Du sens de voler

Avis sur Dumbo

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Quelle étrange carrière que celle de Tim Burton, exemplaire de l’originalité gothique puis de l’oubli de soi, et surtout quelle étonnante réputation, à l’épreuve des compromissions comme des aberrations ! Car il est tout de même loin, le temps où une commande pouvait s’insérer dans sa filmographie sans choquer, et même en s’associant à son style par un effet de perméabilité immédiate. Il est d’ailleurs très difficile de donner un nom à la rupture, si tant est qu’elle ait été claire ou définitive, mais Planet of the apes semble s’imposer, malgré les sursauts Charlie ou Peregrine. Cette rupture est d’autant moins claire que s’y est superposée la relation d’amour et de haine avec Disney, doublée maintenant de la volonté de la firme aux grandes oreilles de forcer la réalité, autrement dit Alice hier et Dumbo aujourd’hui…

Entre photographie vaporeuse et acteurs fatigués, le début pousse surtout à se demander comment il va être possible de tirer deux heures d’une seule ! Si l’origine du nom de Dumbo apparaît comme une trouvaille, c’est que le reste est neuf sans être nouveau, à commencer par la grande famille du cirque aux allures de freaks, et il est même difficile d’attribuer la musique quelconque à Danny Elfman. Mais soudain entre en scène le père de Walt Barnum et démarre un autre film, comme si Disney était à Burton ce que la plume est à Dumbo. La disneylandisation s’impose alors comme le vrai sujet, mais elle s’accommode de celui du vilain petit canard et surtout des poncifs familiaux, comme si tout était contenu jusqu’à l’épilogue, qui promeut le cirque sans animaux et fait l’effet d’une cerise confite sur glaçage numérique…

Pour public averti (et qui attendait une suite sans chansons à The greatest showman) : Dumbo (2019) de Tim Burton (encore qualifié de « visionnaire » par les publicitaires, mais qui a déclaré penser à la fin de sa carrière), avec Eva Green (qui est au-dessus de la mêlée comme son personnage) et Michael Keaton (qui porte perruque et canne pour nous faire croire qu’il n’est pas Batman)

Avis publié pour la première fois sur AstéroFulgure

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