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Avis sur Enfant 44

Avatar Voracinéphile
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Il ne fait pas de grands doutes qu'Enfant 44 sera les Brasiers de la Colère de 2015. Casting démentiel, potentiel de malade et bonnes ambitions qui accouchent d'un film juste correct, voire quelconque. On l'admet tout de suite, Enfant 44 ne va rien révolutionner, ni d'ailleurs impressionner. C'est encore un film à performance où chacune des grosses têtes du casting tente de tirer la couverture à lui, en espérant le faire avec suffisamment de retenue pour qu'on ne le traite pas d'opportuniste. A ce jeu, Vincent Cassel en est l'exemple le plus flagrant, balancé dans l'étoffe d'un figurant dont il essaye de se dépêtrer avec quelques menaces et un regard glacial, mais peine perdue. Tom Hardy est le personnage principal, donc le plus avantagé, et doit être celui qui réussit finalement à s'attirer notre sympathie alors qu'il est de loin le personnage le moins intéressant de l'intrigue. Le reste se joue entre Joel Kinnaman (le véritable monstre du film) et Paddy Considine (le faux monstre). Noomi Rapace entre dans son rôle avec humilité et en sort sans coup d'éclat, Gary Oldman est absolument lisse et Jason Clarke s'est trompé de plateau de tournage en se demandant où étaient les Terminators, mais comme il a une grande capacité d'adaptation similaire au T-1000, il passe gentiment.

L'intrigue se concentre sur l'avènement de l'extension du bloc communiste et du climat social pendant la guerre froide. Nos personnages sont des soldats qui savent œuvrer pour autre chose que le bien de la population, en partant de l'état d'esprit que tout le monde sera tôt ou tard déclaré traitre et disparaîtra. Un principe badass qui pose déjà une société bien délicate à gérer ainsi qu'une peur omniprésente. Rien qui ne bouleverse la vision que l'on avait du communisme. Arrive alors l'intrigue secondaire qui va progressivement devenir le centre du récit, les meurtres du boucher du Rostov. Le psychopathe du bloc communiste ayant massacré des dizaines d'enfants sur plusieurs années. Le film insiste ici sur l'affrontement entre le raisonnement logique d'individus recoupant les faits et du système politique qui, à des fins propagandistes, refuse de reconnaître le statut du meurtrier qui remettrait en cause l'implacable perfection du système. Si le climat sans espoir a quelque chose d'original, les petits débattements de nos personnages, ainsi que les méfaits de notre psychopathe n'ont absolument rien de passionnant, tenant du niveau d'un téléfilm solide. En fait, c'est le manque de véritable performance qui mine Enfant 44, qui montre assez vite qu'il ne sait pas trop où il va. Alors il ergotte, mais sans grande conviction. Il avait effectivement l'idée de montrer que le véritable monstre n'est pas le malade mental mais la plaie opportuniste qui pervertit les institutions (bien interprété par le froid Joel Kinnaman, prévisible mais solide) et qui sacrifie sans ciller pour son intérêt personnel. Mais c'est bien là la seule véritable thématique, avec la pression endurée par la population, qui mérite notre attention.

Le psychopathe est d'une banalité accablante. Son absence d'intérêt en ferait presque un sujet intéressant de monsieur tout le monde en roue libre si l'absence cruelle de direction d'acteur ne rendait pas la chose si voyante. Nos avons ici une pâle copie de M le maudit, avec le propos social en moins. Ce qui joue en la défaveur d'Enfant 44, c'est qu'un autre film a déjà traité les évènements : Evilenko. Et dans ce dernier, Malcolm McDowell offrait une de ses meilleures performances dans le rôle du psychopathe. Alors, passer d'un confrère d'Hannibal Lecter à ce binoclar à lunette qui rappelle Dédé le p'tit gros du CE2, il y a de quoi se désoler de la promo qu'on nous vend.

A cette image, le film conclut de façon assez expéditive par une confrontation éclair du casting principal (sans Vincent Cassel, même si il a réussit à négocier une petite scène avant le générique pour qu'on se rappelle pourquoi son nom était sur l'affiche), puis une rédemption touchant une petite anecdote lancée au début du film qu'on sentait que ça allait revenir. L'indolence des scénaristes, ça fait parfois un peu mal. Et au milieu, on a pu voir Gary Oldman faire pression sur un homo, Noomi Rapace nettoyer un couloir et Tom Hardy finir sur la création d'un service judiciaire. Les méchants sont donc punis dans un système toujours corrompu qu'on essaye de faire évoluer, et pour rajouter une touche d'humanité, la rédemption. Ce n'est pas que les ingrédients sont mauvais, c'est juste que c'est banal, prévisible et vite oublié.

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