Une question d'horizon et de référentiels.

Avis sur Dunkerque

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Un silence qui règne, une image qui parle, une gestion de la temporalité qui coupe le souffle.

Chaque plan de Dunkerque est une sublime composition. Les lignes d'horizon dévient, aussi bien sur terre lorsque l'horreur est dans l'attente, que sur mer lorsque les navires coulent, ou enfin en l'air - lorsque les avions tournoient.
La musique de H. Zimmer accompagne à merveille les effets sonores, tandis que le jeune casting répond présent, saisissant alors en son coeur l'idée que l'on peut se faire des jeunes hommes perdus sur une plage en 1940.
Le découpage, plus largement même, le scénario, est bien ficelé, et, attention à la chute "à l'américaine", qu'on pourra lui pardonner - sortons les mouchoirs - car C. Nolan nous aura offert dans ces différents films tant de fins ouvertes et sombres, parmi les plus magistrales du cinéma contemporain. (Un plaisir simple de frissons contre un coeur sans dessus dessous)

On connait l'axiome suivant: La volonté de Nolan est avant tout d'offrir une expérience au spectateur.
De fait, chaque passionné de cinéma aura je l'espère de beaux frissons lorsqu'il verra jusqu'où peut nous emmener la technique de cet art, employée magistralement.

La méthode, réaliste, vertigineuse, emmène le spectateur dans la cabine ou dans l'avion dont l'aile côtoie celle du Spitfire allié ; on voit au loin les effets spéciaux, justement dispersés, qui explosent sur les plages, laissant du sable et du sel dans les yeux ou dans l'objectif, alors qu'ils sont là, les cheveux au vent, ou luisant de pétrole, ceux qui tentent de s'en sortir, alors que le navire coule, alors que le navire coule..

L'alliance de l'optique à la couleur fait vibrer comme des turbines font vibrer un avion.
La peau est chaude et le décor est des plus froids ; le sujet peint dans un temps imparti est le suivant:
Un jeune homme, pris d'une flamme de survie, cherche l'espoir à l'horizon.

NB Si vous souhaitez une bonne analyse géopolitique, allez plutôt regarder Apocalypse Seconde Guerre Mondiale, mais regardez d'abord celui sur la Première Guerre Mondiale, pour constater comment l'homme n'apprend pas de ses erreurs.

Nolan critique ici l'horreur de la guerre à la plus petite des échelles, et de manière plus large l'égoïsme et le nationalisme, qui détruisent les hommes (considérés comme le plus élémentaire des partis de la guerre).

Entre les différents régiments, entre les différentes armées, mais aussi entre les nations, allié(e)s ou non, peu importe, l'être humain, est, en temps de guerre notamment, très égoïste.
Certains d'ailleurs au sujet de ce film participent à un faux débat sur un patriotisme pesant ou trop présent. J'arrête tout de suite le lecteur qui se serait laissé prendre par ce type d'analyse insensée.
A moins de l'avoir vécu, on ne peut véritablement savoir ce que c'était de se retrouver sur cette plage fin mai 1940. Auparavant on se rendait au coeur des affrontements de la Seconde Guerre Mondiale, au travers de témoignages, d'objets: ici Nolan nous emmène dans sa reconstitution sensationnelle, éclatant, à voir sur le plus grand écran possible.

Dunkerque repose sur des piliers d'écriture que peu des spectateurs, même les plus avisés, ne peuvent remettre en cause, car si la temporalité des événements fait parfois débat chez les historiens, il n'en va pas de même au sujet de leur occurence. Ces événements ont eu lieu à une telle vitesse, l'être humain a été pris de cours, de nombreuses vies ont été bouleversées dans ces événements, et les soldats, pour beaucoup très jeunes, se sont retrouvés dans de nombreuses péripéties dont quelques unes nous sont narrées ici. Le film dévoile ainsi un contexte plus large, qui fait véritablement fi des individualités, une guerre en chair et en os, en trois dimension, en plusieurs référentiels, qui a fait subir l'horreur à des millions, d'êtres humains, il y a un peu plus de 75 ans seulement.

L'armée française et l'armée anglaise ont vécu une terrible débâcle, la faute à des méthodes de combat d'un autre temps. (des Ardennes à la Ligne Maginot, jusqu'à la bataille de Dunkerque, l'armée française ainsi que les armées belges et néerlandaises n'ont rien pu faire face au déroulement du plan jaune, tandis que l'armée anglaise n'a pu qu'essayer de sauver sa peau)
Nolan ne fait pas d'analyse du conflit, livrer une histoire qui va nous tenir en haleine. Nolan critique la guerre. Critiquer la guerre c'est critiquer le patriotisme. W. Churchill comptait sauver 40 000 hommes, non pas 338 000 c'est dire à quel point à l'époque même les protagonistes du conflit étaient en dehors des réalités.
Laissez donc le maestro nous romancer et nous faire vivre, ce spectaculaire et sensationnel contre la montre pour la vie.

Une décision, une seconde de tension, une action, peuvent changer l'histoire.
Un rapport à la temporalité particulier, une division en trois trames narratives, formant trois histoires en parallèle qui n'évoluent évidemment pas à la même vitesse, sont les ingrédients de ce bon film, et d'une fin réussie.

Alors que les combats d'aviation prennent lieu dans un espace où le temps se dilate à vitesse grand v, les hommes au sol vivent en quelque sorte "inertes" ce temps, perdant sans doute une notion du temps, semblant s'écouler grain après grain dans le sablier, paraissant pris au piège puisque leur temps est compté, ils n'ont d'autre véritable repère que le départ des bateaux ou la marée. Les décalages de référentiels permettent parfaitement aux trois histoires de fonctionner, jusqu'à permettre un petit twist final plaçant l'aviateur en tant que héros. Juste ce qu'il nous fallait, pour le plaisir.
Le héros se sacrifie, pour sauver des jeunes, enrôlés par une petite caste d'hommes d'état en dehors des sévères réalités et d'ailleurs du film.
Les horizons des jeunes hommes se croisent, au milieu d'un voile de fumée. Chacun vit son contre la montre, dans son référentiel, et tous n'ont qu'une chose en ligne de mire, l'espoir de s'en sortir. Dans un silence qui en dit long.

La morale du film est belle. Elle relève avec justesse à quel point celle de la guerre ne l'est pas.

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