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Une distanciation qui finit par lasser…

Pourquoi diable un film qui accumule sur le papier un tel capital sympathie nous laisse autant sur notre faim ? J’adore l’esprit crasse de Kervern et Délepine, Groland, Blanche Gardin, l’humour féroce et sans concession, même graveleux, même stupide, tant qu’il sait révéler les travers pitoyables de notre société. Et c’est bien le cas d’« Effacer l’historique » mais, comme souvent chez nos deux complices, en tout cas en ce qui me concerne, la jubilation laisse place à une déception diffuse.

Au départ, la présence géniale de Blanche Gardin nous emporte. Elle est parfaite, reprenant son personnage popularisé sur scène, celle d’une fille un peu paumée, incapable de gérer sa vie et qui vogue d’échec en échec dans un monde qui la submerge et qu’elle ne comprend pas. Les dialogues sont biens vus. De façon générale, le film est d’ailleurs plutôt bien écrit. On sent un réel effort dans le scénario et la mise en scène, ce qui n’a pas toujours été le cas dans leurs films précédents. De très nombreuses scènes sont franchement drôles mais l’humour de Kervern et Délepine nous impose aussi une distanciation permanente qui rend l’attachement aux personnages difficile, quand bien même la situation s’y prête...

Car sous ses atours de film punk, la délicatesse et la sensibilité ne sont jamais très loin. L’émotion et l’empathie affleurent souvent, les personnages ont tout pour nous faire chavirer par leur poésie et leur fragilité (en particulier Gardin et Podalydes). Mais finalement non, on reste à quai. C’est assez curieux d’ailleurs, les intentions sont bien là mais tout se passe comme si les réalisateurs avaient peur de leurs propres émotions, comme si ça ne se faisait pas, comme s’il fallait systématiquement les enrober dans une forme de dérision extrême.

Du coup, si le film a beau être éminemment sympathique, tant dans le propos que dans la forme, avec tout plein de jolies trouvailles liées au cadre, à la mise en scène, au jeu des comédiens ou à l’apparition des « guest-stars » (Houellebecq, Boulli Lanners...), la dénonciation tragi-comique finit par tomber un peu à plat. La profondeur du propos et des personnages laisse place à un comique de situation, très acerbe certes, mais aussi très proche de ce qu’ils ont déjà fait (notamment avec « Louise Michel » ou « Mammuth ») et finalement trop désincarné. Ce sentiment de répétition et d’incapacité à donner de l’épaisseur au récit et aux personnages déçoit forcément un peu. C'est à se demander si leur humour foutraque et destructeur ne passe pas aussi par une forme de méfiance et de recul à l’égard de leur propre démarche de réalisateurs, les empêchant ainsi de donner à leurs films l’ampleur dramatique et existentielle qu'ils méritent.

jjpold
6
Écrit par

il y a plus d’un an

Effacer l'historique
PierreAmo
8

Houellebeckettien. Sur les Sisyphe&Tantale de la "meilleure offre". Beckett? Ionesco? Monty Python?

(Je suis désolé pour encore un mikado de remarques branlantes... juste après le film). "...le portrait au vitriol d'une société (post soviétique) où règnent l'absurde et le désespoir" (dit SC...

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