La Fraternité du Père perdu

Avis sur En avant

Avatar Housecoat
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La sortie d'En avant est à marquer d'une pierre blanche. Car il est non-seulement le tout premier film de Pixar Animation Studios à sortir dans la nouvelle décennie mais aussi le tout premier film original du studio à entamer la nouvelle ère sous la direction de Pete Docter à sa tête, ayant laissé derrière lui les suites pour ne se consacrer à présent que sur les nouveaux projets. Lors de la D23 2017, John Lasseter et Dan Scanlon ont annoncé le prochain projet original du studio, un film dont l'action se passerait dans un univers d'urban fantasy. Scanlon annonça ce qui allait porter sa prochaine réalisation en ces mots...

Je me suis toujours demandé qui était mon père, et cette question est
devenue la base du film

Le studio à la petite lampe a trouvé derrière cette phrase un nouveau point de départ capable de perpétuer sa volonté d'aller de l'avant tout en enseignant au public ses plus belles valeurs, notamment sur la famille en illustrant les obstacles à surmonter pour avancer dans la vie. Ici, la quête de deux frères cherchant un moyen de ressusciter leur père décédé. Une histoire portant l'empreinte de la vie de Dan Scanlon et de son frère, ayant perdu leur père trop tôt pour se souvenir de lui.

Cette quête personnelle est à mettre en parallèle avec un univers la servant avec subtilité. Un univers magique caricaturalement connu dans l'inconscient collectif ayant laissé la place à la technologie plus pratique pour aboutir à un mélange entre notre technologie évoluée prépondérant sur un monde magique.
Les artistes du studio ont une fois de plus fait des merveilles pour mettre en image cet univers enchanté. Formant un mix entre le road-movie, la quête identitaire et l'aventure chevaleresque d'heroic-fantasy, le voyage des frères Lightfoot se reflète visuellement dans cet univers coincé entre magie et quotidien. Ce qui explorait déjà un thème récurent cher à Pixar à travers plusieurs scènes très significatives (toutes les étapes où la magie est étouffée dans le pragmatisme contemporain) devient véritablement concret quand

la fin de la chasse au trésor nous montre une réalité sombre où l'urbanisme ensevelit de plus en plus la fantaisie.

La touche intelligente de Scanlon sur le traitement en filigrane de son univers étant que sur leur passage, les deux héros renouvellent chacun la magie de différentes manières alors qu'ils courent après celle qui ramènera leur père. Le tout se faisant sans le moindre jugement, juste la beauté de retrouver quelque chose de perdu.

Le réalisateur de Monstres Academy a l'occasion de faire preuve de tout ce que ses maîtres lui ont appris pour faire éclater son talent. Tirant de l'absence de repère paternelle qu'il a vécu toute sa vie une aventure de deux frères pour resserrer les liens familiaux le temps d'une journée.
Le deuil a toujours eu une place privilégiée au sein des films du studio, En avant se démarque en mettant en scène un personnage se cherchant encore lui-même. Ian n'est pas Bob Razowski ou Miguel, il est un adolescent vivant dans la crainte de ne pas progresser sans repère pour le guider. Timide et craintif, il est l'opposé de Barley. Son grand frère téméraire et désinvolte vivant enfermé dans le fantasme du monde magique d'autrefois. On félicitera toute la vérité qui se dégage derrière chaque moment intime passé entre eux, nourri par les souvenirs du réalisateur et surtout la prestation de ses interprètes. Tom Holland et Chris Pratt partagent une véritable complicité fraternelle dans la voix et les gestes de leurs personnages (et à noter un très bon doublage de Thomas Solivérès et Pio Marmaï), le tout parfaitement représenté dans chaque péripétie qu'ils rencontrent dans leur quête de ramener leur père afin de passer le plus de temps possible avec lui. Un enjeu fort qui met leur fraternité à l'épreuve mais qui leur fera passer la plus belle journée de toute leur vie. L'un devant à chaque fois tirer l'autre vers le haut tant bien que mal pour atteindre leur but.

L'inventivité de Scanlon à retranscrire leurs émotions explose dans les moments les plus forts et sait subvertir totalement nos attentes. La valeur constante de Pixar à toujours recontextualiser les aventures de ses personnages à chaque péripéties a rarement été aussi poignante tant les effets qu'il a employé étaient subrepticement visibles depuis le début, tant les personnages sont aussi proches de nous par leur personnalité et possédés par des problèmes aussi personnellement rattachés aux notre.
La force du film réside dans la simplicité et la sincérité avec laquelle elle retranscrit les liens familiaux. Des gestes tout bêtes comme les interactions avec les jambes, une discussion sur des souvenirs ou des objets du quotidien chargés d'histoire insufflent énormément de vie au père disparu par l'intermédiaire de ses deux fils. Mais c'est pourtant en cherchant ce dernier que Ian et Barley se retrouveront. Toute les scènes sont excellentes mais je retiendrai particulièrement la dernière partie.

Ian s'accaparant les derniers instants avec son père à Barley avant de découvrir en faisant le constat de ces dernières 24 heures que, si il n'a pas gagné une journée avec son père entier, il a gagné une vie entière avec son frère. Amenant à une fin parfaite chargée en émotions où chaque personnage obtient ce dont il avait besoin pour avancer dans la vie. Digne des meilleures que Pixar ait pu faire.

Personnel et émotionnellement très fort, En avant marque le premier pas de Pixar dans la nouvelle décennie sous le couvert des meilleures promesses qu'il a faite. La preuve que le studio a retrouvé sa forme d'antan, prêt à partir dans l'inconnu et faire revivre la magie pour nous émerveiller, toujours vers l'avant et au-delà...

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