Tic tac boum

Avis sur Dunkerque

Avatar Seili KC
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Christopher Nolan l'avait annoncé, Dunkirk sera un film de suspense, un film de survie, un film sensoriel. Aussitôt dit aussitôt fait, le maestro nous met en difficulté respiratoire pendant 1h47.

(Risques de spoilers)

Dés les premières secondes d'ailleurs, avec une intense scène d'ouverture, annonçant la couleur. Intense, c'est un des mots qui qualifierait assez bien le long-métrage, entre les coups de feu, les bombardements, les noyades ou encore les batailles aériennes. On assiste, non, on vit avec ces soldats coincés sur la plage, un enchaînement d'épreuves, de catastrophes. Ça repart à chaque fois. En plus de la mise en scène, le réalisme des scènes d'action (véritables véhicules) y est pour quelque chose.

Dunkirk est une course contre la montre ( les "tic tac" sont littéralement dans la bande son de Hans Zimmer !) et contre la mort. Et le temps y a alors une place importante, avec plusieurs scènes de suspens dans lesquelles on ne sait pas si un tel va arriver à un lieu à temps, si un autre va sortir de l'eau avant la noyade, si cet avion sera abattu avant de bombarder, et ainsi de suite. Le suspense est aussi créé par une temporalité fourbe de trois timeline.

"Je veux juste retourner chez moi." dit le soldat joué par le méconnu (et rafraîchissant) Fionn Whitehead. Car il s'agit là de tout le but de ces jeunes soldats, dans l'attente de retrouver leur patrie ("home", thème récurrent dans le film).

Le film est très humain (plus que les précédents films de Nolan j'ai trouvé, moins "mécanique", même si je les aime), notamment avec ce qu'il se passe autour du personnage joué par l'excellent Cillian Murphy et les trois civils (dont Mark Rylance), ou encore avec le soldat Gibson, ainsi que la crainte exprimée par le personnage de Harry Styles à la fin. On est proche des personnages malgré peu de mots.

Le son est dingue, jusqu'à en être assourdissant, entre les grondements de moteur et les explosions, accompagné par la bande son fiévreuse et infernale de Hans Zimmer. L'accouplement des images et du son est vraiment bluffant, à ce niveau là c'est fusionnel.

La photographie est magnifique (je l'ai vu en 70mm, c'est un vrai avantage), et le film laisse une impression de teinte bleutée, contrastée par les couleurs chaudes des flammes. Très allongés, les plans mêlant la plage et le ciel sont impressionnants, et il faut signaler le tour de force : Rendre des plans gigantesques aussi étouffants.

Mention spéciale à un passage qui m'a marqué : L'avion du personnage de Tom Hardy qui n'a plus de carburant, et ces quelques secondes où la musique s'arrête (ultra-présente durant tout le film) dans les airs. Plus tard, on a une vue subjective très belle sur les paysages qui défilent. Et enfin son atterrissage, d'une certaine douceur, le soldat qui descend, montre enfin son visage, avec un coucher de soleil, et ce contexte de sacrifice, magnifique, ça en devient poétique. Et quel charisme de Tom Hardy encore une fois, sans dire ni faire grand chose pourtant.

Enfin, cette scène finale de la lecture du journal avec la liesse autour donne un sentiment d'espoir, de happy ending, mais juste après le plan de l'avion qui brûle, écran noir pour feinter la fin du film, puis on a de nouveau un plan très bref sur le jeune soldat lisant le journal, levant la tête, comme sachant que le cauchemar n'est jamais vraiment fini. Un peu à l'instar du film où à chaque fois, l'horreur revient.

Le sensoriel Dunkirk de Christopher Nolan laisse alors une impression de chaos, de bruit assourdissant, paradoxalement épuré par l’esthétique du film, et un certain intimisme. Une grande expérience.

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