Confusions des sentiments

Avis sur Eastern Boys

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Robin Campillo à le fessier entre deux chaises. Il se rattrape in extremis grâce au talent d'Olivier Rabourdin et Danil Vorobyev, dit "Boss".
Ce réalisateur, plein de talents, est victime de l'air du temps : Faire un film sans oublier de parler des problèmes sociétaux que traverse notre pays. D'où une certaine confusion... Que j'ai trouvé bancale et finalement gênante.
Dès les premières très longues minutes, il faut s'armer de patience et de confiance. La ballade crapuleuse de jeunes ressortissants de l'Est dans une gare parisienne. Puis la silhouette atypique d'Olivier apparait, pratiquement hors champ, pour se fondre et prendre enfin toute sa consistance au milieu des jeunes désœuvrés et pervers.
Le bal des voleurs commence et nous entrons dans l'appartement du sexagénaire, dans sa psyché pour le moins étrange, faite de détachements et de silences. Comme les vampires, qui ne peuvent entrer chez vous que si vous les y invitez, une quinzaine de petits malfrats le piège le temps d'un après-midi, alors que lui a "flashé" sur un jeune homme gracile et secret : Marek.
Quelques scènes de sexe s'ensuivent, crues et tendres et puis l'histoire s'enlise et se perd dans des sentiers improbables : Parler de quoi ? De l'attirance de deux hommes ? Du problème des sans-papiers reclus dans un hôtel Formule 1 ? De la cruauté qu'engendre le déracinement ?
Olivier Rabourdin, c'est pour lui que j'octroie un coup de cœur, est vibrant, seul et déterminé. Il arrive à se sortir du piège, tendu non pas par le groupe de Marek (Kirill Emelyanov, l'amant, est un personnage singulièrement "flottant") mais par le réalisateur lui-même ! De l'amoureux, il passe brutalement, sans vraiment que l'on sache pourquoi, à un autre statut ! Je ne spoilerai pas, ce serait dommage, mais là est la plus grande faiblesse (la plus grande faute ?) de Robin Campillo : il nous laisse sur le bord de la route, démunis, sans aller vraiment au fond de son sujet.
Néanmoins, le rythme est soutenu, la tension sans cesse présente, les lieux bien choisis, que ce soit l'appartement et l'hôtel : Lieux à peine habités, traversés le plus souvent de silhouettes floues et sombres, pareilles à des fantômes paumés. Les portes claquent (importantes, les portes !) les vues extérieures sont majoritairement filmées en hauteur, mais le paysage est invariablement saturé de bâtiments qui ressemblent à des prisons.
C'est une curiosité. Une œuvre pour apprécier une fois de plus le talent d'Olivier Rabourdin et espérer que le prometteur Robin Campillo choisira plus clairement sa voie, lors de son prochain film !

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