" Il n'y a pas de meurtriers au Paradis !!! "

Avis sur Enfant 44

Avatar Yoann_Carré
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A dire vrai, on craint le pire au début, entre la caméra perpétuellement mobile et un montage à la hache, une musique répétitive étouffante, et des acteurs qui parlent anglais en roulant les « r » puisqu’on est en URSS. Mais, heureusement, petit à petit, un charme diffus émane du film. D’abord parce que le contexte, impeccablement reconstitué, permet un suspens paranoïaque : dans ce pays où la vérité officielle prime, chaque homme est potentiellement un espion et la sûreté une illusion. Évidemment, le scénariste en joue, multipliant les changements de situation : celui qui règne un jour peut chuter le lendemain...

Il y a trop de choses dans ENFANT 44 pour lesquelles deux heures quinze ne suffisent pas et donnent une impression de fouillis. Le réalisateur ne sait pas trop où donner de la tête tant il y a d’informations à couvrir : le couple de Demidov, son travail, sa disgrâce, les meurtres. On en vient à se demander : ENFANT 44 est-il un film sur la bureaucratie corrompue de la police secrète d’après-guerre ? Est-ce un thriller ? Est-ce un drame historique ? Mais là n'est pas l'important...

Il y a dans ce film un suspense d'une certaine noirceur audacieuse. Cette obscurité dans laquelle se joue Enfant 44, le réalisateur la travaille pour de bon dans quelques scènes : un combat dans un train où l'on ne sait plus qui tue qui, et un autre combat, plus réussi, dans la boue, où les coupables et les prétendus coupables ont le même visage. On tient là la preuve que le cinéaste, même visiblement un peu largué dans tout ça, n'est pas passé sur pilote automatique...

L'autre preuve, c'est la qualité des comédiens. Tom Hardy a certes travaillé un improbable accent russe pour interpréter Leo, mais il donne au personnage une stature étonnante, à la fois fort et fragile, massif et presque éthéré, tout dans le regard. Autour de lui, Noomi Rapace et Joel Kinnaman, des stars suédoises, mais aussi Gary Oldman et même Vincent Cassel, parfait en général soviétique, même si le rôle est malheureusement sacrifié...

Condamné par les Soviétiques d'aujourd'hui, qui l'ont interdits sur leurs écrans, Enfant 44 n'est jamais sérieusement un film historique sur les ravages du système stalinien. Là n'est pas son sujet. La politique et le pouvoir sont ici les décors d'un univers fantasque et cauchemardesque. Mais que voulez-vous, la vérité dépasse parfois la fiction et apparemment les russes n'aime pas qu'on le leurs rappelle !!!

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