Dès le 1er film français avec I Huppert, L Laffite, le peintre P Verhoeven tisse une toile de maître

Avis sur Elle

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Brelan de roi (!) pour Paul Verhoeven en 2006 avec la sortie de « Black book » qui le remit en selle. Mais il peine ensuite à trouver des financements pour ses projets, soit vite abandonnés (« Jésus de Nazareth »), soit concrétisés à la va-vite (« Tricked », moyen-métrage, un essai qui s’est avéré un pas dans le vide). Arrive un autre gros chantier : « Elle ». D’abord refusé par plusieurs productions américaines, le financement du quinzième long-métrage du Hollandais violent s’est montré compliqué, d’autant qu’aucune actrice hollywoodienne ne voulait jouer le personnage principal car trop amoral vis-à-vis des mœurs américaines. Le réalisateur néerlandais n’a eu d’autre choix que de se rabattre en France, et qu’Isabelle Huppert voulait absolument endosser le rôle pour Verhoeven. Ainsi, le metteur en scène de « Turkish delices » s’est mis à apprendre le français pour pouvoir communiquer avec son équipe, alors complètement remaniée !, pour son premier film dans la langue de Molière. Le tournage de « Elle », adaptation littéraire libre de « Oh… » de l’écrivain Philippe Djian (également auteur de « 37°2 le matin » adapté par Beineix au cinéma), peut commencer. Nous sommes en janvier 2015 et le film sort sur les écrans en mai 2016. Soit une décennie après la renaissance européenne du cinéaste. Comble de bonheur, le réalisateur hors-norme de « Showgirls » signe son retour sur la Croisette 14 ans après « Basic instinct », « Elle » étant sélectionné pour la compétition officielle du 69ème Festival de Cannes. Parfait ! « Elle », synopsis : droite dans ses bottes, Michèle, patronne d’une grande entreprise de jeux vidéo, se fait violer chez elle. Inébranlable, elle traque son agresseur en retour… . Ici, Paul Verhoeven, amputé de ses partenaires habituels (Jost Vacano, Tippet, Jan De Bont, Ellen Mirojnick, Goldsmith, Soeteman, Edward Neumeier…) compose une toile de maître sous couvert du jeu macabre du chat et de la souris. Sa partition, reprenant à merveille ses sources primaires d’inspiration (violence, sexe, misogynie), se calibre en un thriller psychologique dès les premières minutes du film. Ses personnages sont toujours ambigus, Michèle (formidable Isabelle Huppert) la première, surtout lorsqu’on apprend une partie complexe de sa personnalité à travers la télé, un média que Paul le hollandais a pris l’habitude d’évincer (« Robocop », « Starship troopers »). Ainsi toujours sous haute tension, « Elle » donne dans un ton morbide, glauque (les tests du jeu vidéo sur grand écran ne faisant que renforcer cet état psycho-érotique) en se parjurant d’une acidité extrême dans les dialogues ou certaines scènes, situations. Toutes mes félicitations (!!) à l’équipe scénariste-dialoguiste d’avoir pu happer l’essence même du roman de Philippe Djian (que je n’ai pas encore lu !). Ambiance, mise en scène et montage nerveux sont ainsi éreintants, asphyxiants et poisseux, tout cela nous faisant rentrer dans le cinéma-vérité de maître Verhoeven qui profite (encore une fois !) à jouer sur la dualité virtualité-réalité ainsi que sur les rapports complexes que les personnages ont entre eux. En ce sens, le metteur en scène de « Total recall » passe une fois de plus au niveau supérieur en donnant un relief particulier à son thriller sous forme de drame humain. Le Hollandais violent y était arrivé avec « Basic instinct », métrage que je considère aujourd’hui comme le film mythique du réalisateur, « Showgirls » qui s’élève à mon sens comme SON chef d’œuvre ultime, et « Elle » comme le film qui revient aux mythes du cinéaste (joli travail, Paul !). La boucle est bouclée !! Ensuite, pour parler du jeu que Verhoeven a pris soin de mettre en place (celui du chat et de la souris) sous sa mise en scène de caractère, le cinéaste laisse planer un doute pendant la toute première demi-heure. Même si l’identité de l’agresseur nous est vite révélée, le jeu lui-même en vaut la chandelle. Inébranlable, la victime Michèle va faire basculer le vice à son avantage en faisant face à la situation, ne perdant jamais pied. Dans le rôle de la victime et de la proie qui devient chasseresse, Isabelle Huppert (« Loulou », « La porte du paradis », « La pianiste »…) en mère-courage en bave, suscite l’intérêt, l’émotion, et tout en retenue, livre une interprétation de haut vol, l’une de ses meilleures sans aucun doute ! Une performance d’actrice pure et dure. J’ai adoré !! A ses côtés, Laurent Lafitte (« Ne le dis à personne », « Les petits mouchoirs », et vu dernièrement dans le nanardesque « Papa ou Maman ») qui campe le violeur énigmatique, est dirigé de main de maître ! Il compose un personnage sale, de grande envergure. Bravo Laurent !! Comme quoi, lorsqu’on est bien dirigé, on joue bien. Voir comment l’autre partie du casting s’en sort : Virginie Efira, Charles Berling, Anne Consigny, Judith Magre, Christian Berkel (retrouvant au passage Verhoeven pour la seconde fois après « Black book »). Pour conclure et pour toutes ces raisons, je considère « Elle » (2016) comme le film-fleuve du peintre de « Flesh and blood » car il est revenu aux sources, en Europe, avec sa griffe et son aura désormais internationale. Œuvre mythique. Un thriller de haute couture distillé à la sauce Verhoeven. Mon premier coup de cœur 2017. « Showgirls » + « Basic instinct » = « Elle » ? A méditer… . Accord parental souhaitable et interdit aux moins de 15 ans. PS : mon cycle du sulfureux Paul Verhoeven terminé, je m’empresse de dire une dernière chose à son sujet. Son film culte : « Starship troopers » ; son chef d’œuvre : « Showgirls ». Spectateurs, un homme sans ombre peut-il refléter celle d’un quatrième homme ??

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