I'd rather have the blues

Avis sur En quatrième vitesse

Avatar DjeeVanCleef
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Les voitures fusent sur la voie rapide, projectiles aérodynamiques qui glissent sur l’asphalte. Los Angeles dort, plus bas, dans la vallée.
Une femme court, paniquée, lunatique, nue sous son imperméable. Elle slalome entre les missiles mécaniques qui l’évitent consciencieusement. Alors, elle se plante au centre de la chaussée et s’offre, en croix, à la morsure des phares qui déchirent la nuit, qui grossissent et l’éblouissent, prêts à la dévorer.

Mike Hammer n’a pas d’autre choix que de viser le bas-côté. Lui qui filait, vif-argent, le voilà à coller de la gomme sur le macadam pour assurer l’embardée et pas shooter la dame.
Coup de bol, pas de tôle froissée et la pépée n’a pas une égratignure. La greluche approche alors qu’il essaie de redémarrer. Etrange, cette mode de porter les cheveux aussi courts. Tu vas voir que bientôt les cowboys vont s’enfiler à la montagne.
Il ne peut décemment pas la laisser là. Si le moteur n’est pas noyé, faudra la déposer près d’un arrêt de bus, dans un endroit civilisé.

Un générique inversé, rythmé par un Nat King Cole qui susurre et cette femme qui sanglote. Pendant qu’elle chiale, au moins elle ne jacte pas.
C’était quoi, ses derniers mots ?

Puis le guet-apens, violent, soudain. Lui, qu’on roue de coups jusqu’à l’évanouissement, elle qu’on tenaille à la pince, ses jambes nues qui battent l’air et ses cris qui ne sortent pas Hammer de sa torpeur. Le brouillard, la terreur implacable, l’insupportable certitude, c’est la fin. Ils nous harnachent à la voiture qu’ils balancent dans le ravin, en pleine pampa.
Mais c’était quoi ses derniers mots, déjà ?

Visages tuméfiés, tiré à quatre épingles, vanité, raclures patibulaires, femme objet, détective en chambre, boîte de Pandore, onomatopées des ruelles, répondeur téléphonique d’un mètre sur un, encastré dans un mur, angoissant, presque rétro-futuriste, jurons et poings dans la gueule.

Si, formellement, le film est splendide, peuplé de plans tarabiscotés, à la lisière du fantastique, voire de la science-fiction, il n’est pas exempt de pilules à avaler.
Visiblement, Aldrich méprisait son personnage. Il décrit un privé voyou, particulièrement antipathique, manipulateur, coureur, pour qui tous les coups sont permis, un pervers dans un monde qui ne l’est pas moins.
Il n’hésitait d'ailleurs pas à parler de son film comme d’une métaphore du Maccarthysme et de son climat de plomb et à qualifier Spillane de fasciste.
Et d’offrir un final d’apocalypse à son polar atomique.

Ça me revient, elle disait "remember me", je crois.

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    Cover -Noir-

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