Trois temps, trois mouvements.

Avis sur Dunkerque

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J’ai beaucoup pensé à Inception. D’abord dans sa façon d’aborder la triple temporalité, mais aussi plastiquement puisque je n’ai cessé de repenser aux brèves images des limbes, sur cette plage de la Mer du Nord. Que le film s’ouvre dans une ville canardée pour en extraire violemment un homme et le rejeter sur le sable évoque beaucoup ces buildings dévorés par l’océan. Plus loin il y a aura aussi l’omniprésence de l’écume – On croit parfois les soldats s’enfoncer dans une poudreuse – qui convoque ces arrivées dans les rêves quand DiCaprio se retrouvait plongé la tête dans le sable mouillé. L’idée de la marée permet de relier les deux obsessions de Nolan : L’engloutissement et le temps. Ce qu’il traitait déjà pertinemment dans Insomnia avec ce brouillard qui faisait naître un crime et ce ballet de journées sans nuit qui ouvraient droit sur la folie.

Dunkerque suit l’Opération Dynamo sur trois espace-temps différents et un montage parallèle qu’affectionne tant Nolan : Une semaine sur une plage, une journée en mer, une heure dans les airs – On se souvient que dans Inception, quelques secondes dans une camionnette se dilatent sur une heure dans une forteresse en montagne ; Que Dans Interstellar, une heure sur la planète Miller équivaut à sept années terrestres. Trois chapitres balancés d’emblée pour mieux les oublier : Nolan choisit de faire converger astucieusement ces trois temporalités pendant une grande partie du film, notamment lors de séquences étouffantes (cockpit, épave, jetée) et de chevaucher curieusement la linéarité, au point que la seule temporalité qui finit par exister à nos yeux c’est celle du film. C’est très beau. La fin est plus convenue, plus didactique mais il fallait bien finir.

Pour le reste j’aime que le film soit quasi sans parole, qu’il se concentre avant tout sur les gestes, les regards, les déplacements. S’il n’est pas bavard il n’est pas sans musique : M’est avis que ça doit être l’enfer pour les anti-Zimmer. Intense partition, une fois de plus, dont le film ne peut se détacher (Il ne s’en détache pas, dans mes souvenirs) autant dans ses roulements post-Glass, ses points d’orgue habituels que ses tentatives bruitistes plus subtiles. Pour moi le bémol du film c’est qu’il joue son va-tout sur l’immersion – Il refait l’ouverture de Saving Private Ryan sur 1h45 en gros. Ça marche hein, c’est vraiment sensoriel, suffocant, on a l’impression d’y être, mais c’est un genre (Le film de guerre) dans lequel ça m’a toujours un peu gêné – Je préfère voir ça dans Gravity par exemple, dans l’espace plutôt que sous les bombes.

On est donc sur le pur terrain du survival, mais pour que ça fonctionne vraiment il faut des personnages et je n’en vois pas, plutôt je ne les distingue pas – C’est le revers de la médaille du film sans parole j’imagine, Nolan ne parvient pas à les incarner autrement qu’en minuscules concepts. Cette année j’ai découvert La 317e section de Pierre Schoendoerffer, qui est aussi l’histoire d’une fuite, d’un repli (l’anti-héroïsme de guerre en somme) mais il y avait de vrais beaux personnages dedans. Et le film était pourtant très immersif alors qu’il est dépourvu de musique et de grands bavardages. Grosse réserve donc, même si je le répète j’aime beaucoup comment Nolan transcende son matériau historique (Le fameux miracle de Dunkerque) en trois temps qui se collisionnent. Ça suffit à en faire un beau film, à mes yeux.

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Dunkerque est une œuvre produite par Warner Bros©, découvrez la Room 237 de SensCritique.

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