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Dragons 2 par Joukoulou

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Dean DeBlois seul à la barre du drakkar

Après un succès critique et public, Dragons (How To Train Your Dragon en V.O.) est devenu la nouvelle licence phare des studios Dreamworks Animation, qui avait enfin réussi à produire un film qui égalait un Pixar, en terme d'approche émotionnelle, de développement des personnages et d'atteindre le plus large public possible. Cela a débouché sur l'expansion de cet univers en plusieurs court-métrages (Harold et la légende du Pikpokedos, Le cadeau du Furie Nocturne et Le livre des dragons), une série animée (Les cavaliers de Berk et une saison 2 nommée Les défenseurs de Berk), une comédie musicale et une série de comics. Le succès aidant, un second film fut mis en chantier, mais cette fois-ci Dean DeBlois se retrouve seul aux manettes, tandis que son comparse Chris Sanders s'occupait des Croods, c'est à lui donc que revient la dur tache de poursuivre l’ascension d'une licence - et d'un studio - qui ne demande qu'à briller.

How to make a sequel

Au vu du postulat présenté par la fin du précédent chapitre, le film se devait de poser cette question : à quoi ressemble le monde depuis que les vikings ont apprivoisé les dragons? En mêlant les aspects les plus triviaux de ce nouveau statu quo à ses aboutissants plus fondamentaux, le scénario présente un univers cohérent et dense, même si cela avait été largement abordé dans Les cavaliers de Berk. En cela Dragons 2 est une bonne suite à son prédécesseur et l'un des meilleurs films d'animations de 2014. Même s'il reprend le schéma narratif du volet précédent, il ne tombe pas dans le piège de la redit et les personnages évoluent de manière logique par rapport Dragons, voir même Les défenseurs de Berk. À la fois un tome indépendant et un nouveau chapitre de la saga, notion qui devrait aller de soi mais qui paraît de plus en plus difficile à accomplir en cette ère de fabrication de franchises à tout prix, de set up et de cliffhangers parfois malaisés.
Hiccup (Harold en VF) et Toothless (Krokmou en VF) explorent les landes inconnues pour découvrir de nouvelles régions et de nouveaux dragons, les vikings de Berk vivent en parfaite harmonie avec leurs anciens ennemies et les compagnons de notre héros sont devenues de dragonniers reconnues et respectés de tous. Si dans le premier film Hiccup cherchait sa place dans son village de vikings tueurs de dragons, ici il cherche plus sa place en tant qu'homme dans ce monde ayant finalement accepté cette ancienne menace, d'où son envie d'explorer de nouveau continent. Si la majeur partie des personnages secondaires se sont vu plus approfondit dans la série animée, ici ils servent plus de caution humoristique. Les hormones étant passé par là, Rustik (Snotlout en V.O.) et Varek (Fishlegs en V.O.) se disputent l'affection de Kognedur (Ruffnut en V.O.), la jumelle de Kranedur (Tuffnut en V.O.). Même si ces comic-reliefs permettent de relâcher la pression durant certains moments fort en émotion, cela se fait au détriment de ces personnages que l'on avait appris à apprécier durant la série.

Le volet le plus émotionnel

L’arrivée de Valka, la mère d'Hiccup, apporte plus d'émotions au film car nous y découvrons la relation naissante qu'elle entretien avec son fils, seul être-humain à réellement comprendre son lien avec les dragons et la renaissance de l'amour qui l'unit à Stoïck, qui par noblesse de cœur oublie vingt ans de solitude. L'alchimie entre les deux personnages est des plus touchantes et émouvantes, le tout est sublimé par la chanson/thème composé par John Powell et chanté par Gerard Butler et Cate Blanchett: For the dancing & the dreaming.
La relation entre Hiccup et Astrid n'est pas en reste, bien qu'elle ne soit pas montrée frontalement comme cela aurait été le cas dans d'autres productions, DeBlois décide d'y aller avec plus de subtilités et crescendo pour nous suggérer l'étendue de leur complicité. Des émotions qui passent autant par le récit en lui-même que par la puissance évocatrice des images. Le film ne donne pas simplement le sentiment terrible que tout peut y arriver à tout instant : il ne plie devant aucune difficulté, aucun sacrifice, aucun trauma infligé à ses personnages. Il se permet toutes les audaces. Et surtout celle de faire pleurer des adultes.

Dreamworks Animation contre-attaque

Dean DeBlois tire cette fois son inspiration du Héros aux mille et un visages de Joseph Campbell et surtout de l’œuvre cinématographique qui fut le plus influencé par cet ouvrage: L'empire contre-attaque de la saga Star Wars. En effet, Dragons 2 ne cesse de faire des références à ce monstre du cinéma que ce soit par la thématique (la quête du héros), l'esthétique ou bien les personnages des deux films qui se font écho. Les protagonistes et antagonistes ayant perdu un membre de leurs corps, Valka est l'équivalent de Yoda, Astrid est semblable à Leïa, Erett est à l'image d'Han Solo et Stoïck est l'Obiwan Kenobi du film. Les paysages enneigés où se déroule le film font écho à la planète Hoth, l'épée d'Hiccup fait pensée au sabre-laser de Luke et le sanctuaire des Dragons rappelle Dagoba.
Malgré ses nombreuses références évidentes DeBlois n'en oublie pas les plus beaux héritages cinématographiques pour construire certaines de ses séquences majeures. Cette filiation multiple permet au réalisateur de construire des séquences qui en appellent directement aux mythes anciens qui apportent une grille de lecture supplémentaire. Le Bewilderbeast est une équivalent au Dieu de la forêt de Princesse Mononoké, les dragons étant à la fois traités sur le même niveau que l’homme et en sont le reflet, mais également comme des sortes de divinités, en témoigne la scène où Toothless s'émancipe du joug de l'alpha de Drago rappelant un certain Godzilla.

Dans Dragons 2, la guerre qui s'annonce peut être remportée par celui qui invoquera le plus gros dragon dans un rapport de force qui rappelle la course à l'armement. DeBlois approche ces thèmes de façon plus légère, et plus intime surtout, mais prend le temps de donner du sens à la créature qu'il crée pour ce film, évitant la bête surenchère, tout comme il le fait pour le méchant, Drago Bludvist, sorte de miroir du héros qui présente également les pires aspects de son père, que Hiccup craint plus que tout de devenir.

Au plan visuel, le film atteint un niveau quasiment surréaliste. Scène après scène, nous rencontrons des environnements visuels luxuriants denses, les personnages fourmillent de détails les rendant vivants, quant aux scènes de vol augmentées par une 3D parfaitement gérée, sont époustouflantes.

La meilleure bande-originale de John Powell

Le compositeur du précédent chapitre nous livre une bande-originale beaucoup plus riche que le précédent film. Les thèmes familiers y gagnent en orchestre et en chœurs ce qui donnera de l'énergie pour la suite (Dragon Racing, Should I Know You). Valka's Dragon Sanctuary est tout simplement charmant, doux sans paroles rejoint par les chœurs et l'orchestre à travers trois mélodies différentes, chacune plus attrayante que la précédente et le paroxysme est atteint avec Losing Mom/Meet the Good Alpha. Flying with Mother est fut l'un des plus sublimes morceaux qui ne manque pas de douceur et de panache. Meet Drago, le thème de l'antagoniste a une résonance légèrement arabe. Mais la chanson du film For the dancing and dreaming est un chant folklorique un peu niais, mais pas avant que John Powell nous enchante d'une version orchestrale, sifflé et brillamment interprété par le duo Blanchett/Butler. Une composition dynamique et variée pour un grand film.

Pour conclure Dragons 2 est un chef-d’œuvre visuel, sensoriel et émotionnel qui transcende les genres. Plus dans le symbolisme et l'humain, cet épisode "shakespearien" touche à des thèmes universels qui parleront aux petits et surtout aux grands. Ce n'est un grand film d'animation, c'est un grand film tout court!!!!

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