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Avis sur Elle

Avatar Tonton_Norman
Critique publiée par le

(Critique sans spoilers)

C'est marrant, j'ai ragequit mon premier visionnage à 40 minutes de film, et bien failli ne jamais voir Elle en entier si on ne m'avait pas convaincu d'y retourner (thx Player !). Au final, un très bon film malgré des trucs que je vais développer plus loin parce que de 1) je ne supporte pas la performance de Madame Huppert, de 2) j'ai un clavier et internet, et que 3) je n'ai plus de glace au congèle. Il m'en faut pas plus pour m'énerver !!§

Adaptation d'un roman français (Et ouaip ! C'est une interview qui m'a rencardé), réalisé par l'illustre Paul Verhoeven qu'on ne présente plus (et que j'adore), ce film et moi, c'est le jeu du "je t'aime moi non plus". En plusieurs points je le trouve très bien, voire excellent, et sur d'autre aspects il est médiocre. Une salade de fruits salée donc.

Je pense que Verhoeven a trouvé là une petite perle de littérature sur laquelle déposer ses thèmes favoris et ça se voit (lorsqu'on ne ragequit pas le film en plein cours) : la psyché humaine (traduit en langage de Paul Verhoeven : humain = macaque civilisé), le rejet du manichéisme, la raison VS les pulsions... sans compter les registres (drame, comédie cynique...) qui tournent autour de thèmes centraux (le viol, le traumatisme, la frontière entre l'homme et le monstre, les maladies mentales, le deuil, le regard des autres et comment vit-on avec tout ce joyeux bordel). Ce ne sont pas des machins à mettre dans les mains de n'importe qui, car ça nécessite une compréhension de tous les sujets, un jeu d'acteur adéquat. Et je trouve que les p'tits frenchies se sont assez bien débrouillés, ça aurait pu se présenter bien pire.

(Et là je fais le singe savant... mais si j'avais calculé ça dès le début ça m'aurait aidé)

Deuxième chance

Voilà en quelques mots ce qui m'a fait rester après coup : la facilité avec laquelle ce bon vieux Paul joue avec des éléments à priori contradictoire, il ne raconte pas avec les mots, il le fait avec l'outil cinématographique. Il a une aisance assez pétée du cul, ça se remarque. Et on peut compter sur un humour très intelligent et fin, qui distribue parfois des indices sur la psychologie des protagonistes. Le vieux loup de mer est fidèle à son crédo : il n'a pas peur de montrer sa vision, sans agenda à remplir.

C'est marrant car le film ne cherche jamais à nous impressionner visuellement. Tout se déroule à échelle humaine, à ce niveau on a droit à une image tout ce qu'il y a de plus classique... y a même des airs de téléfilms lorsque la tension cesse, mais c'est pour mieux se faire fracasser à coup de propos grotesques, choquants, inappropriés. Je pense que c'est voulu : "Mais comment croire que des gens puissent penser de cette façon ?" Ben ouais cocotte, les vrais gens ne sont pas des slogans sur une bio Twitter. Bonjour, je m'appelle Paul Verhoeven et j'ai une question : crois-tu sincèrement avoir le plein contrôle sur tes sentiments, tes désirs ? Non voilà. Donc bon visionnage et ferme bien ta–

Les personnages sont tous imparfaits, personne ne sera jamais idéalisé : ils ont des défauts, une part sombre, des faiblesses, enfin des gens quoi. Et j'aime que cela soit rappelé par les temps qui courent avec cette montée de l'inquisition sur l'irréprochabilité. Assez heureusement ces "défauts" des personnages ne sont jamais imputable au script (faiblesse ne veut pas toujours dire écrit avec le cul). J'émets des réserves cependant, sur certaines scènes responsables de ma première déception...

Po-po-po-poker face ♫

... ce qui veut dire qu'on passe aux problèmes. Premier point déroutant : on passe autant de temps au début à se demander ce que le film attend de nous (et c'est normal), qu'on en dépense aussi pour comprendre le comportement de la protagoniste principale, jouée par Isabelle Huppert. Parce qu'au risque de choquer le tout-venant (vous, toi, les fans d'Isabelle), c'est qu'il faut supporter son jeu d'actrice qui ferait passer Dominic Purcell pour un bon acteur !! Et qui n'articule pas ses mots en plus !! Je comprends pas ce choix... (elle était libre dans l'acting, selon Paul.) Pour les détails lisez la section spoilers, en plus d'être chiant à lire c'est long à expliquer et je m'en excuse d'avance :

Le truc relou, c'est que j'ai dû passer par des stades "d'admettons..." pour éventuellement accepter son jeu de scène bizarre. Admettons, si son air absent et désincarné est l'interprétation qu'elle donne aux symptômes des traumatismes du passé, ou quelque expression post-traumatique (légitimement) causé par le viol, comment ça se fait qu'elle paraisse à la fois morte à l'intérieure et qu'elle accepte rétrospectivement sa liberté d'être comme si elle était au-dessus de tout ça ? En gros, pourquoi est-elle à la fois visiblement en état de choc perpétuel mais qu'elle fasse ce qu'une victime ne ferait pas ? Car les faits ne sont pas inexacts, je veux bien faire comprendre que la psyché humaine a beau être ultra-complexe, elle a des constantes assez fiables. Quand on se coupe, soit on saigne, soit on ne saigne pas. Voilà c'est constant, fiable. Ben pareil avec la psycho. Y a pas 30 issues à un choc traumatique, en général ça prend une direction, ça évolue ou pas, bref, ça prend pas deux directions à la fois. En somme, je ne vois pas où sont les transitions chez elle, je ne perçois pas l'évolution, où se situe le trauma et où se situe la personne ? C'est tout ou rien. Alors à défaut de décréter qu'elle joue comme un concombre de mer, bah faut ressasser les hypothétiques "Admettons qu'elle soit un peu psychopathe à cause de ce qu'elle a subie étant gosse...", "Admettons qu'à son âge (60 balais!!), le choc d'un viol est peut-être moins traumatisant que cela...", "Admettons que ce soit une personnalité très forte malgré tous les malheurs subis...". Et ça tourne en rond. (À titre personnel, j'me suis mis d'accord sur "Admettons qu'Isabelle Huppert joue comme une pierre...")

Jeu de rôles / jeu drôle

Malgré les gimmicks chelous d'Isabelle, heureusement, ça se calme à l'approche de la fin. On cerne mieux le personnage. Et en parlant de personnalité, j'en viens au deuxième point qui m'a laissé perplexe. On observe des comportements / réactions assez bizarres chez les proches d'Isabelle à certains moments au début, événements qui trouvent une explication logique (et plus ou moins un twist) mais qu'on comprendra que beaucoup plus tard... trop... peut-être trop tard ? Laissé à votre appréciation (spoilers) :

Ma première réaction à un moment du film : "Mais comment ça AUCUN de ses amis n'insiste pour qu'elle aille porter plainte ? (ça faisait 2 fois qu'elle refusait) Mais vous ne voyez pas qu'elle souffre visiblement d'un putain de choc post traumatique avec sa gueule de zombie en pleine crise d'AVC là ? Vous trouvez son comportement normal ?" Réponse: OUI... Ils n'insistent pas car elle est déjà comme ça au naturel : psychopathe, cynique, le pied dans le monde réel et un autre dans un jardin secret que personne ne souhaiterait jamais fouler. En tant qu'ancienne complice présumée et jamais complètement aquittée pour les horreurs de son père, (+ les petits indices laissés par le film au début), ses amis (et le public, par extension) pensent donc de prime abord qu'elle a un problème avec la notion de justice, que celle-ci sera inefficace ou que les flics lui feront la misère, ou un truc du genre... Alors qu'elle, au fond d'elle, elle veut "voir" son violeur et s'amuser avec, dans le sens "pas Charlie du Tout" du terme. D'où le calme apparent quand elle évince le sujet de la police, et qu'elle donne toujours l'air de se maîtriser ou de prendre les événements avec un détachement hors-norme, d'être décalée par rapport aux situations... Et ça se confirme vers la fin. Voilà donc un point assez rageant du film, mais qui vaut le détour ! Quel plaisir malsain de voir deux monstres se faire le face-à-face ! J'ai rarement vu ça ailleurs !

Les kaka - les sosos !

Mention honorable pour Alice Isaaz & Jonas Bloquet, deux bonnes grosses têtes à claque qui ont parfaitement interprété les cas sociaux ! J'avais vraiment envie de les frapper ! Ça mériterait un Oscar !!

Conclusion

Madame Huppert complètement enfermée dans son trip, et dans l'incertitude tout au long du film, peut-être aussi "trop vieille pour ces conneries" ? Franchement... elle a 60 piges et sa mère dans le film, on dirait sa soeur, mais sinon tout va bien ? Mais soit... À bien y réfléchir, qui aurait pu se donner à 100% dans un rôle si glauque, si ambigu dans le parc francophone ? Dur à dire... En tout cas sans en faire mon Verhoeven préféré, Elle reste un film à voir au moins une fois pour l'expérience malsaine qu'elle offre, pour les questionnements sur la complexité humaine, si on n'est pas trop allergique à la franchouillardise.

Ça reste du made-in Verhoeven !

Note : Gérontophilie /20

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