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En quatrième vitesse par Atom3-029

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Mike Hammer est un de ces détectives privés éclipsés par la figure imposante de James Bond, protagoniste de I, the Jury ici porté à l’écran par Robert Aldrich. Le côté rebelle de ce dernier sert ici à appuyer le contexte dans lequel s’inscrit En quatrième vitesse, à savoir la période du film noir touchant à sa fin. Si on y retrouve les grands emblèmes du courant cinématographique, le cinéaste a pourtant vite fait de les détourner. Le personnage de femme fatale est explicite, mais aucun personnage féminin dans le film n’en a la présence ou la beauté. Hammer joue certes les détectives cyniques, mais c’est davantage en personnage abimé qu’il apparaît. Son caractère froid en toutes circonstances le rend sans pitié, voire même antipathique en tant que détective privé, au point qu’il en arrive parfois à effrayer les bad guys. À partir de là, il est même possible d’établir un parallèle – douteux mais pas gratuit – avec des longs métrages comme Drive, où l’intrigue est une quête de vengeance menée par ce héros qui a déjà fini sa vie (des voitures, un ami mécanicien, des trahisons…).

L’intrigue du film est classique : une femme disparait, Mike Hammer mène l’enquête au sujet de la mystérieuse organisation qui lui en voulait, il en sait trop, on veut le tuer. Là où En quatrième vitesse devient original, c’est sur la mise en scène d’Aldrich qui semble se moquer des préceptes du film noir déjà établis. Les plans sont très beaux et respectent cependant le noir et blanc sombre du courant. Toutefois, le long-métrage prend des tournures de labyrinthe psychologique par le traitement des décors : tout lieu semble se dresser spécialement pour le personnage de Mike Hammer au point que l’on se sent souvent enfermé dans des endroits en changement constant ; les mêmes pièces n’étant même pas filmée de la même manière, le plus souvent. Il y a là un univers à l’allure hermétique, et tout lieu filmé dans le film sert l’enquête et, par conséquent, l’avancée du protagoniste. En d’autres termes, pas d’encombrement inutile pour moins de temps mort.

Pour Aldrich, En quatrième vitesse est aussi l’occasion de contourner le conformisme old school généralement rattaché à un genre précis – ici le film noir, comme il a déjà été fait mention. Cela se remarque dès les premières minutes, avec – chose surprenante – un générique d’ouverture défilant à l’envers. Le fait que la femme fatale du film n’ait pas grand-chose d’une femme (elle n’est pas féminine) ni de fatal, ainsi que la stature du protagoniste cruel forment aussi un genre de détournement très innovant pour les années 50. La figure du gangster y est renouvelée, comportant plus de consistance. Enfin, que dire de ce nihilisme qui émane de cette fin de long-métrage, où le film noir tourne à l’horreur spectaculaire avec un twist qui semble avoir inspiré Indiana Jones tout en faisant penser à des œuvres gothiques comme La Chute de la maison Usher.

En clair, En quatrième vitesse s’avère être un très bon film noir du fait qu’il en contourne clairement les règles. Quoi de plus étonnant de la part d’un cinéaste subversif comme Aldrich ? Un rythme effréné, un acteur principal à forte présence et une puissance vengeresse placent En quatrième vitesse nettement en marge de son temps.

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