Elle a, elle a… quelque chose que d’autres n’ont pas

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Satire social comico-tragique, comédie burlesque, thriller. Paul Verhoeven nous présente un cinéma hétéroclite aux multiples facettes empreint d’une touche esthétique et d’une précision peu vu dans un film à visé narratrice. Mais l’important ne réside pas tant le genre dans lequel s’inscrit le film que dans la justesse d’une réalisation portée par une Isabelle Huppert de haut vol. Elle c’est l’histoire d’une Attila contemporaine, d’une victime, une proie sexuelle devenue prédateur
Bruits de verres, cris quasi orgasmique. Entre stupéfaction et panique, surprise et horreur. Incipit « in medias res » 2h10 de Elle et une scène de viol d’une froideur Himalayenne mais assurément d’un réalisme tranchant (l’agresseur part les fesses à l’air!).Verhoeven joue avec les sens comme avec un Stradivarius, perturbe le visuel ajoute les harmoniques pour une composition de prestige quasi cosmique. Une scène de viol sur un air de 3 eme Symphonie de Beethoven ? Il ajoute ainsi à la corde sensible du tragique l’objectivation mesurée d’une troisième personne qui prend la forme d’un animal, un chat aussi mystique que symbolique. Loin de lui l’idée de dédramatiser ou d’entretenir une culture du viol comme certain(e)s en diront (lien vers critique¹). Cela permet au réalisateur néerlandais d’introduire finement son personnage pour donner d’entrée le ton et la complexité émotionnelle du film, une comédie satirique aux allures bien réaliste du tragique briseur d’apparences. Le cinéma de Verhoeven est empli d’humanisme : ce n’est pas tant l’acte du viol en lui-même dont la seule conséquence somatique sur Michelle visible est le sang dans le bain-mais la révolte pragmatique d’une insoumise, la chassée devenue chasseresse
Ainsi s’accorde le duo de virtuose Isabelle Huppert-Paul Verhoeven. Redoutable femme d’affaires, à la tête d’une entreprise de jeu vidéo- un monde d’ordinaire fortement masculinisé- Elle, cristallise à elle seule les maux d’une société et la complexe multivalence caractéristique du cinéaste. Mère d’un fils mollasson dominé par sa femme. Ex femme d’un écrivain raté. Fille d’une nymphomane invétérée, mangeuse d’homme refusant les affres de la vieillesse. Mais également ayant pour « pater » un meurtrier en série dont elle porte le poids de la notoriété sur les épaules. Cet environnement a par bien des aspects contribué à construire l’insubmersible « Elle » mais empêche une totale réconciliation avec son complexe d’Electre. A cheval entre satire sociale et comédie burlesque, Elle entame la catharsis d’une bourgeoisie pleine de contradiction. Le cinéaste critique les comportements, sonde les âmes et met au révélateur les limbes de l’humanité en se riant de la facticité sociale. Avec le talent d’un Marivaux contemporain. . Laurent Lafitte (Patrick) en trader et catholique confirmé incapable de maitriser ses lubies, Robert assoiffé de sexe rois des faux semblants. Pour ne citer qu’eux. Le cinéaste brise les apparences, titille, persécute analyse, se moque et dérange de façon totalement satirique « la Haute ». Ce long-métrage est purement et simplement le terrain d’une véritable exorcisation de l’amoralité
En outre, Elle c’est l’histoire d’une guerrière moderne, dont l’épée est la manipulation, animée d’une soif de vengeance et d’une volonté de fer, d’une victime d’un affront bien décidée à être son propre juge. Michelle est debout, Elle est En Marche. « La plus dangereuse quand même Michelle c’est toi ». Richard son ex mari a tout dit. Elle est une mante religieuse croqueuse d’hommes pantins. Tout est contrôle et jeu d’influence sur son entourage soumis à sa toute puissance. C’est elle qui prend les devant pour rencontrer la nouvelle copine de Richard comme c’est elle qui lance le jeu de séduction avec LL.
Maitre satirique, artiste contemplatif, révélateurs des âmes Verhoeven ajoute une autre flèche à son carquois. Celle de Stromae du thriller. Dans les scènes d’agression la tension est maximale, le climat étouffant, l’atmosphère irrespirable. Et les rapports s’inversent ; Michelle redevient proie, alors inévitablement s’instille insidieusement en nous peur et anxiété jusqu’à l’ultime dénouement.

Face à une œuvre d’une telle maitrise, on ne peut que se laisser entrainer par le kaléidoscope d’émotions, l’antithétique mais pourtant si grande complémentarité des genres. Mais c’est avant tout une œuvre profondément humaniste teinté d’un féminisme certain- dont Bechdel (voir test de Bechdel) n’aurait mot à redire. Michelle incarne la Femme dans sa force et tout son prestige. Maitre de son destin, capitaine de son âme

Elle a décidément quelque chose qui nous met dans un drôle d’état
Tanguy O

¹ http://www.huffingtonpost.fr/delphine-aslan/elle-fait-bander-les-crit_b_10253466.html

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