L'âme diabolique de la fille du boucher

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Avatar Philippe Quevillart
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Prenant en compte l’évidente digression qui fait grincer des dents consistant à mette en évidence que la perversité et le carburant qui en fait ronfler ses motivations, on finit par accepter le fait que l’humain a ça en lui.

Après avoir fait ses armes dans sa terre natale, le batave fou Paul Verhoeven s’est tapé Hollywood et en a fait exploser ses codes. Starship Troopers demeurant la plus énorme claque dans la gueule au politiquement correct jamais vu sur un écran… Devenu persona non grata chez Uncle Bob, il arrive en territoire hexagonal avec des velléités de mise en abîme de ses thèmes de prédilection au pays de l’Ôteurisme calibré – fantasme de cinéphage parasité par l’idée que 1. Verhoeven est capable de tout faire péter, l’institution des gratte-papiers incorruptiramesques va forcément aimer, quant à le voir, c’est une autre histoire. 2. Isabelle Huppert, la plus grande actrice française, et accessoirement le meilleur acteur aussi a été dirigé par les meilleurs (Chabrol surtout) et que forcément, Pauly quoi… 3. Au minimum ça va décaisser sec au pays du tout est possible car il est interdit d’interdire d’interdire…

Le film s’ouvre sur un écran noir, des bruits de coït, du verre cassé, un chat qui matte, et ça déraille déjà. Par le truchement incommodant d’une farce déviante conduisant à l’évidence que l’auteur de Robocop n’est pas du genre à faire de cadeau à la race humaine, on entrevoit rapidement toutes les ficelles, parfois grossières, de temps en temps anoblies par une mise en imagerie expurgée des apparats d’un moralisme pompier, souvent emprunt de jusqu’au-boutisme, - Georges Simenon disait qu'un personnage de roman c'est n'importe qui dans la rue, mais qui va au bout de lui-même - il ne lésine pas sur les moyens le père Verhoeven, tout le monde en prend pour son grade. Le père, la mère, le fils, les copines, les maris des copines.

Ce qui m’est venu immédiatement à l'esprit, c’est qu’on retrouve de manière diffuse, l’introspection à coup de tractopelle Chabrolienne, le bourge s’en prend plein les mirettes et l’idée que le mal est une pathologie se diffusant sous diverses formes, idée que n’aurait pas désavouée un Henri-Georges Clouzot pour citer le haut du panier, bref c’est très référencé et ça rend plutôt grâce à une certaine forme plus qu’honorable d’un certain cinéma français d’une certaine époque. De ce côté c’est réussi.

Là où le bat blesse, c’est que la distribution est absolument phagocytée par une Isabelle Huppert qui, sans forcer son jeu, écrabouille à peu près tout sur son passage. Le reste du casting fait, au mieux, acte de présence, avec un Charles Berling pas mal, au pire, est totalement opaque, Laurent Lafitte parvient difficilement à assurer deux expressions pendant toute la durée du film. De ce côté, donc, bof.

La capacité d’acclimatation du hollandais fou à l’environnement hexagonal ne pose aucunement problème, il se la bronze aisé à peu près partout lui, il réussit à bien lui botter le cul. Son style, ses styles, et bien voilà quoi. Il en a toujours à revendre. Mettre en branle les ambigüités et les déviances de l’âme humaine, il sait faire. Pas de soucis, mission accomplie. Mais c’est d’un chiant parfois. Même nous faire bailler, il sait faire.

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