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Ayant réalisé d’abord Enemy puis Prisoners (même s’ils sont sortis dans l’ordre inverse), Villeneuve s’était dégagé l’esprit pour faire de l’un un film noir et de l’autre un film… jaune. Un avant-goût de la lumière dont il entourera Tomas Lemarquis dans son petit rôle sur Blade Runner 2049, et un filtre entêtant sur la ville ainsi pastelisée.

Sa passion des bruitages se retrouve mieux que dans Prisoners, avec la façon dont il mêle la musique à des pas qui semblent battre la mesure en introduction. Laquelle est aussi absconse sur le court terme que tout le film se révélera l’être au final. Elle procède aussi de l’anesthésie, parallèle aisément établi lorsqu’on voit la place allégorique des araignées et des jeux d’ombres qui mettent les coins en valeur (d’ailleurs, les diagonales villeneuviennes sont moins prononcées ici).

Cette anesthésie est à double tranchant : elle est ce qui nous permet d’évoluer dans les dimensions toujours bien lissées du régisseur, moyen choisi par lui pour se faire passer des choses avec rien (ainsi que je le remarquais aussi dans Sicario). Mais c’est elle aussi qui permet l’étirement des éléments les plus déroutants jusqu’à ce que le film franchisse le point de non retour du psychologique confusant.

La monotonie et la lenteur dégagent certes beauté et fascination, et de la peur aussi – comme une araignée –, mais il n’y a que l’image qui ne soit fade, et rien pour la satiété de l’esprit que cette fascination, qui, oui, bon, je le concède, est quand même très forte.

Je n’hésitais pas vraiment à lui donner un score positif, mais il y a autre chose qui m’y pousse : c’est la pensée que Villeneuve place dans chacun de ses films et qu’il sort ici directement du cinéma pré-hollywoodien dont il émergeait à peine, et qui porte sur les petits acteurs, vecteurs quasi-anonymes d’un cinéma de l’ombre que Gylenhaal supporte très bien malgré la monovisagite dont le réalisateur tenait apparemment à affecter tous ses rôles principaux.

Un bijou lustré, un peu frustrant, qui a partiellement tort d’excuser sa complexité par sa beauté.

EowynCwper
7
Écrit par

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