Elle et non pas Lui

Avis sur Elle

Avatar Antigone Ripley
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J'ai rarement vu un film auquel le titre n'aurait pas pu être autre. Durant tout le film, c'est Elle, on ne voit qu'Elle ( Isabelle Huppert est présente sur tous les plans et c'est assez rare qu'un personnage principal soit à ce point exposé pour le souligner ) et on n'entend - presque - qu'elle.
Comment parler d'un tel film de façon à faire comprendre à quel point il est génial ? En précisant sans doute que, malgré la gravité que laisse présager le synopsis ( c'est-à-dire une femme qui se fait violée et qui va essayer de savoir qui est son agresseur ), nous ne sommes pas pris dans une ambiance angoissante, oppressante du début à la fin. Le plus étonnant est sans doute que, pendant près de 75 % du temps, nous rions. Il y a les scènes de viols et les scènes qui prêtes au rire parce que les dialogues sont vifs et piquants. Le fait que nous réussissions à rire montre que Verhoeven a réussi son film puisqu'au début du film, Michèle s'exprime, concernant son viol, " Ce n'est pas la fin du monde" et en effet, ce n'est pas le cas. Mais la force du film ne réside pas seulement ici mais également dans l'équilibre, ce n'est pas parce que nous rions que nous ne prenons pas au sérieux ce qu'elle a subi. Le talent d'Isabelle Huppert est de nous faire ressentir la frustration de ne pas avoir pu ou su se défendre, de ne pas savoir de qui il s'agit, la gêne de ne pas savoir comment l'apprendre à ses proches ( chose qu'elle fera relativement tard et d'un air badin, du moins, d'un air qu'elle voulait ainsi ) mais également l'excitation et le renouveau du côté de sa libido lorsqu'elle croise son voisin.

D'ailleurs, le voisin, incarné par Laffite est le violeur, sans la bande-annonce, je pense que je n'aurai pas saisis tout de suite que c'était lui et que j'aurai réellement compris qu'il s'agit, tout d'abord, d'un simple désir tout ce qu'il y a de plus humain, au lieu de voir directement ça comme la zone d'ombre du personnage principale qui va, finalement, se laisser prendre au jeu. Parce qu'au final, ce que nous retenons de ce film c'est que le personnage le plus malsain n'est autre que la victime initiale, elle n'est pas aussi blanche qu'on aurait pu le penser, elle va finir par accepter ce que nous refoulons d'ordinaire, à savoir, nos phantasmes les plus inavouables.

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