Corps et désaccords !

Avis sur Elle

Avatar John Irons Steel
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Grosse sensation de douleur au bas du ventre pendant toute la durée du film à partir de la scène douloureuse jusqu’à la résolution finale, happé dans cette bulle étouffante qui navigue dans l’ambiguïté la plus totale de son personnage principal surprenant.

Elle se traduit par une drôle d’odyssée qu’entreprend une femme de caractère sensée vivre un drame post traumatique alors qu’il est tout autre, forgé dans une banalisation étrange de l’acte qui laisse coi. La réalisation sèche et limpide ne fait pas dans la propagande du viol, il faut le souligner, mais il s’appuie sur cet événement centralisé pour s’ajuster à la hauteur de Michèle qui déroule son fil de la vie touchant sa famille et ses proches dans un bain de problèmes domestiques, sociaux et sexuels. Rien ne l’atteint et pourtant des idées inextricables ne cessent de polluer l’air qui serait soumis à des activités interlopes quelconques ou des manifestations troubles de sa conscience.

Toute la richesse de la réalisation se tient dans l’osmose entre le sujet et son personnage qui sous-entend des niveaux de compréhension difficiles en rationalisant un acte véhiculé par l’émotion interne de Michelle. Loin d’être folle mais loin de se laisser entrainer dans une spirale de la peur, une palette émotionnelle prend le pas sur différentes séquences qui la rendent insaisissable. Distante sur le choc subi mais inquiète pour sa propre sécurité, concentrée sur sa vie professionnelle mais alerte sur son environnement, agressée sexuellement mais toujours prise de désir, froide sans laisser transparaître une once de déséquilibre, Michelle montre une attitude qui semble préexister bien avant le point dramatique. Et pour cause, le désordre causé dans son entourage ne trouve pas de chute, rehaussé à chaque instant par de nouvelles mises à jour sur des situations bien ancrées.

Elle, c’est un peu le portrait d’une femme hors norme qui maitrise son corps, sa vie et ses envies, c’est aussi une romance au vitriol irriguée par un caractère malsain qui fait tourner la tête dès lors que l’agresseur revient auprès de sa victime et que cette dernière s’initie à ce jeu troublant avec lui dans une ambiance électrique moins tournée vers l’amour que vers une pulsion autodestructrice.

En fin compte, bien que cela puisse paraître banale à l'écrire, Michelle partage des points communs avec Alex Murphy de Robocop ou les personnages principaux verhoevien transcendés par une expérience ultime de la chair mise en application dans d’autres pratiques que le corps lambda n’aurait pu supporter. Isabelle Huppert impose une sobriété de jeu de grande classe pour créer ce personnage à la fois antipathique mais très humain dans ses réactions allant jusqu’à se dévoiler lors des scènes de sexe au ton glacial. Excellente, Huppert porte le film avec les acteurs secondaires qui l’entourent et tous ont un rôle à jouer, tous participent à une complexité qui remue intérieurement et extérieurement des émotions parfois en contradiction avec l’identité qu’ils devraient aborder.

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