Avis sur

Dupont Lajoie

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Les vacances au soleil sont sacrées pour Georges Lajoie, patron d'un bar parisien, son épouse et son fils. C'est ainsi que chaque année la caravane est fin prête pour le départ au "Camping du Soleil". Georges y a ses habitudes puisqu'il retrouve les familles Colin et Schumacher, autres fidèles des lieux. Entre français moyens la vie sur le terrain se déroule calmement avec ses traditionnels gueuletons, apéros, pétanque et jeux en tous genres. Pourtant cette année-là, un souci fait couler parmi les campeurs pas mal de propos xénophobes: non loin du camping, un chantier accueillent des travailleurs nord-africains. Lors d'un bal une bousculade éclate entre l'un des campeurs, Albert Schumacher, et deux ouvriers du chantier. Tout finit par se calmer jusqu'au jour où des jeux sont organisés. Georges Lajoie quelque peu "chaud" après le repas bien arrosé décide de partir en vadrouille dans les environs. Au cours de sa promenade, il rencontre par hasard la ravissante Brigitte, la fille de ses amis Colin. Il tente de l'embrasser mais la jeune fille repousse ses avances, se débat et Georges tue Brigitte. C'est alors que, désemparé, il va échafauder un énorme mensonge afin de faire porter les soupçons du meurtre sur les travailleurs étrangers. Malgré une enquête de la police les mettant hors de cause les campeurs restent persuadés que le délit ne peut venir que des travailleurs du chantier. Ils organisent donc une "ratonnade" à laquelle Georges Lajoie participe activement. Au cours de celle-ci un ouvrier est tué et un autre blessé. La thèse de l'accident est alors retenue. Les vacances terminées, Georges Lajoie et sa famille rentrent à Paris et reprennent leur activité de cafetier. Georges aime alors raconter et décrire à ses clients la "ratonnade" dans ses moindres détails en se faisant passer pour le héros des faits. Mal lui en prend car l'ouvrier blessé est sorti de l'hôpital et a réussi à retrouver la trace du coupable. C'est alors qu'il entre brutalement dans le café un fusil à la main et que justice sera faite.

J'ai eu le bonheur de revoir à plusieurs reprises ce film très fort d'Yves Boisset et il n'a pas vieilli d'une ride, le propos restant toujours présent. D'autre part je garde en moi ce sentiment de révolte et de dégoût envers les bons français patriotes bourrés de préjugés envers ceux qui sont culturellement différents. Nous voici donc devant ce que certains ne jugeront que comme un fait divers, et pourtant... quels sont ceux qui se disent racistes? Personne bien sûr à la seule condition de ne pas avoir à "subir" un voisin, un collègue d'une autre culture. "Je ne suis pas raciste mais je me méfie des...". Cette oeuvre nous révèle de manière très convaincante les dégâts qu'occasionnent certains a priori ponctués du lamentable argument "chacun chez soi et tout ira mieux chez nous". Le pire est donc atteint dans cette intrigue qui nous met en scène un français moyen, apparemment au-dessus de tous soupçons, capable de violences pour un baiser refusé et plus encore, capable de masquer son forfait en dénonçant ceux qui ne sont pas d'ici. Nous assistons alors au spectacle affligeant de la lâcheté humaine. A la suite de tout ce carnage, l'honneur est sauf, l'assassinat de Brigitte est vengé, on a mangé du nord africain car un français n'aurait jamais pu commettre un tel acte! Pourtant les soi-disant bons français n'échappent pas au fait que le mal comme le bien sont partout.

Il n'est pas évident de traiter ce délicat sujet sans entrer dans la démagogie. Yves Boisset évite ce piège et nous livre un plaidoyer efficace contre les méfaits extrêmes que peut provoquer le racisme. Dans le rôle du personnage principal par qui tous les malheurs arrivent Jean Carmet est sublime. Il est tout à fait convaincant en pauvre type à l'esprit franchouillard n'hésitant pas à brader son honneur personnel afin de sauver sa peau au préjudice de celles des innocents. Les autres protagonistes de ce drame nous font également une excellente interprétation en entrant à merveille dans le personnage de gens tout à fait ordinaires emprunts soudainement d'un déchaînement collectif. Parmi eux il convient notamment de citer : Pierre Tornade, Victor Lanoux, Jean-Pierre Marielle. A remarquer également la toute jeune Isabelle Huppert, victime innocente.

Je ne peux que vous conseiller de voir ou de revoir cette oeuvre qui par son efficacité réveille en nous des sentiments de dégoût, de révolte et d'émotion. Le réalisateur n'a certes pas utilisé la manière douce pour délivrer son message toutefois elle se révèle tout à fait convaincante pour dénoncer haut et fort ce fléau qui ronge notre société: le racisme.

Ce film a obtenu L'Ours d'argent spécial du jury au Festival international du film de Berlin 1975

L e Prix du jury des lecteurs du "Morgenpost" au Festival international du film de Berlin 1975

Recommandation Interfilm au Festival international de Berlin 1975

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