dérive où la brutalité du combat met en danger la planète. Pour l'invocation de Shenron, il y avait un raccord possible avec le drame de Broly : Vegeta ressuscitait Paragus en second voeu, le scénario était bouclé, on y revenait in extremis avec une conclusion finale justifiée. Paragus ressuscité, la scènje finale où Broly écoute Goku et sourit devenait possible. Et Freezer pouvait plus vraisemblablement penser manipuler un jour Broly en prenant le père comme otage...
Le film a une histoire pendant quarante minutes puis on a un combat, mais toute l'histoire est désormais évacuée. Vu qu'on a eu l'histoire de Bardock éloignant son fils, l'histoire de son combat et de sa mort n'avait pas à être éludée, il y fallait quatre minutes de plus. Durant le combat, il aurait fallu d'un côté des aperçus de ce que ressentait Broly et de l'autre côté une vraie situation tragique, un vrai sentiment d'impasse de Goku et Vegeta, plus une victoire plus âprement disputée par Gogeta, même si cela aggravait l'absurdité de la force démesurée de Broly. Il aurait fallu ménager des temps pour l'histoire au milieu du combat.
L'amusement de Whis et la non intervention de Beerus contribuent aussi à rendre le film peu dramatique, même si un gag laisse deviner que Beerus souffle en se disant que cela s'est réglé sans lui.
On ne comprend pas non plus pourquoi Chirai et Remo n'emmènent pas Broly sur une planète plus accueillante à la fin. On a enfin un nouveau suspense tué dans l'oeuf quand Freezer projette de faire de Broly un partenaire, alors que Kikono s'interroge si c'est réalisable ou non. On apprend quasi en même temps que Goku sympathise déjà avec Broly et Chirai, jusqu'au "thank you". Ou on finit sur une tension que Broly est toujours dans la vengeance prêt à s'allier avec Freezer, ou on assume un happy end qui assure une conclusion au film, et on fait plus tard un film où Freezer fait de Broly son partenaire, mais sans dévoiler l'information dans le présent film. Un peu de bon sens !
Toriyama n'a pas tout scénarisé, il n'a pratiquement rien écrit de tout le combat final, peut-être pas même le passage avec Nappa et Raditz qui reprend mal le bonus manga à Jaco, car il n'est pas naturel du tout et ne tient que par deux précisions de fan service sur Nappa et Table. Les fans de Broly et Vegeta sont anti Dragon Ball, ce film tue un peu plus le ptoentiel de la licence. Il faut bien comprendre que Toriyama est en conflit non ouvert, non déclaré avec la Toei, la Shueisha, les licences de jeux vidéo et les fans de Broly et Vegeta. Il trouve comme moi assez nauséeuse cette admiration pour le Broly 93 ou pour le Vegeta prince des saiyens au passé sombre, il trouve nauséeux d'admirer les gènes supérieurs affirmés dès la naissance. Il a modifié Broly parce qu'il lutte contre les ravages faits contre son oeuvre, il fait dire à Bardock sa pensée : je sauve mon fils, d'autant plus que nous on est de basse classe, on n'est pas les amis du roi Vegeta...
Et les prouesses techniques pour les combats, qu'est-ce qu'on admire la-dedans ? L'intensité du combat ? La beauté des coups échangés, le rapport de forces ? Juste des flashs et du mouvement, pour des sports de glisse on peut faire la même chose... Si on veut imiter la GoPro, il faut essayer de penser une scène où elle a du sens, un éclat à proximité de la tête qui fait réagir Vegeta, ou bien comme on a des GoPro avec soudain un requin qui passe dans le champ de vision, il faut trouver une idée similaire pour valoriser l'imitation de la GoPro. Ici, on a Broly qui passe sans aucun effet brusque, sans rien faire, comme un qui fait coucou. Si le sang est censuré, la torture appelle des images moins précises. Voir Goku qui se mange de la glace sans s'écorcher le visage, c'est souffrir de la comparaison avec les scènes de référence du film de 93. Dans le film de 93, on avait edes effets de vitesse construits dans l'image ou des effets de surprise dans le surgissement, on jouait sur le défilment des rues, des immeubles et on combinait ce défilment avec un mouvement d'images et une apparition soudaine de Broly. On avait des plans où on avait une surimpression où on avait une poursuite en ligne droite face au spectateur, image qui établissait la différence entre le caractère écrasant de Broly, sa vitesse tranquille et ses victimes, des êtres plus petits, en panique, avec une course plus saccadée. C'est ça l'art de l'animation, loin du spectacle à deux balles.

Ce qui sauve ce film, c'est les à-côtés clownesques : Goku et Vegeta arrivent sur le continent glacé avec des manteaux fins comme du papier à cigarettes; ça au moins c'était classe.

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