Les grains de sable qui font la plage

Avis sur Dunkerque

Avatar Nell Mey
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Je ne suis pas vraiment amatrice des films de guerre... Mais Dunkerque avait tellement fait couler d'encre (et un bon paquet de bateaux aussi) que j'ai voulu regarder la dernière oeuvre de Nolan.
Belles images, musique impeccable soutenant la tension, acteurs que j'aime voir; un ensemble plaisant sous bien des aspects.
Mais comme certains spectateurs j'ai d'abord tiqué sur le fait que je n'arrivais pas forcément à m'immerger totalement dans le film: les personnages sont assez peu développés et la narration un peu particulière par moments m'a fait quasiment sortir du film.
Mais...
En y réfléchissant je me suis rendue compte que le propos de Nolan n'était pas à chercher, à mon sens, dans le côté épique de l'opération Dynamo. On parle de 400 000 soldats à évacuer et le film n'a pas l'air de montrer cette foule énorme présente sur les plages. On n'y trouve pas plus d'armadas de bateaux de plaisance ou de bateaux de guerre pour récupérer les anglais. Mais alors, me direz-vous, d'où vient la puissance de ce film?
Je pense que Nolan a choisi de raconter cet épisode par le biais de quelques hommes, tous à différents postes; et le fait qu'il ait assez peu développé ces personnages me semble être cohérent avec l'idée que chaque personne dans cette évacuation a joué un rôle (important ou non) sans que celui-ci soit forcément devenu un fait d'armes à la renommée extraordinaire. Qu'il soit couard, commotionné, combatif, patriote, trouffion, officier, infirmier, civil et j'en passe (sorry guys, trop la flemme ce soir pour l'écriture inclusive mais je n'oublie pas les femmes, non non), chaque protagoniste aurait sa part à raconter j'imagine. Et chaque récit aurait gagné à être raconté!
C'est en cela que je trouve le propos de Nolan intéressant et c'est là que la force de ce film réside: en ne développant pas ces persos, Nolan nous met à la place de témoins de ces "petits" ou grands actes réalisés par ceux-ci tout en nous empêchant de nous y attacher. C'est comme ça que j'imagine la guerre en fait: tu te bats parmi les personnes de ton régiment notamment, mais au final, alors que chacun joue sa vie, très peu se connaissent vraiment. J'imagine que si j'avais dû me retrouver au front, moi non plus je ne prendrai pas forcément le temps d'approfondir une relation avec des personnes en danger de mort (autant que moi). J'aurais juste autre chose à foutre.
Du coup, je trouve que la narration de Nolan prend tout son sens: pas de spectacle grandiose (sauf les scènes d'ensemble), pas d'identification et un point de vue unilatéral (english only). En somme un échantillon "à taille humaine" pour essayer d'imaginer l'ensemble abominable de la guerre.

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