Rien ne meurt jamais

Avis sur Elephant Man

Avatar Níðstang
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Il est difficile d'être succinct pour décrire ce film tant il est riche, que ce soit la bande-son, les procédés cinématographiques, la psychologie, la symbolique.
Pour commencer,
1884 Londres, John Merrick est un homme qui souffre du syndrome de Protée (un syndrome du à une anomalie du gène PTEN, un régulateur du cycle cellulaire, conduisant à l'apparition de tumeurs bénignes déformant son corps -des papillomes si je ne m'abuse-). Les déformations dont il souffre ont conduit à son abandon par sa mère dès son plus jeune age et à son recueil par Bytes, un homme qui va user de John pour faire de l'argent.
L'essentiel de l'histoire va donc tourner autours du rapport qu'à l'Homme envers la personne qui lui est différente et la souffrance qui en découle.
Maltraité par Bytes, John sera recueilli par le chirurgien Frederick Treves qui va tenter de démontrer que celui-ci n'est pas qu' Elephant Man, un monstre difforme, muet et dénué d'humanité.
En dehors bien sûr de la dénonciation du comportement de l'Homme, il y a un point qui m'a particulièrement marqué: Le jeu d'acteur d'Anthony Hopkins ( le chirurgien) qui est tout simplement génial dans toutes ses dimensions.
Le doute, l'empathie, le questionnement que subit son personnage sont d'une totale crédibilité. Tout semble vrai, sincère, ajoutant de la force à l'histoire.

Attention SPOILER:
3 scènes m'ont particulièrement marqué:
° Lorsque Frederick est retrouvé par sa femme, dans le salon, en proie aux doutes
sur ses motivations et la réelle bonté de ses actes( il se demande si finalement il n'est pas comme Bytes, à profiter de John pour se faire un nom, une notoriété).
°Le gros plan et le traveling depuis la maquette de la cathédrale détruite, jusqu'au sol (la maquette étant le fruit de l'imagination, la céativité et les espoirs de John).
°La scène finale, après l'opéra, où John enlève les coussins de son lit (il est obligé de dormir en position assise, sans quoi il n'arrive pas à respirer) et se suicide au moment où il est le plus heureux, pour oublier qu'il est différent.

Ces scènes sont pour moi les plus notables et résument assez bien le film et son message.

Donc voilà, pour résumer:
Raconter une histoire émouvante, c'est cool.
Dénoncer le mépris de la souffrance d'autrui, c'est bien.
Tourner un film en noir et blanc, c'est sympa.
Mais cela ne suffit pas à faire un bon film.
David Lynch l'a compris et plutôt que de jouer au simple jeu de la corde sensible et faire pleurer la ménagère, il a fait le choix de la sincérité.
Il a fait le choix d'aborder ce film (qui soit-il dit en passant est inspiré de l'histoire réelle du journal de Frederick Treves) en ne laissant pas de place au pathétique, il a fait le choix de dénoncer plutôt que de raconter, il a fait le choix de montrer les dégâts que l'homme peut causer à son semblable et la possibilité, le devoir qu'il a de s'opposer à cela.
J'aurais encore pas mal de chose à dire sur le film (choix du noir et blanc, référence au film Freaks, comportement de la populace qui paye pour être choquée, etc...) donc, si vous avez des questions ou pensez que des points ont pu m'échapper, je serais heureux d'en discuter :).

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